V. le Temf.9 du 19 manj
J. Ferry, DUcours, VII. 28
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sont les vôtres. Le président du Sénat pourra les senrlr plus efficacement que le président de TAssociation.
« Dans notre pensée à tous, le conseil général doit être un conseil régional. Son action dans les départements peut être considérable, même avec des moyens modestes. A l'approche des élections — elles arrivent, chacun le sent — le conseil pourra affirmer, dans un manifeste, sa politique d*ordre et de progrès... {Voix dans la salle : Cest la vôtre!) Non, c'est la nôtre ; c'est celle que, au milieu de vous, j'exposais dans mes discours de 1887 et 1889.
« Soyez-en sûrs, messieurs, nous avons beaucoup gagné par notre politique : vous le verrez lorsque nous jetterons la sonde pour constater le progrès républicain. S'unir à ceux avec qui on est d'accord, être pénétrés d'un large esprit de conciliation, voilà notre politique. Elle est séparée de l'esprit de confusion par un abime : par l'impuissance, l'incohérence, l'anarchie parlementaire.
i< Messieurs, la période électorale va bientôt commencer. De toutes les associations qui furent créées au moment du danger, nous sommes la seule qui soit restée debout et vivante. Si Ton nous demande ce que nous avons fait, nous répondrons: a Nous avons vécu I » Et c'est beaucoup! nos cadres, tout prêts pour l'armée républicaine, s'augmenteront de tous ceux qui sentent le besoin de s'organiser pour les luttes prochaines. Nous n'aurons pas, nous n'avons jamais eu de candidats ; nous aiderons l'action républicaine par l'expansion de nos doctrines, en précisant nos principes, en parlant clair. Nous aurons des brochures ou nous dirons ce que la Chambre a fait et rêvé de bien. Nous fonderons une correspondance autographique, destinée aux journaux de province qui voudront seconder l'Association nationale républicaine, et se faire les interprètes de sa pensée. La jeunesse affine dans nos rangs. Elle se joindra à nos conférenciers, qu'on trouve toujours prêts. Enfin, toute cette œuvre implique des ressources : nous saurons au besoin nous faire frères-quêteurs. Ainsi, votre Association sera de nouveau en mesure de rendre au pays et à République, les services en vue desquels elle s'est constituée. Tous les républicains de gouvernement se grouperont autour d'elle. »
MORT DE JULKS FERKY. 435
Une voix alors se flt entendre pour exprimer les regrets de l'Association, qui perdait son président, et sa joie de le voir placé à la tôte du Sénat. Elle proposa de conférer à M. Jules Ferry le titre de président d*honneur. Les applaudissements le lui imposaient. Il accepta, tout ému de cette ovation : « Vous me comblez, dit-il, c'est trop pour ce que j*ai pu faire! » L'éminenl bomme d'Étal paraissait demander grâce pour un cœur que la joie faisait battre trop vile, et ceux qui étaient là furent frappés de Faltération de ses traits. Depuis rattentat d'Aubertin (10 décembre 1887), depuis que la balle d'un fou l'avait frappé à la partie antérieure gaucbe de la poitrine, en déterminant une plaie contuse, à la hauteur de Tonûce aorlique, des troubles cardiaques avaient progressivement affaibli la robuste constitution de Jules Ferry. En septembre 1888, il avait subi une première crise; son amaigrissement était visible, et le fatigant voyage de trois mois qu'il m en Algérie, pour accomplir ce qu'il considérait comme un devoir, avança peut-être le dénouement fatal.
Mort de Jolat Ferry. — 17 mars 1893.
Le 16 mars, Jules Ferry avait présidé la séance du Sénat et avait prononcé une allocution éloquente en Fhonneur de M. Jametel, décédé quelques jours auparavant. Il rentra chez lui assez fatigué et renonça, sur les prières de M— J. Ferry, à se rendre à une soirée que donnait M. Poirrier, sénateur. Il se coucha, passa une nuit assez calme jusqu'à une heure du matin. A ce moment, il eut une suffocation. Son frère, M. Charles Ferry, qui habite le second étage de rhôlel de la rue Bayard, accourut et fit appeler le docteur Worms. D'autres médecins, les docteurs Toupet, Hucbard, Potain, Wéber lui prodiguèrent leurs soins. Une amélioration sensible se produisit vers cinq heures du matin et le malade put reposer. Mais rien ne pouvait désormais le sauver. Il voulait mourir debout et passa dans son cabinet de travail. A des intervalles plus ou moins longs, il se levait et faisait quelques pas dans son salon, dans sa salle à manger, cherchant l'air qu'il croyait lui manquer. La plus grande partie de la journée du 17 se passa ainsi. A un moment où Son frère et M"^ Jules Ferry lui soulevaient la tête pour faciliter sa respiration, M. Jules Ferry les regarda fixement et dit : « Vous aurez bien du mal à me sauver : je suis perdu. » Ce furent ses dernières paroles. On lui fit une piqûre de morphine pour atténuer ses souffrances, et il s'assoupit. A six heures, une réaction se produisit. Il se leva brusquement, vêtit sa robe de chambre et se jeta épuisé dans un fauteuil. Quelques minutes après — à six heures un quart — il rendait le dernier soupir, dans les bras des siens.
4dn DISCOURS DE JULES FEftRY.
FonéraUlas nationales.
La nouvelle de la mort du président du Sénat provoqua dans Paris une vive émotion et plongea ses amis dans une véritable désolation : car, comme Ta dit justement Emmanuel Arène* : « Nul n*eut pour ceux qui Tentouraient, dont il savait le dévouenienl et rafTection, de pareils (résors de tendresse; nul n*avait, dans les relations de la vie, d'aussi exquises délicatesses... » Aussi, ce grand homme, que le préjugé courant représentait comme rude et cassant, et qui avait simplement horreur de la banalité, élait-il entouré d*alTections profondes et lldèles. Passons sur les pompes officielles... Ce fut M. Bibot, président du conseil des Ministres, qui présenta aux Chambres, le 18 mars, un projet de loi décidant que les funérailles de Jules Ferry, « ancien membre du gouvernement de la Défense nationale et président du Sénat, seraient célébrées aux frais de rÉtat t. Ce projet fut voté à la Chambre par 296 voix contre 170, et, au Sénat, par 23.1 voix contre 30.
Le 20 mars, à hnit heures du soir, le corps de Jules Forry fut transporté au palais du Luxembourg et déposé dans la salle des Gardes, tendue de draperies noires semées d'argent et ornées de trophées aux couleurs nationales. On plaça la bière sur un catafalque, qu'enveloppait le drapeau Incolore sous lequel avait déjà dormi un autre grand patriote, Léon Gambetta. Pendant deux nuits, les parents, les anciens collaborateurs et les amis de Fillustre mort veillèrent auprès du tombeau. Rien n*égalait la solennité de celte salle des Gardes où des soldats immobiles représentaient la Patrie. On eût dit que Fâme de la République peuplait le formidable silence !...
Et ce fut un contraste saisissant quand la foule (qu'on a évaluée à plus de 30000 personnes), délila le 21 mars devant le cercueil, et quand, le '22, à une heure moins un quart, tous les grands corps (le l'Élat entrèrent dans la cour d'honneur du Sénat, tandis que d'innombrables délégations se groupaient dans le jardin du Luxembourg.
MM. Bardoux, vice-président du Sénat, ami personnel de Jules Ferry, Casimir-Périer, président de la Chambre, Ribot, président du conseil des Ministres, Charles Dupuy, ministre de l'Instruction publique, Méline, vice-président du Conseil général des Vosges, prononcèrent d'éloquents discours, que nous ne reproduirons pas parce qu'ils ont été groupés dans une publication spéciale par les soins touchants de la famille Ferry.
A trois heures, le cortège se mit en marche et s'achemina vers la gare de l'Est, à travers les rangs pressés d'une foule respectueuse. A cAté des délégations officielles et d'innombrables Associations,