DISCOURS DE VIC-DE-BIGORRE
intransigeants ou, si vous voulez, les radicaux de la politique, consentaient à accepter les méthodes, les lenteurs mêmes de la politique rationnelle et modérée. Cette observalion a mis fort en colère deux sortes de personnes : d*abord, certains radicaux qui veulent bien être sages, mais qui ne veulent pas qu'on le dise {/iires) ; et puis, à Tautre extrême, des modérés d'une catégorie particulière et très raffinée, qui ne veulent pas entendre parler d'un programme des radicaux dans la modération {Rires et applaudissements) y parce que ces modérés-là, gens fort distingués et dont je ne veux pas dire de mal, — et c*est une raison qui me dispense de toutes les autres {Rires), au lieu de rêver Tunion de tous les gens raisonnables des différents groupes du parti républicain — et il y a, dans les différents groupes, de quoi faire un grand parti de gouvernement, je vous assure — ont rêvé je ne sais quelle alliance des modérés républicains avec d'autres modérés qui ne sont pas ou presque pas républicains... (Rires.)
C'est une question qu'a très finement touchée M. le maire de Vie, quand il vous a parlé de ce qu'il considère à bon droit, je crois, comme une illusion : le ralUement des états-majors, comme il Ta dit.
C'est là une des grandes questions du moment, et elle est fort intéressante; elle est intéressante surtout dans ces départements pyrénéens, parce que les jdées religieuses y sont puissantes, et que c'est précisément sous une forme on peut dire religieuse que se manifeste ce mouvement de ralliement, de retour, d'abandon de certaines visées, un effort de bonne volonté dans des voies nouvelles I
C'est même, si je ne me trompe, un très illustre et très éloquent prélat, originaire de ces montagnes pyrénéennes, qui a pris la tête du mouvement : la politique du cardinal. Cette politique consiste à couper très résolument le câble qui unissait jusqu'à présent la politique du parti clérical, du parti catholique, à la politique monarchiste. Cette politique, messieurs, il n'est pas possible qu'aucun de ceux qui m'écoutent ici n'y soit attentif. Les populations avec lesquelles vous êtes en rapport sont de celles sur lesquelles ces hautes influences sacerdotales ont le plus de prise. Le mouvement qui se produit a donc, pour vous, une particulière importance.
Je veux dire franchement ce que j'en pense, puisque l'occasion m'est offerte.
Je suis un modéré, messieurs : on me le rappelle assez souvent. Je m'en fais honneur, et, par conséquent, je suis d'avis d'ouvrir très grandes les portes de la République. La République, nous l'avons dit souvent, elle n'est pas à nous : elle est à tout le monde. {Applaudissements.) Que tous ceux qui veulent y entrer y pénètrent librement! Qu*ils y soient reçus, non pas avec des ironies, mais avec courtoisie, avec bonne foi, avec loyauté! Je crois que les hommes dont j'ai parlé apportent dans cette conversion, dans ce mouvement politique nouveau, une bonne foi entière. Je n'ai pas le droit de discuter Peur bonne foi. et j'ai d'autant moins ce droit que je trouve la manœuvre habile et d'accord avec leurs intérêts. (Rires.) Cette manœuvre, ne voyez-vous pas qu'elle est le complet désaveu de la politique qu'ils ont suivie depuis vingt ans ?
Ils avaient cru, au lendemain de nos désastres, étant les maîtres d'une des grandes forces organisées de ce pays, — car chez nous il n'y a que deux choses organisées : l'État et l'Église ; — les grands politiques de l'Église avaient cru qu'en portant résolument celte grande force morale au secours de la royauté, ils en amèneraient le rétablissement. Et c'est pourquoi on les vit se jeter dans la lutte à corps perdu. Et nous les avons vus contre nous dans toutes les grandes réactions : au 24 Mai, au 16 Mai surtout, et jusque dans les luttes électorales des plus petits villages.
Eh bien! messieurs, à quoi cette politique les a-t-elle conduits ?
A susciter beaucoup de mécontentements chez les républicains, à éveiller beaucoup de méfiance même chez des républicains très respectueux, à rendre parfaitement odieuse au pays cette incursion du clergé haut et bas dans la politique.
Cela nous a conduits à nous mettre nous-mêmes sur la défensive. Car je ne perdrai jamais l'occasion de le dire : «Dans ces luttes qu'on nous a tant reprochées, l'État laïque, l'État républicain a toujours été sur la défensive, et quand je lis dans les manifestes de congrès catholiques que les catholiques sont humiliés et opprimés, et qu'il faut prendre une nouvelle politique afin de sortir de cette oppression et de cette humilia-