DISCOURS DE VIC-DE-BIGORRE
République. Mais il a voulu aussi refaire Tâme nationale par Tëcole nationale. {Applaudissements.)
Messieurs, c'était peut-être, de notre part, un trop vaste dessein. On dira, peut-être, que nous Tavons insuffisamment réalisé. Mais, dans tous les cas, on ne nous contestera pas le mérite d'avoir nettement et hautement posé la vraie question. Car la République était quelque chose de plus à nos yeux que la substitution d'un roi de sept ans à un roi viager. Nous estimions qu'il n' y a pas de rénovation sociale, de rénovation nationale, il n'y a pas même de rénovation militaire sans une grande rénovation morale. Et cette rénovation morale, nous avons voulu la faire par Técole. Et nous avons mis dix ou quinze ans à la faire, cette école nationale I
Ce n'est pas pour quelques adhésions passagères et intéressées, si honorables qu elle soient, que nous, républicains, nous abandonnerons l'œuvre qui est notre seule raison d'être dans l'histoire et devant la patrie. {Applaudissements répétés,)
Messieurs, je remercie la démocratie vigourdane de l'accueil qu'elle me fait et qui me touche au fond du cœur.
J'ai trouvé chez vous la franchise du premier accueil, la parfaite confiance réciproque. J'ai trouvé dans cette république vigourdane quelque chose qui n'est pas du tout la république Spartiate : une vraie république athénienne. J'ai eu le plaisir d'applaudir un orphéon comme on n'en voit guère dans les pays du Nord. J'ai l'oreille encore pleine des voix chaudes de vos chanteurs. J'ai entendu votre excellente fanfare... Je sais que vous avez, vous petite ville, deux collèges, dont un de filles I J'ai vu la bonne humeur sur tous les visages, la confiance dans l'avenir, la droiture et la courtoisie.
Messieurs, je remercie la démocratie vigourdane.
Je bois à son avenir, à sa persévérance.
Je bois à son organisation de plus en plus complète et féconde.
Je bois à la défaite absolue des derniers représentants, au milieu d'un pays comme le vôtre, des idées réactionnaires et monarchistes! {Triple salve d'applaudissements.)
Les lois économiques; le tarif général des douanes.
Dès le mois de janvier 1891, le Parlement avait eu à s'occuper du régime économique de la France et de la dénonciation des traités de commerce. Dans la séance du i9, M. Bourgeois avait interpellé le cabinet, et M. Ribot, minisire des affaires étrangères, avait expliqué les intentions du gouvernemenl, qui s*était engagé à dénoncer avant le 1" février les six traités constituant ce qu'on appelait le tarif conventionnel. Ces traités s'appliquaient à la Belgique, à la Suisse, à l'Espagne, à la Suède et à la Norvège, aux Pays-Bas et au Portugal. Cette promesse fut tenue et, à la date du l" février, le Parlement restait complètement libre d'élaborer de nouveaux tarifs. C'était là une question très importante, car nos échanges avec la Belgique, la Suisse et l'Espagne représentaient à eux seuls, pour la France, i milliard d'exportations, et, pour l'importation, une somme supérieure de 70 millions au chiffre de nos exportations. Il s'agissait donc de prendre de nouveaux arrangements avec les pays étrangers, mais sans toucher aux conventions qui ne contenaient pas de tarifs.
Le courant qui portait la Chambre et le gouvernement à mettre à l'étude les questions dites sociales, avait aussi déterminé, au début de l'année, la création d'un Conseil supérieur du travail, composé pour un tiers de membres du Parlement et de spécialistes et, pour les deux autres tiers, d'un nombre égal de patrons et d'ouvriers. La Chambre discuta, au début de février, la loi sur le travail des femmes et des enfants dans les manufactures (deuxième lecture) et vota (en première lecture), le <3 du même mois, un projet de loi sur les caisses de retraites au profit des employés et ouvriers, qui autorisait le dépôt facultatif de ces fonds à la Caisse des dépôts et consignations. Les députés et les ministres rivalisaient de générosité envers les agriculteurs : coup sur coup, ils accordaient 6 millions de dégrèvement sur l'impôt foncier aux cultivateurs qui avaient souffert des rigueurs de l'hiver, 10 millions aux agriculteurs et 5 millions aux fabricants de sucre (10 mars). Quand se rouvrit la session, le 27 avril, la Chambre commença la discussion sur le tarif général des douanes, et M. Lockroy qualifia M. Méline de « Torquemada de la betterave »; il le présenta comme l'auteur « d'un deux décembre économique » qui allait soulever les masses contre l'avidité et l'égoïsme dfs producteurs. En somme, il y avait en présence des intérêts contradictoires, et la détermination de leurs limites respectives constituait précisément le problème qui allait faire l'objet des discussions parlementaires. Elles furent interrompues et troublées par l'interpellation, ou plutôt par les interpellations, du 4 mai, relatives à la collision de Fourmies entre les ouvriers grévistes et les troupes. L'ordre du jour de M. Maujan, adopté par 356 voix, ne blâmait personne, mais exprimait la résolution « de faire aboutir
DISCOURS DE BUSSANG. S33
pacifiquement les réformes sociales ». L'amnistie (>our faits de grève et délits connexes, réclamée par le même M. Maujan et appuyée par MM. Pelletan et Clemenceau, fut repoussée par 3i8 voix contre 199. On se remit ensuite aux débats sur le tarif des douanes qui remplirent une grande partie des séances jusqu'au 18 Juillet. La Chambre approuva le tarif général par 387 voix contre 110, et entra en vacances. Ces vacances ne furent pas banales. Elles furent signalées par la visite du tsar à Tescadre française, commandée par Famiral Gervais, par les fêtes de Cronstndt, de Saint-Pétersbourg et de Moscou, par les toasts d'Alexandre III et rechange de télégrammes entre lui et M. Carnot. Cet ensemble de faits équivalait, sinon à une alliance formelle, du moins à une entente indéniable, etcréait, comme le dit M. de Freycinet, le 16 septembre, à Tissue des manœuvres de TEst, « une situation nouvelle. » Le cabinet Freycinet s'en trouvait consolidé, et il devait beaucoup à « l'entrevue de Cronsladt », car, aux derniers Jours de la session, le président du Conseil se trouvait si ébranlé par différents votes de la Chambre qu'il avait exprimé rintention de se retirer. Deux autres incidents clôturèrent l'intersession : la mort de M. Grévy, c'est-à-dire la dispaiition d'un homme d'État dont les faiblesses familiales ne devaient pas faire oublier les éminents services, et notamment la très habile solution de Tatraire Schnœbelé; en second lieu, le suicide du général Boulanger, à Bruxelles, sur la tombe d'une femme (30 septembre 1891). L'engouement public était acquis aux manifestations francorusses, et la An mélodramatique de celui qui avait été naguère acclamé par les foules inconscientes, ne souleva aucune émotion. Qu'est-ce que la popularité?
La rentrée des Chambres eut lieu le 13 octobre et la discussion générale du budget commença quelques jours après. M. Bouvier célébra sur le mode lyrique l'excellence de notre situation financière, et lui appliqua le mot de Bonaparte sous la première Bépublique : « Aveugle qui ne la voit pas ! » En attendant que le Sénat entamât, à son tour, l'examen du tarif général des douanes, M. Jules Ferry prononça dans les Vosges quelques allocutions qui se rattachaient d'une manière étroite aux questions économiques et aux travaux publics.
Discours da 17 octobre 1891, à Bassang.
Le 17 octobre 1891, le minisire des travaux publics. M. YvesGuyot, inaugura la nouvelle ligne de chemin de fer entre Saint-Maurice et Bussang. MM. Jules Ferry, sénateur, Méline, Albert Ferry, le général Tricoche, Boucher, députés des Vosges, assistaient à cette inauguration. Le soir, au banquet qui fut odert au ministre, M. Jules Ferry tint à exprimer sa gratitude au gouvernement*. Il ajouta que la population vosgienne était de tempérament réservé...
l. V. V Estafette du 20 oclobre 1891.
« Elle ne prodigue pas les acclamations brillantes que vous avez trouvées, monsieur le Ministre, sous d autres cieux. Ses sentiments sont profonds, elle connaît ses devoirs et est vivement reconnaissante du bien qu'on lui fait.
« Vous voyagez beaucoup : ce ne sont pas les républicains qui vous en feront un reproche. Vous représentez dans la République l'ubiquité laborieuse et bienveillante. C'est une des choses les plus marquantes que cette double physionomie, à la fois pacifique et guerrière, ce double effort dans l'art de la paix et de la guerre de ce grand peuple qu'on a vu, après ses désastres, tomber si bas, et qui s'est relevé tenant d'une main l'épée du droit et de la justice, et, de l'autre, le rameau de la paix et du travail, et pouvant se dire que, dans Tune comme dans Tautre sphère de Tactivité humaine, il a droit de revendiquer un des premiers rangs. {Applaudissements,)
« La République, aussi bien pour les chemins de fer que pour l'éducation de la démocratie, a voulu faire grand. Ses adversaires lui en ont fait un reproche, et ce reproche a été accepté quelquefois par des populations oublieuses de cette profonde vérité qu'un grand peuple est comme la grande industrie : il lui faut son outillage, et l'on ne fait rien sans de grandes dépenses de capital.
« Je suis de ceux qui ont participé à cette œuvre de grande dépense : nous avons donné beaucoup d'argent, jeté beaucoup de millions dans les chemins de fer et dans les écoles. J'ai beau faire, je n'en ai aucun remords. »
L'orateur rappelle la part qu'il a prise à la construction de la ligne inaugurée aujourd'hui ; la ligne s'avance maintenant jusqu'au bas du tunnel séparant la France de l'Alsace , ce tunnel, qui est un souvenir et le témoin de l'union si cruellement rompue, mais qui s'ouvre comme une porte du côté de l'espérance.
c< Messieurs, ajoute M. Jules Ferry, la population qui vous entoure a deux grandes vertus : elle est patriote et laborieuse, patriote comme on l'est à la frontière, connaissant son devoir et prête à le remplir, mais elle est pacifique et digne, et ne confond pas avec le véritable patriotisme les manifestations bruyantes et stériles qui font plus de mal que de bien à la République.
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« Elle est laborieuse , et c'est pour cela qu'entre lous les ministres, c'est le ministre du labeur qu'elle préfère voir au milieu d'elle.
« Je vous propose de lever vos verres en l'honneur de celte population. » {Vifs applaudissements.)
M. Méline parla après M. Ferry: « M. de Freycinet, a dit iM. Méline, a donné une large satisfaction à notre patriotisme et à nos intérêts, à notre patriotisme surtout, qui se réjouit de tout ce qui rapproche notre admirable armée de cette frontière sur laquelle nous avons toujours les yeux fixés, et aussi, il faut bien le dire, de tout ce qui permet de recevoir plus souvent, — je serai réservé dans mon langage — la visite de nos cliers amis d'Alsace. »
M. Méline parla ensuite des progrès de lagriculture et de l'industrie dans la région, et porta uu toast aux agriculteurs e industriels de la vallée de la Moselle.
Discours du 19 octobre 1891, au ThiUot.
Le 19 octobre 4891, M. Jules Ferry eut roccasion de se mettre en communication directe avec les ouvriers d'un des plus grands établissements industriels des Vosges, l'usine du Thillol, et de rappeler ce que son administration avait fail pour la démocratie laborieuse. Voici comment le correspondant de VEstafette rendit compte de cette intéressante visite :
On nous écrit du Thillot :
Lundi dernier, avant de reprendre le train de Paris, M. Jules Ferry qui est, en même temps que président de la commission des douanes, rapporteur spécial des fils et tissus de laine, a tenu à visiter la grande usine que possède au Thillot la Société anonyme des tissus et laines des Vosges, lia été reçu par M. Charles Marteau, directeur de la Société, M. Jules Kahn, président du Conseil d'administration, M. Adam, directeur de l'usine.
Le président de la commission des douanes était accompagné de M. Heim, sous-préfet de Remiremont.
L*usine de la Courbe est la seule manufacture de laine peignée du département des Vosges. Elle compte 8240 broches de filature, 635 métiers à tisser, 40 machines à tricoter, \2 machines à apprôtage; elle occupe 680 ouvriers. Les ouvriers possèdent une fanfare qui a accueilli les visiteurs aux accents de la Mai^seillaise.
Après la visite minutieuse de rétablissement, le personnel et les