‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 3)Chapitre 61 sur 108 · V. l'Officiel du 8 novembre · texte numérisé non relu

V. l'Officiel du 8 novembre

vaux. Enfin, il se survit à lui-môme dans celle grande commission donl il fui un des premiers collaborateurs, un des chefs les plus écoutés, et jose dire la personnification la plus aclive, la plus utile, la plus glorieuse. C'est ici, messieurs, au milieu de vous, dans les efforts de près d'un demi-siècle qui ont marqué le développement de Tarchilecture française d'une si profonde empreinte, dans celte infatigable et triomphante défense des grands monuments de notre histoire contre le double vandalisme de la spéculation et de l'ignorance, c'est ici, surtout, que M. Viollel-le-Duc a laissé d'ineffaçables souvenirs. C'est parmi vous, messieurs, quil trouvei-a certainement le biographe, rhistorien qu'il faut à cette noble existence, celui qui nous dira, quelque jour, avec Tautorilé d'un témoin et d'un collaborateur, la tâche immense accomplie par ce rénovateur, ce créateur, cet historien.

Dans les derniers temps de sa vie, M. Viollet-le-Duc caressait un grand dessein. Il voulait, de tant de grandes choses, semées sur notre sol entre le dixième et le seizième siècle de notre histoire, constituer un musée nouveau : le musée de la sculpture française. Car cette grande âme d'artiste et de savant était par-dessus tout une grande âme française. M. Viollel-le-Duc avait le culte et la passion de la France, de cette France qu'on ne sait aimer comme elle doit l'être que lorsqu'on la connaît tout entière et qu'on l'admire non seulement dans les grandes choses qu'elle a faites depuis cent ans, mais dans les œuvres impérissables semées par son génie dans le cours des siècles passés.

En étudiant, en décrivant, en remettant au jour, dans leur naïve et fière inspiration, tant de monuments anonymes, œuvres magnifiques et collectives de plusieurs générations d'artisans de génie, M. Viollet-le-Duc avait retrouvé les litres mêmes de ce vieux peuple de France, de ce peuple qui travaillait et qui créait, sous le règne violent et tourmenté des castes oisives et batailleuses. Il avait puisé dans cette exploration savante l'amour passionné de la patrie française. Il en avait rapporté le sentiment et le culte de l'art national, et il en voulait faire toucher, en quelque sorte, du doigt, dans la reproduction des documents eux-mêmes, le développement magnifique et continu ; assuré de démontrer ainsi la profonde originalité de

la scalplure française, et de faire voir qu'elle a, le plus souvent, précédé et inauguré, là où Ton se figure qu'elle a suivi et imité, et qu'elle a plus prêté, en définitive, à l'étranger qu'elle n'en a reçu. T^a conception de ce musée populaire de Tart français n'était pas restée, dans l'esprit de M. VioUet-le-Duc, un simple projet : il en avait lui-même exposé et prévu tous les détails, dans un rapport que nous possédons, et qui est une œuvre achevée, forte et précise, comme tout ce qui sortait de cette plume savante.

Il vous a paru, messieurs, comme à moi, que pour honorer la mémoire de M. Viollet-le-Duc, nous ne pouvions rien faire de mieux que d'accepter ce legs d'un grand esprit, cet héritage de ses dernières pensées. J'ai décidé, en conséquence, que le Musée de la sculpture française serait installé, conformément aux dispositions que lui-même avait tracées, dans l'aile droite du Trocadéro. La Commission des Monuments historiques se chargera de réunir les moulages et de les classer, suivant l'ordre historique et avec les types de comparaison désignés par M. Viollet-le-Duc. Elle entreprendra sans délai ce beau travail. Nous ouvrirons ainsi aux artistes, aux savants, aux ouvriers de l'art et de l'industrie une source d'informations entièrement nouvelle et, en même temps, nous élèvei*ons un véritable monument à l'art français, à l'homme illustre qui, par la rénovation de Fart ancien, a tant influé sur les destinées de l'art contemporain, à cette commission enfin dont il fut l'âme, et qui conservera religieusement son souvenir et ses leçons î (Applaudissements.)

Jules Qnicherat.

Eq ouvraut, le 17 juillet i8S2, la première session ordinaire de 1882 du Conseil supérieur de rinslruclion publique, M. Jules Ferry rendit i*honiniage qui suit à la mémoire de M. Jules Quicherat* :

Au sentiment de très grande satisfaction que j'éprouve chaque fois que j'inaugure vos travaux, se mêle aujourd'hui une profonde douleur, qui sera unanimement partagée. Le Conseil a

1. Ce document, aini^i que Télogede M. Laboulaye, ont été communiqués à M. Charles Ferry par M. Buisson, l*un des plus fidèles amis de Tancien président du Conseil.

J. Fbrry, DiêCOM-a, VII. 22

perdu l'un de ses membres les plus aimés et les plus respectés, M. Jules Quicherat. Le monde savant a dit tout ce que la science avait perdu ; la République a dit qu*elle avait perdu le plus fidèle et le plus désintéressé de ses serviteurs. A notre tour, nous envoyons du plus profond du cœur un dernier salut à cette noble mémoire !

Edouard Labonlaye.

Dans la séance du 16 juillet 1883 du même Conseil supérieur de riDSlnicfcion publique, M. Jules Ferry a tracé en ces termes le portrait de M. Edouard Laboulaye :

Messieurs, avant de commencer vos travaux, je resterai fidèle à un usage respectable en adressant un dernier hommage à celui que nous avons perdu depuis la dernière session du Conseil supérieur. Ce n'est pas ici le lieu d'apprécier ni de raconter cette vie de labeur, de savoir et d'éloquence. Il n'y avait pas seulement en M. Laboulaye un professeur, un grand professeur, un des maîtres de l'enseignement du droit et de l'histoire : il y avait un écrivain, un orateur, un pamphlétaire, un homme politique.

Ceux qui étaient jeunes sous l'empire n'oublieront jamais la part active et, à un moment, prédominante, qu'il prit alors aux luttes de la liberté ; ce qu'il fit en ce temps-là pour discipliner, organiser le parti libéral renaissant, ce qu'il fit, quelques années plus tard, pour fonder dans ce pays la République constitutionnelle et parlementaire. Cette assemblée n'a connu qu'un des côtés, un des aspects multiples de ce noble et brillant esprit, répandu, dépensé dans des voies si diverses, partout actif, attachant, et toujours de bonne foi.

Au Conseil supérieur, comme dans l'Université, qu'il a servie, aimée, honorée pendant quarante ans, M. Laboulaye tenait une place considérable. L'autorité dont il jouissait parmi vous ne s'étendait pas seulement aux esprits qui suivaient sa direction : elle était sincèrement et respectueusement sentie et reconnue par ceux-là mêmes qui s'y dérobaient, en quelque sorte» malgré eux.

Si élevé était son caractère, si pleine de charme était sa parole, et, à travers la simplicité bienveillante de toute sa per-

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sonne, éclatait si généreusement la foi qui l'animait, que les plus vifs désaccords laissaient intactes la déférence et la sympathie. Cette foi, celle passion était celle de la science et de la liberté !

M. Laboulaye n*a pas seulement aimé la liberté ; il a bien servi la science : dans renseignement du droit public et de la législation comparée, il laisse des traces profondes, un sillon que nul n*a plus ni mieux que lui creusé. Dans ce grand établissement du Collège de France, la plus ancienne et la plus noble maison de science de ce pays, dirigée par lui pendant tant d'années, sa mémoire ne périra pas.

Nous saluons celui qui vient de Ty remplacer : c*est aussi la science et la liberté qui nous renvoient; la science des origines, la plus rare et la plus haute de toutes, et la liberté de Tesprit, fondement et source de toutes les libertés I

Eugène Ténot.

Le 19 avril 1891, M. Jules Ferry alla présider à Vic-de-Bigorre la cérémonie de Tinauguration du buste d'Eugène Ténot, et prononça le discours suivant * :

Messieurs,

Je devrais remercier les initiateurs de cette touchante commémoration des paroles bienveillantes qu'ils viennent de m adresser, si je ne devais, avant toutes choses, les féliciter d'avoir conçu la pensée de ce solennel hommage, auquel s'associe, j'ai le droit de le dire, toute la région du sud-ouest républicain de la France. {ApplaudissemenU.)

Oui, vous avez bien fait ! Vous avez tenu à montrer que si, dans d'autres temps, il y a eu des démocraties oublieuses, et qui, même, revendiquaient hautement le droit à l'ingratitude, la vraie démocratie, celle qui a conscience de ses devoirs autant que de ses droits, veut être et s'honore d'être une démocratie reconnaissante. {Applaudissements, )

Républicains, nous venons, en ce jour, payer la dette de tout un parti I

Patriotes, nous venons honorer un des hommes qui ont le

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