AU CONSEIL GÉNÉRAL DES VOSGES
Discours de M. Jules Ferry an Conseil général des Vosges.
Élu, le 22 août 1892, président du Conseil général des Vosges (où le canton de Thillot venait de le renvoyer siéger), M. Jules Ferry prononça le discours suivant, qui fut fort remarqué :
Je remercie le Cx)nseil général de ce nouvel et éclatant lémoignage de confiance.
Depuis que j'ai l'honneur de présider le Conseil général des Vosges, voici le cinquième renouvellement partiel des assemblées départementales auquel il m*est donné d'assister.
Durant ce laps de temps déjà long, la France ne s'est pas une seule fois démentie, et le mode de consultation cantonale, qui paraissait, à Torigine, le plus attaché aux influences locales et traditionnelles, n'a pas cessé de donner aux institutions républicaines lappui d'une adhésion de plus en plus ferme, cordiale et réfléchie.
Le renouvellement de 1889, vous ne Tavez pas oublié, commença la déroule de la pire des factions et prépara le triomphe de l'honnêteté publique. Les élections de 1892 n'ont pas une moindre portée : non seulement elles continuent la marche ascendante, si bien qu'il n'y a plus même, à l'heure présente, une demi-douzaine de conseils généraux dans lesquels la majorité soit demeurée Adèle aux monarchistes impénitents, mais elle marque avec une parfaite clarté le terme de l'évolution depuis longtemps commencée dans la conscience du sufl'rage universel. Elles nous font assister à la dissolution irrémédiable des vieux partis, dont on voit les chefs se suicider avec éclat ou disparaître silencieusement, tandis que le gros de l'armée, lassé d'un schisme politique où s'usait, sans profit pour personne, une partie des forces dû pays, s'efforce de rejoindre le drapeau républicain.
Rien n'arrêtera plus ce mouvement de concentration nationale. Les causes en sont aussi diverses que profondes. Il y faut faire, sans doute, une part à la stratégie politique, à la tactique des partis, à faction si résolue du chef de la catholicité, sans doute aussi au patriotisme, mais surtout au temps, ce grand pacificateur, et à la force des choses.
Il est devenu impossible, dans ce pays, de faire porter sérieusement la lutte politique sur le principe du gouvernement.
Ce n*est pas à ceux qui travaillent depuis vingt ans, en vue de ce but suprême, à ceux qui ont cherché, dans la fondation du gouvernement républicain, non la satisfaction d'un parti, mais la constitution d*un gouvernement définitif, assez large, assez souple et assez fort pour se prêter, tout en le dirigeant, au mouvement d'une grande démocratie, ce n'est pas à ceux-là qu'il appartient d'amoindrir, par des réserves ou des inquiétudes sans fondement, la grandeur de ce résultat.
Les gouvernements disputés, contestés, obligés de livrer incessamment bataille pour leur principe, ne peuvent avoir au dehors, toute la force qui leur est nécessaire. Au dedans, la base gouvernementale est trop étroite, et le régime parlementaire s'en trouve profondément faussé. Il n'est jamais bon non plus qu'une minorité, même faible, s'isole du reste de la nation nourrissant contre l'ordre établi des passions de guerre civile.
Messieurs, la République n'est pas un domaine exclusif, un apanage ; elle est ouverte à tous les hommes de bonne foi et de bonne volonté.
Elle ne réside pas dans une formule unique, inflexible comme un dogme. Nous l'avons conçue et pratiquée selon certaines idées, auxquelles nous restons obstinément fidèles. Les conservateurs ralliés à la République en apporteront d'autres. Cela est naturel et n'a rien d'inquiétant ; le paya jugera, et j'ai la foi profonde que, quel que soit l'avenir, sa volonté ne fera prévaloir que des solutions démocratiques et libérales. {Applaudùfsements. )
Messieurs, notre département n'est pas demeure étranger aux mouvements généraux de l'opinion.
Dans les élections municipales, dans les élections départementales, dans celles des conseils d'arrondissement, le progrès républicain s'est manifesté sous toutes les formes; nous avons eu de franches victoires dont nous avons le droit d'être fiers, et, là même ou la lutte nous laisse des regrets personnels, nous rencontrons les déclarations les plus formelles, non seulement de soumission, mais d'adhésion à la République, et nous en prenons acte.
Que ceux qui ont depuis longtemps fait leurs preuves répu-