‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 3)Chapitre 75 sur 108 · AU CONSEIL GÉNÉRAL DES VOSGES · texte numérisé non relu

AU CONSEIL GÉNÉRAL DES VOSGES

blicainesy et que ceux qui demandent à les faire, soient parmi nous les bienvenus.

II a toujours été facile de s'entendre dans celte Assemblée pour faire les affaires du pays.

La discussion y est entièrement libre pour toutes les opinions, et les traditions de courtoisie qui y régnent rendent singulièrement aisée la tâche de votre président. (Bravos et applaudissements,)

Ces considéralions sur la République ouverte, ces appels aux hommes de bonne foi et de bonne volonté, secondés parla politique conciliante de Léon XIII, avaient le don d'irriter la droite royaliste et bonapartiste, à qui les récentes élections départementales n'avaient laissé que 669 sièges contre 2157 aux républicains. MM. Paul de Gassagnac et de Larochefoucauld avaient vu notamment la majorité passer de droite à gauche dans leurs départements respectifs. M. de Breteuil, député d*Argelès, avait cru devoir donner bruyamment sa démission de député, par une lettre du il août 1892, pour protester contre « les insiructions venues de Home » et les « conversions subites » qui décimaient les rangs du parti conservateur. Enfin, lanniversaire du 22 septembre 1792, date de la victoire de Valmy et de la proclamation de la Képublique, fut célébré à Paris avec un grand éclat, et le président du conseil, M. Loubet, M. Challemel- Lacour, au nom du Sénat, M. Floquet, au nom de la Chambre, prononcèrent, au Panthéon, des discours, plus ou moins éloquents, qui furent complétés par de grandes fêtes populaires. Le président de la République, M. Carnot, qui avait gardé pendant ces fêtes une attitude assez elTacée, prit, au contraire, la direction des manifestations officielles de ce centenaire républicain, à Chambéry, le 4 septembre, et, à la revue de Monlmorillon, le 16 septembre. Mais les révolutionnaires n'étaient pas disposés à prêter leur concours à l'œuvre d'union républicaine. Il y eut à Saint-Ouen. le 11 septembre, un congrès des municipalités socialistes ; le 24 septembre, le dixième congrôs du parti socialiste révolutionnaire, dit congrès guesdiste, se tint à Marseille, et l'Allemand Liebknecht y prêcha rinternationalisme et l'oubli de la guerre de 1870. Knfin, la grande grève de Carmaux, qui commença le 15 août, fournit aux socialistes l'occasion d'attiser les haines de classes, et créa «le graves embarras au Gouvernement. La Compagnie avait renvoyé, pour cause d'insubordination, l'ouvrier Calvignac, maire de Carmaux. Les grévistes faillirent tuer le directeur, et les députés ou journalistes socialistes allèrent sur place exciter les ouvriers aux violencs et à la prolongation de la grève. Dès la rentrée du Parlement, le 18 octobre, M. Dupuy-Dutemps interpella le ministère, et \*^ débat se termina par une proposition d'arbitrage. M. Loubet, pnsident du conseil, accepta le rôls d'arbitre que la Chambre Tinvilîtil à jouer. La sen-

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tence que rendit le chef du cabinet (26 octobre) consistait: 1* à faire réintégrer Calvignac dans ses fonctions d'ouvrier de la Compagnie; puis, à lui accorder un congé qui durerait autant que ses fonctions de maire; 2* à faire reprendre par la Compagnie tous les ouvriers en grève, sauf ceux qui avaient été condamnés par le tribunal correctionnel d*Albi. Cette solution ne fut acceptée par les ouvriers qu'après de vives protestations et sur les instances de MM. Clemenceau, Pelletan et Millerand (3 novembre). El il fallut que le Gouvernement s'engageât à faire grâce aux condamnés. Les anarchistes remercièrent le cabinet de sa longanimité et de sa faiblesse en déposant, le 8 novembre, à la porte des bureaux de la Compagnie de Carmaux, 11 avenue de TOpéra, un engin explosif qui, transporté au commissariat de la rue des Bons-Enfants, éclata et tua quatre agents de police et le garçon de bureau de la Société de Carmaux qui avait transporté la fatale marmite. Ce lâche attentat provoqua une immense émotion à Paris. La Chambre vota un ordre du jour où elle se déclarait « indignée des actes odieux qui venaient de se produire, et confiante dans la vigilance et dans la fermeté du Gouvernement pour en empêcher le retour ». Jusque-là, on n'avait guère opposé aux déplorables excitations d'une certaine presse que le système du « laissez-faire, laisscz-passer ». La bombe de la rue des Bons-Enfants réveilla le ministère Loubet de sa torpeur. Le chef du cabinet, dans le long débat portant modification des articles 1, 25 et 49 de la loi de la presse du 29 juillet 1881, fit entendre une parole énergique, et réclama avec force l'arrestation et la saisie primitives, en cas de provocation directe à commettre certains crimes et certains délits. Mais l'attitude hésitante du garde des sceaux, M. Ricard, et la prolongation de la discussion déterminèrent l'adoption de l'amendement Jullien, qui efl*açait l'arrestation et la détention primitives, en y substituant la faculté pour les tribunaux de prononcer l'exécution provisoire de leurs décisions, nonobstant opposition ou pourvoi.

L'affaire da Panama.

Le ministère Loubet jouait de malheur. A peine était-on remis de l'émotion causée par Texplosion de la rue des Bons-Enfants qu'éclata l'immense scandale du Panama, amplifié, grossi et savamment prolongé par la Libi'e Parole et la Cocarde. Dans la séance du 19 novembre, M. Floquet, directement accusé par ce dernier journal d'avoir réclamé et obtenu de la Compagnie du Canal une somme de 300 000 francs pour subvenir aux frais de la lutte contre le boulangisme, déclara « qu'il n'avait rien demandé, rien reçu et rien distribué ». Le garde des sceaux, M. Ricard, annonça qu*on allait assigner devant la Cour d'appel, siégeant correctionnellement, quatre administrateurs de la Compagnie et un entrepreneur de travaux publics. Puis, le 22, M* Delahaye dénonça, à rencontre de

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