V. la Gatetle Vosgienne du 16 septembre
C'est la petite propriété qui a fait la Révolution française ; c'est elle qui en a sauvé les résultats; c'est elle qui nous a tous faits ce que nous sommes, car nous sommes ici tous, vous le savez bien, fils ou petits-flls de paysans. {Applaudissements,)
Au point de vue économique, continue Torateur, la petite propriété est bonne : quel autre régime aurait pu donner aux possesseurs du sol vosgien le courage de lutter contre une terre ingrate, et de transformer en jardin verdoyant les grèves de nos vallées et les rochers de nos montagnes ? Et cette force des choses qui étend de plus en plus, à travers les siècles, le domaine de la petite propriété, ne cesse pas d*agir autour de nous : la crise des fermages, qui éprouve si cruellement certains départements, voisins du nôtre, en est la preuve. La loi de Favenir, c'est de plus en plus le morcellement des grands domaines, et la propriété de la terre tombant de plus en plus aux mains de ceux qui l'exploitent directement. ( Vifs applaudissements, )
Mais la petite propriété n'est pas seulement une force économique irrésistible, c'est une force sociale et politique qui a fondé notre société sur des assises inébranlables. C'est elle qui a fait nos mœurs, qui a fait de la France un pays de labeur et d'épargne unique au monde, capable de se relever des plus grands désastres avec une rapidité qui a étonné et ébloui l'univers. (Applaudissements répétés,)
C'est elle qui constitue la base la plus solide du gouvernement républicain dans notre pays. Comment les travailleurs des campagnes n'aimeraient-ils pas la Révolution ? C'est elle qui leur a donné la terre I Comment notre République ne seraitelle pas la République des paysans, quand il est si clair que la République est le premier gouvernement qui ait été dominé, inspiré, conduit par la préoccupation constante, la sollicitude ardente et réfléchie des intérêts agricoles? M. Méline mettait tout à l'heure en parallèle tout ce qu'a fait le gouvernement républicain pour l'agricullure avec l'indifférence dédaigneuse, l'oubli de parti pris où l'avait laissée TEmpire. Les adversaires de la République lui reprochent surtout, à celle heure, les grandes dépenses qu'elle a faites. Mais pour qui ont été faites toutes ces dépenses, au profit de qui? A qui profitent ces 130 000 kilomètres de chemins vicinaux? (Applaudissements,)
Bi DISCOUBS DE JULES FEBRY.
Et ces 12000 kilomètres de chemins de fer, toutes ces lignes secondaires, qu*on accase d*étre improductives, est-ce qu*elles ne constituent pas i^outillage nécessaire, indispensable de Tagricnlture française? {Vifs applaudissements.)
Voilà « nos gaspillages » ! Oui, nous avons mis 2 milliards 600 millions dans cette œuvre immense. Mais le gaspillage, par excellence, celui dont je revendique pour ma part la responsabilité principale, c est le gaspillage pour les écoles. (Oui! oui! bravos!) Oui, nous avons construit ou réparé 26 000 écoles, et jeté là beaucoup de millions. Mais où les écoles faisaient-elles défaut, et pour qui toutes ces constructions nouvelles, et, comme on dit, tous ces palais scolaires ? Pour les campagnes, pour les villages, plus déshérités que les villes, pour vos enfants! (Applaudissements.)
Je porte donc cette responsabilité le front haut, et j'attends encore le père de famille, le vrai campagnard, qui osera me la reprocher devant vous. {Applaudissements chaleureux et répétés.)
L'orateur déclare, en terminant, qu'il compte fermement sur le bon sens des populations des campagnes, sur leur loyauté, sur leur clairvoyance, pour résister au déchaînement de mensonges et d'inepties, à cet océan de calomnies sous lequel on s'efforce de les submerger. Aux advei-saires de la République, à ces faux conservateurs, à ces ennemis masqués, qui colportent le mensonge, sans oser dire d'où ils sortent et d'où ils viennent, il suffira d'arracher les masques : on reconnaîtra les gens du 24 Mai et du 16 Mai, les meneurs du plébiscite de 1870, ceux qui ont leur responsabilité engagée dans les événements les plus douloureux de notre histoire. Ces hommes ne s'adressent pas au suffrage universel, comme ils le disent, pour remplacer une manière de gouverner la République par une autre: c'est la République elle-même qu'ils veulent détruire; c'est une révolution de plus qu'il leur fauti Et comme le suffrage universel hait les révolutions, celles de droite comme celles de gauche, j'affiime ici ma foi dans les élections du 4 octobre. {Plusieurs salves d'applaudissements. Acclamations. — Cris unanimes de: Vive Jules Ferry ! Vive la République !)