‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 3)Chapitre 82 sur 108 · V. le Matin <hi ?0 mars · texte numérisé non relu

V. le Matin <hi ?0 mars

FUNÊRAILLI^S DE JULES FEKKY. 4^7

l'armée était représentée par plus de cent ofUciers dont trente généraux. A la gare de TEst, les troupes défilèrent, et il y eut encore des discours, notamment celui de M. Spuller, au nom de TAssociation républicaine, celui de M. Werhnng, au nom des colons du Tonkiii, et celui de M. Schlumberger, au nom de TAssociation générale d'Alsace-Lorraine.

A Saint-Dié.

Ce même jour, :22 mars 1893, à huit heures quinze, M"** Jules Kerry partait pour Saint-I)ié. A neuf heures trente-cinq, le cercueil était placé dans un autre train où montèrent MM. Chartes Feiry et Risler, Demûle, Margaine et Guérin, délégués du Sénat. Métine, André Le bon, Hustin, Rambaud, Kœmpfen, Houjon, Robiquet, Hanotaux, Joseph Reinacb, Dussaud, Gaston Deschamps et quelques autres amis. Ce train amvait à Saiut-Dié à neuf heures qoinze, après s'être arrêté à Nancy et à Lunéville où eurent lieu de patriotiques manifestations.

Toute la Lorraine française, qui connaissait le beau testament du mort et cette phrase magnifique : « Je désire reposer dans la même tombe que mon père et ma sœur, en face de cette ligne bleue des Vosges d'où monte jusqu'à mon cœur fidèle la plainte touchante des vaincus », toute la Lorraine eût voulu suivre le convoi. L'aspect de la ville de Saint-Dié, sous un soleil éclatant, était imposant, avec les drapeaux en berne et les réverbères allumés, voilés de crêpes, la foule énorme, qui couvrait jusqu'aux toits des maisons, et tous ces forestiers, ces soldats, gardiens de la frontière ! De la gare, le long cortège monta jusqu'au petit cimetière de Saint-Dié qui, de sa colline douloureuse, regarde l'Alsace. Quand le corps eut été descendu dans le caveau de famille où l'ancien président du Conseil avait voulu reposer, M. Demôle parla au nom du Sénat, le préfet, au nom du département des Vosges, M. Mnngeonjenn au nom de la ville de Samt-Dié, le docteur Parisot aU nom du canton du Thillot que Jules Ferry avait représenté pendant vingt années, le général Tricoche, en son nom personnel, et M. Méline, au nom des républicains des Vosges. Ce discours de M. Méline, tout vibrant d'une émotion profonde, contient des accents superbes qui mirent des larmes dans tous les yeux :

t « ... Il ne faut pas craindre de le proclamer parce que c'est la vérité : il est mort comme le soldat sur le champ de bataille. Le soldat lui, meurt d'une balle ou d'un obus; il verse son sang tout d'un coup. L'homme public qui, dans notre démocratie dévorante, veut faire son devoir, qui ne voit que l'intérêt de son pciys, qui va droit son chemin sans tourner la léte, au milieu des sifflements de la calomnie, verse le sien goutte à goutte; il laisse à lous les boissons de cette route hérissée d'épines qu'oD appelle la vie politique, des lambeaux de sa chair, des morceaux de son c rur. Celui

de Jules Ferry avait trop saigné, il s'est arrêté avant l'heure. Ne croyez pas qu'il le regrette : si sa voix pouvait se faire entendre du fond de sa' tombe, il vous dirait qu'il savait bien ce qu'il faisait, et qu'il Ta voulu. »

L'inauguration du monnmeiit de Jules Ferry.

Les années s'écoulent, les ministères succèdent aux ministères, depuis ce grand deuil. Un illu:»tre citoyen, M. Carnot, Président de la République, tombe sous le poignard d'un assassin étranger, et la reconnaissance nationale, après lui avoir fait des funérailles imposantes, place au Panthéon sa dépouille mortelle. Après lui, les républicains de gouvernement confient la magistrature suprême de l'État à l'héritier d'un nom célèbre, à M. Gasimir-Périer ; mais, nommé malgré lui, peu soutenu par ceux qu'il considérait comme ses coreligionnaires politique^, il résigne bientôt ses hautes fonctions. Une précieuse alliance, le déplacement qu'elle introduit dans la situation européenne, rendent plus facile la tâche de son successeur, élu, lui aussi, par une majorité de républicains de gouvernement. Va-t-^n compromettre une aussi heureuse fortune par une mauvaise politique intérieure, par des faiblesses et des compromissions sans excuse à l'égard des partis extrêmes? Un moment, on put le craindre, et le cabinet Bpurgeois-Mesureur, en acceptant le concours des socialistes, en inquiétant tous les intérêts légitimes par ses projets d'impôt global et progressif, parla résurrection de toutes les chimères et de tous les rêves, semble conduire le pays aux dictatures et aux réactions qui suivent infailliblement les périodes d'anarchie administrative et les crises sociales. Mais la ferme opposition du Sénat, qu'inspire toujoura la politique de Jules Ferry, conjure bientôt le désarroi et le découragement des républicains sages.

Devant des votes de défiance, réitérés, le cabinet Bourgeois se retire, et qui le remplace? Sous la présidence de M. Méline, les amis et les anciens collaborateurs de Jules Ferry : MM. Hanotaux, Rambaud, Barthou, Lebon, le général Billot. Aussitôt, l'ordre renaît, la France se rassure, la Chambre reconstitue sa majorité vacillante, à côté d'un Sénat que rien n'a pu entamer, et le tsar, notre allié, reprend pleine confiance dans notre pays.

C'est dans ces circonstances qu'eut lieu à Saint-Dié, le dimanche 26 juillet 1896, l'inauguration du monument élevé à la gloire de Jules Ferry, par la main d'un grand artiste, Antonin Mercié, avec les fonds provenant des souscriptions publiques, et conformément au vote du Conseil municipal de Saint-Dié en date du 19 mars 1893.

Dès la veille, toute la ville était en fête et saluait de ses acclamations enthousiastes l'arrivée des ministires : MM. Méline, président du Conseil, Hanotaux, ministre des Affaires étrangères, Boucher, ministre du Commerce, Rambaud,ministre de l'Instruction publique, le généml

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