RÉSUMÉ POLITIQUE
d*autres le soin de l'appliquer. Mais ce langage ne satisfit ni la gauche radicale, qui voulait arriver à une lutte ouverte contre rÉglise, ni la droite, qui trouvait le projet équivoque et menaçant pour les intérêts cléricaux. De là une coalition qui rejeta, par 282 voix contre 210, l'ordre du jour Trouillot, accepté par le gouvernement. Il était ainsi conçu : « La Chambre, décidée à poursuivre sa politique républicaine et à défendre énergiquement les droits de rÉtat, vote l'urgence du projet de loi sur les associations. » Le ministère Freycinet, qui était au pouvoir depuis le 17 mars 1890, etdonl le chef occupai lie ministère de la guerre depuis le 3 avril 1888, donna sa démission, et fut remplacé, le 27 février 1892, par le cabinet Loubet, après l'échec d'une combinaison Bouvier et d'une combinaison Bourgeois. Dans le nouveau cabinet, MM. Bourgeois, Develle, de Freycinet, Ribot, J. Boche, Bouvier conservaient leurs portefeuilles. M. Cavaignac remplaçait M. Barbey à la marine, M. Viette prenait les travaux publics en remplacement de M. Yves Guyot, et M. Bicard la justice, en remplacement de M. Fallières. Quant au président du conseil, M. Loubet, il succédait à M. Gonstans comme ministre de l'intérieur. Le débarquement de M. Gonstans paraissait être le résultat notable et peut-être le but de cette crise. M. de Freycinet restait le véritable gouvernant, et personne ne prévoyait les futures destinées de M. Bicard. La déclaration ministérielle du 3 mars n'était qu'un appel assez banal à la concentration, un tableau de lois ouvrières plus ou moins chimériques. On publia des instructions adressées à notre ambassadeur près du Vatican et qui rappelaient les évoques au respect des pouvoirs civils, en menaçant le Saint-Siège de l'éventualité de la séparation de l'Église et de l'État. La Ghambre vota, le 3 mars, un ordre du jour rédigé par M. Bibot, et qui invitait le Gouvernement — d'ailleurs consentant — à ne pas permettre à un pouvoir étranger d'intervenir dans les affaires intérieures du pays. G'était l'ordre du jour Trouillot, ou peu s'en faut, qui réunissait cette fois 325 voix contre 75. Au fond, on payait aussi le départ de M. Gonstans : 25 boulangistes honoraires et 25 membres de la droite avaient voté pour le cabinet allégé d'un de leurs adversaires les plus redoutables. Première élimination. L'année 1892 en devait voir plusieurs autres, dues à la même cause : l'intluence d'une certaine presse. Allait-on du moins se consacrer à la préparation du budget de 1893, qui fut déposé le 10 mars par M. Bouvier et qui comportait la réforme de l'impôt des boissons, et le dégrèvement de 75 millions sur les boissons hygiéniques, sans parler du remboursement des obligations à court terme, non consolidées en janvier 1891? G'était peu probable. La Chambre continuait à se préoccuper du péril clérical et fulminait contre les prédicateurs de Saint-Merri ou contre le P. Forbes.
Mais un nouveau péril, beaucoup moins discutable, se révéla tout à coup, et provoqua une émotion immense : ce fut le péril anarchiste. Brusquement, Paris fut le théâtre de quatre tentatives criminelles
des dynamiteurs : tentative contre Thôlel du prince de Sagan (noit du 14 au 15 février), explosion du 1 1 mars, boulevaixl Saint-Germain, n** 136, dans la maison habitée par le conseiller Benoit, qui avait présidé, en août 1891, le procès des anarchistes de Levallois-Perret; explosion à la caserne Lobau (nuit du M au 15 mars) ; explosion rue de Glichy, dans la maison habitée par le substitut Bulot (27 mars). Il y eut, cette fois, des blessés, et la maison fut presque entièrement détruite. On arrêta Tauteur de ces crimes, qui s'appelait Ravachol. Les jurés de la Seine lui accordèrent des circonstances atténuantes, bien que, la veille de sa comparution, Véry, le patron du restaurant dont le garçon, un nommé Lhérot, avait dénoncé Ravachol, eût été blessé mortellement, avec un consommateur, par une nouvelle explosion. Il est vrai que les jurés de Saint-Etienne, saisis d'autres crimes commis par le même Ravachol, le condamnèrent, un peu plus tard, à la peine de mort, qu'il subit en juillet. Les anarchistes en firent un martyr, un justicier, et proclamèrent le droit au vol et à Tassassinal. La police se décida à prendre quelques mesures énergiques : elle procéda à l'arrestation de 181 révolutionnaires ou détenteurs d'explosifs, et en expulsa 67 autres.
Pour rassurer les hommes d'ordre que la multiplicité des attentats troublait profondément, il aurait fallu se serrer autour des hommes énergiques du parti des républicains de gouvernement ; mais Ja tactique des radicaux et des anciens boulangistes consistait à les salir et à les ditfanier successivement. M. Constans avait été visé le premier ; puis, ce fut le lour de M. Burdeau, que la Libre Parole accusa d'avoir été stipendié par les Rothschild pour conclure au renouvellement du privilège de la Banque de France, alors qu'autrefois, dans le Globe, il avait soutenu la thèse contraire. Sur la poursuite de M. Burdeau, M. Drumont fut condamné par la Cour d'assises de la Seine à 3 mois de prison, 1 000 francs d'amende et à de nombreuses insertions, qui pouvaient s'élever à 80 000 francs. L'honorable député, atteint d'une maladie de cœur, n'en subit pas moins toute l'amertume de la calomnie, et sa santé déclina de plus en plus.
La session ordinaire des Chambres fut close le 13 juillet. Son dernier incident (il juillet) fut le remplacement de M. Cavaignac par M. Burdeau, à la suite de Tinterpellation Pourquery de Boisserin, sur le refus de concoui*s de la marine aux opérations du colonel Dodds contre le roi du Dahomey. Les vacances furent signalées par le renouvellement des conseils généraux et des conseils d'arrondissement qui fut un succès pour le parti républicain. Il gagna 181 sièges dans les conseils généraux, et fit nommer les présidents dans 84 départements.