LETTRE AUX FRANÇAIS DU TONKIN
pacle colonial, maîtres de leurs tarifs, mais ils seront préalablement et nécessairement consultés : ils auront môme, aux termes de Tarticle 4 de la loi de douane, le droit de saisir, en vertu de leur propre initiative, les autorités métropolitaioes et de faire juger leurs réclamations par le Conseil d*Ëtat.
Ces précautions, ces réserves, ces garanties ont été acceptées par la représentation des colonies. Elles ont paru suffisantes à la Réunion, à la Guadeloupe, à la Martinique, comme à la Gochinchine. J*estime que le protectorat de FAnnam et du Tonkin peut en tirer grand parti. La Métropole vous doit un tarif libéral, plus ouvert et plus maniable que celui qui vous régit aujourd'hui. S'il est des industries françaises qui réclament, ajuste titre, la préférence sur les marchés d'Indo- Ghine, il en est que la nature des choses écartera toujours. Pour les distinguer les unes des autres, pour ménager les transitions, pour appuyer, au commun profit de la France et du Tonkin, une politique douanière transactionnelle, vous pouvez compter sur mon concours actif et dévoué.
La question du régime douanier de Tlndo-Chine est une de celles qui préoccupaient le plus, au moment de son départ, votre nouveau gouverneur général. M. de Lanessan était, dans le Conseil supérieur, de ceux qui eussent volontiers laissé aux colonies anciennes et nouvelles leur autonomie douanière. Mais il connaissait trop bien Tesprit des deux Chambres pour se faire à cet égard de grandes illusions. Le Gouvernement, qui lui conférait les pouvoirs les plus étendus dont un gouverneur général ait jamais été investi, ne pouvait que réserver la question douanière au Parlement.
A cela près, il me semble que la constitution du gouvernement général de Tlndo-Chine, telle qu'elle résulte du dernier décret, réalise à souhait les vues de décentralisation coloniale que nous avons, les uns et les autres, préconisées depuis longtemps. C'est une véritable infortune pour une <c colonie naissante, écrivais-je en 1890, d'être au bout du télégraphe d'un ministre des colonies. Il faudrait lui laisser beaucoup de liberté, beaucoup d'initiative, parce qu'elle a beaucoup d'expériences à faire sur une quantité de choses qui n'ont point été révélées aux bureaux de la rue Royale ». C'est dans cet esprit — il peut être à propos de le rappeler ~ que j'ai abordé le Conseil supérieur
des colonies, où votre gratitude m*avait offert an siège. C'est dans ces vues que j'ai dirigé les travaux de la section du Conseil supérieur chargée particulièrement des affaires de l'Indo-Chine. Le décret qui a déterminé les pouvoirs du nouveau gouverneur général est sorti tout entier de nos délibérations. On ne nous accusera pas d'y avoir fait la part trop large à la bureaucratie. Nous avons laissé au gouverneur général, sous sa responsabilité personnelle, la solution de toutes les questions qui agitent et divisent la colonie, depuis la question des milices jusqu'à celle des territoires militaires. La rivalité des résidents civils et des chers militaires, poussée, sur certains points, à l'état aigu, risquait d'introduire dans le gouvernement local des ferments d'anarchie, dangereux pour notre prestige : nous avons donné au gouverneur général tout pouvoir pour y mettre un terme.
Il a été chargé de rétablir l'ordre dans les pouvoirs publics et la clarté dans les budgets. Son mandat était d'agir et d'oser. Il nous semble, d'ici, qu'il a agi, osé et vaincu. Organiser l'intervention directe et matérielle des mandarins dans la répression de la piraterie, pouvait passer, à distance, pour un coup d'audace. La réduction notable des effectifs de la garde civile a soulevé, d'autre part, de vives réclamations. La Métropole n'aura garde de s'immiscer dans ces différends.
Elle en doit laisser la solution au gouverneur général, à qui le gouvernement central a délégué son autorité, et qui possède manifestement la confiance du Parlement. Notre devoir est de l'aider, de l'encourager, et ce qu'il nous demande par-dessus tout, c'est de le laisser faire. Nous jugerons l'arbre à ses fruits, l'ouvrier par l'œuvre accomplie. On peut, sans se faire taxer d'optimisme, compter que, cette fois, le protectorat a le vent dans les voiles et qu'une ère nouvelle s'ouvre devant vous.
Comparez seulement les tristes débuts de l'année 1891, affligée de toutes les misères à la fois, traînant avec elle la disette et le déficit, le désordre matériel et la détresse morale, avec les espérances, les promesses, les réalités rassurantes et bienfaisantes au milieu desquelles nous saluons les premiers jours de l'année 1892. Imaginet-on un contraste plus complet et plus consolant? Une récolte abondante dans le Delta ~ on la dit même exceptionnelle >- la plaine pacifiée, la pii*aterie qui recule devant le travail, les routes qui se font et qui rayonnent,