DISCOURS DE VIC-DË-BIGORRE. 9S
lion, je dis, messieurs, et je crois répondre à la conscience de beaucoup d'entre vous, que, dans beaucoup de régions de la France, dans la vôtre, par exemple, ces messieurs sont beaucoup plus humiliants qu'humiliés ! » {Applaudissements,)
Humiliés ! Persécutés I Qu'est-ce à dire ?
Est-ce que les églises sont fermées ?
Est-ce que les écoles libres ne sont pas pleines ?
Est-ce que la loi militaire elle-même, dont on nous faisait un si grand grief, empêche le recrutement du clergé ?
Est-ce qu'il n'y a pas plus d'un évéque, à l'heure qu'il est, qui se vante d'avoir fait face à cette épreuve si redoutée ?
Est-ce que le budget des cultes, souvent attaqué, n'a pas été défendu ?
Est-ce que nous sommes rentrés, nous républicains modérés, dans la séparation de l'Église et de l'État ?
Est-ce que nous avons cherché à réduire le clergé à la famine? [Applaudissements.)
Mais, ouvrez les yeux : regardez autour de vous et faites, à vue de pays, l'inventaire de ces malheureuses congrégations que nous avions dissoutes, mais qui sont rentrées... [Rfres et applaudissements.)
Demandez l'état de leur patrimoine. Regardez leurs églises... Examinez les œuvi'es qu'elles soutiennent !
Et c'est dans une telle situation qu'on oserait se dire humilié et persécuté !
Messieurs, disons la vérité.
Oui, on veut changer de politique et l'on a raison, parce qu'on a suivi pendant vingt ans une politique absurde et impuissante. Mais* on veut changer de politique, non pas pour se défendre contre une persécution qui n'existe pas, mais pour reprendre le pouvoir. {Applaudissements.)
Eh bien, messieurs, je suis convaincu, parlant dans un pays où les traditions catholiques sont très vivaces, qu'il y a une autre tradition non moins vivante.
Dans le fond de nos villages, règne et continue h régner une idée : que si le prêtre doit être le maître chez lui, c'est à la condition de n'en pas sortir (Applaudissements), et que nos populations pyrénéennes, si attachées qu'elles soient à la religion de leurs pères, n'ont jamais admis que la hiérarchie
religieuse s'emparât des attributions du gouvernement civil ; et que, s'il y a dans nos départements pyrénéens beaucoup de catholiques, je crois qu*il y a beaucoup moins de cléricaux que de catholiques. {Applaudissements,)
Messieurs, il ne faut pas regarder avec dédain, ni traiter avec légèreté, révolution dont nous nous entretenons en ce moment-ci. Si elle est bien conduite, et si Ton a surtout Tintelligence de la suivre — ce qui ne m'est pas démontré — elle peut devenir une machine de guerre très redoutable. Il y a des exemples de ce que peut faire une vieille religion des libertés nouvelles et modernes, longtemps dédaignées et excommuniées par elle.
11 y a, en Angleterre et aux États-Unis, des églises catholiques puissantes et qui usent de la liberté générale habilement, largement, à Vaméricaine et à l'anglaise. Il y a aussi, dans les mêmes rangs, des hommes habiles qui savent donner à ce socialisme, à ce mouvement ouvrier dont vous parliez tout à l'heure, monsieur le maire, je ne sais quelle déviation, quelle coloration religieuse qui n'est pas sans produire parfois d'étranges effets dans les mouvements et dans les oscillations du suffrage universel. On peut entrevoir dans tout cela l'origine de difficultés d'un nouvel ordre pour notre parti.
Mais est-ce qu'il y a là des raisons de changer en quoi que ce soit notre attitude ?
Lorsque ce mouvement de conversion du clergé, d'une partie du haut clergé, vers la République, s'est produit, on a entendu beaucoup d'hommes, d'opinions diverses, mais modérés et sages, dire : « Comment les républicains n'ouvrent-ils pas les bras h ces nouveaux venus ? On leur demande si peu de chose ! Quelques légers changements à la loi scolaire ! » Eh bien, non, messieurs, la loi scolaire, c'est notre charte 1 [Applaudissements.) C'est notre raison d'être ! Nous n'y changerons rien. Quand le parti républicain, il y a vingt ans, dans le désastre de toutes choses, a ramassé les débris du pouvoir qui gisaient par terre, il a voulu donner à la France une impulsion, un centre, un gouvernement.
Le parti républicain a voulu trois choses :
D'abord, il a voulu refaire l'armée ; puis, refaire le gouvernement sur les bases du suffrage universel, c'est-à-dire la