‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 3)Chapitre 51 sur 108 · LE BUDGET DE L ALGÉRIE · texte numérisé non relu

LE BUDGET DE L ALGÉRIE

opérer, el Ton réglerait l'écart entre le pétrole brut et le pétrole rafûné. Cette solution provisoire mécontenta fort les journaux d'extrême-guuche, comme la Justice^ qui dénonça bruyamment la faiblesse de la Chambre et Taccusa d'abdiquer devant le Sénat.

Le budget de TÂlgérie.

L'autre question qui préoccupait aJors la haute Assemblée, c'était la question algérienne. Elle revint sur le tapis dans la séance du 8 janvier 1892, à propos de la discussion du budget de FAlgérie et du crédit supplémentaire demandé par le Gouvernement, en 1891, pour la destruction des sauterelles. M. Pauliat prétendit que ce n'était qu'un moyen tirer sur la caisse de la métropole, et il s'apitoya une fois de plus sur la situation des pauvres Arabes! Après M. Cambon, M. Constans, ministre de l'Intérieur, fit justice de ces exagérations, puis, un débat s'étant engagé sur la façon dont le Sénat voterait les dépenses de l'Algérie, M. Jules Ferry s'exprima ainsi :

M. Jules Fbbey. — Je demande la parole pour faire des réserves au nom de la commission d'études sur rAlgérie. La commission n'a pas jugé qu'il fût de son rôle de prendre part au débat soulevé par M. Pauliat. Elle ne peut pas oublier qu'elle n'est qu'une commission d'études, el qu'elle n'a pas reçu mandat d'être une commission d'enquête.

Mais, quand on rencontre une thèse aussi absolue que celle que vient d'apporter M. le rapporteur général de la commission des finances, une thèse qui engage l'avenir, on doil faire des réseiTes pour dégager cet avenir, sans manifester une préférence entre le système de M. Burdeau et celui de M. Boulanger.

M. Boulanger rapporteur général. — Ce n'est pas l'œuvre du rapporteur général, c'est celle de la commission.

M. Jules Fbkry. — Les commissions de la Chambre et du Sénat me paraissent animées d'une égale répulsion pour l'établissement d'un budget spécial de l'Algérie.

M. Challemel-Lacour. — La question n'est pas en discussion.

M. Jules Ferey. — Permettez-moi d'achever!

M. LE GÉNÉRAL Dbffis. — La commissiou n'en a pas délibéré.

M. JuLLEs Ferry. — Mais elle en délibérera. I^ commission

d'études pourra peut-être vous apporter quelque chose d'autre que le projet de budget de M. Tirman.

Bien entendu, je parle ici en mon nom personnel et au nom de plusieurs membres de la commission qui ont suivi Tenquéte à laquelle elle s'est livrée, et dont le Sénat a déjà le compte rendu entre les mains dans un volume qui lui a été distribué.

Le Sénat a pu se rendre ainsi compte, se convaincre de la complexité de la question.

Nous croyons à la nécessité de réformes profondes, au point de vue budgétaire, administratif et gouvernemental, et nous devons faire ici, à cet égard, toutes les réserves nécessaires.

La question était de savoir s*il convenait de voter en bloc les crédits atl'érents à T Algérie, comme l'avait fait la Chambre et comme le demandait M. Constans, ou s'il était préférable d'atlribiier à chaque département les crédits qui le concernaient. Ce second procédé était proposé par M. Boulanger, au nom de la commission des (Inances. Après quelques observations de M. Loubet, le Sénat approuva cette seconde procédure et adopta la plupart des articles du budget algérien*.

Rapport sur le Gcayemement de l'Algérie.

M. Jules Ferry, au cours de Tannée i892, ne cessa un moment de faire de la question algérienne Tobjet principal de ses préoccupations. Après avoir étudié tous les textes sur cette matière si compliquée, si confuse, après s'être assimilé les récents travaux de M. Burdeau, il parcourut lui-même, en avril et en mai, à la tête d*une commission sénatoriale, le territoire de la colonie, et poussa jusqu'au fond du Tell, interrogeant les colons et les indigènes, examinant, avec une méthode et une pénétration admirables, tous les services et tous les rouages de cette administration bigarrée. Après ce voyage, où l'ancien président du Conseil recueillit des marques touchantes d'admiration, de reconnaissance et de respect, M. Jules Ferry se mit à l'œuvre, coordonna, avec le concours de ses collègues de la commission, les résultats de sa vaste enquête, et, dans les derniers Jours d'octobre 1892, il était en mesure de déposer sur le bureau du Sénat le grand rapport qui est la dernière de ses œuvres importantes et comme son testament colonial.

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