‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 3)Chapitre 78 sur 108 · JULES FERRY PRÉSIDENT DU SÉNAT · texte numérisé non relu

JULES FERRY PRÉSIDENT DU SÉNAT

peul parcourir toute cette filière avant la fln de la législature, tout est à refaire. C'est ainsi que des projets d'une grande importance, — loi sur les justices de paix, Code d'instruction criminelle, — traînent depuis trois ou quatre législatures sans pouvoir être votés. Avec le renouvellement partiel, il n'y aura plus d'interruption dans l'existence de la Chambre, ni, par conséquent, dans son travail.

Le deuxième argument est la nécessité d'assurer la stabilité politique et la tradition gouvernementale, dans un pays, où, depuis vingt ans, la lutte pour changer la forme du gouvernement se renouvelle tous les quatre ans. Le sulfrage universel n'est pas infaillible, ni à l'abri des surprises. Le pays veut être soustrait à celle perpétuelle menace de révolution. »

Jules Ferry, président 4a Sénat.

La République, comme Saturne, avait dévoré beaucoup de ses enfants. MM. Constans, Rouvier, de Freycinet, Rurdeau, Jules Roche, Loubet se trouvaient momentanément écartés du pouvoir. Qui donc allait remettre Tordre et l'harmonie dans le fonctionnement des pouvoirs publics, si troublé par le déchaînement des passions et la multiplicité des scandales? Le Sénat sans doute demeurait ferme, en présence d'une Chambre désorienlée et d'un Cabinet malade, presque agonisant. Mais il sommeillait un peu, et les journaux monarchistes, comme le Soleil^ se rencontraient avec le journal de M. Rochefort pour en demander la suppression parce qu'il constituait, suivant eux, un rouage inutile... Et voilà que tout à coup éclate cette nouvelle inattendue... M. Le Royer adonné sa démission pour des motifs personnels. Le siège présidentiel du Sénat est vacant!

Calmes, au milieu des vociférations des ex-boulangistes et des radicaux exaspérés, les sénateurs républicains se réunissent, nu nombre de 155 et procèdent à un scrutin préparatoire ponr la désignation du successeur du président démissionnaire.

Au premier tour obtinrent : MM. Jules Ferry 70 voix, Magnin 44, Challemel-Lacour 23, Jules Simon 7, Loubet 4, Demôle 4, Le Royer 2, Merlin 4. Au second tour, les voix se répartissent ainsi : MM. J. Ferry 87 voix, Magnin o3, Challemel-Lacour 7, Jules Simon 2, Le Royer 2. M. Jules Ferry, ayant obtenu la majorité, fut proclamé seul candidat à la présidence. Ce vote préparatoire fut accueilli par les journaux républicains modérés avec un véritable enthousiasme, tandis que les rues de la capitale retentissaient des cris des camelots de Vlntransiyeantj de V Autorité, de la Lanterne, qui essayaient, par d'odieuses diatribes, de provoquer contre le candidat de la majorité sénatoriale un courant pareil à celui qui l'avait déjà écarté de la présidence de la République. Mais, cette fois, Paris resta froid devant cette furieuse campagne. On souffrait trop de l'anarchie morale où se trouvait plongé le pays, par suite de l'absence presque complète de gouvernement; on était assez las de vivre sans principes, sans

direction, sans but défini, pour donner dans les pièges grossiers d*une nouvelle coalition monarchico-césarienne. Le Gaulois eut beau prétendre qu*une effusion de sang dans les rues de Paris n'avait été évitée, lors de la dernière élection présidentielle, que par suite de Téliminalion de Jules Ferry; Y Intransigeant eut beau traiter les sénateurs de « vieilles canailles » en les menaçant de Textrême rigueur du peuple, les sénateurs ne se laissèrent pas intimider. Le vendredi, 24 février 1893, la séance s'ouvrait à deux heures, au Luxembourg, sous la présidence de M. Bardoux, vice-président. Le scrutin resta ouvert jusqu'à 3 heures; il donna les résultats suivants :

Votants 249. Bulletins blancs 20.

Suffrages exprimés 220. Majorité i2o.

MM. Jules Ferry 148 voix.

Audren de Kerdrel. , 39 —

Magnin 26 —

Divers 40 —

M. Jules Ferry fut proclamé président du Sénat.

Gomme le fît remarquer le Times, cette éleclion était un événement plus grave « que tout ce qui était arrivé depuis longtemps dans la politique française. » Le parti dit opportuniste retrouvait un chef, au moment même où les Andrieux et les Delahaye sç flattaient de l'avoir abattu par leurs dénonciations, et, d'autre part, le parti radical se trouvait décapité et affaibli par l'élimination de M. Clemenceau, son chef, de M. Floquet qui le personnifiait à la Chambre, de M. de F'reycinel « son représentant onctueuxet séduisant». M.Pelletan, dansln Justice, reconnaissait que les modérés reprenaient toutes les hautes situations de TÉtaL « M. Casimir-Perier a pris la place de M. Floquet, M. Ferry va présider le Sénat. » M. Camot était à l'Elysée. Un fait indéniable et que constataient les plus violents ennemis de la République comme M. Comély * , c'étaitla force nouvelle que l'élection de Jules Ferry donnait au Sénat, dont le rôle avait décru par les empiétements successifs de la Chambre. « A partir d'aujourd'hui, le Sénat, disait ce journaliste, c'est Jules Ferry. Et l'adjonction de celte force indiscutable donne au Sénat les moyens de jouer dans la République son rôle véritable. Et ce rôle n'est pas petit ! »

Quanta ce qu'était M. Jules Ferry, nul ne le rappela peut-être avec plus d'émotion que M. Deloncle, dans un article du Parti national qui trouve ici sa place et qui peut servir à caractériser la signifîcation du scrutin sénatorial. Voici cet article :

...r/est une réparation, dans la forme la plus simple et la plus effective.

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