‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 3)Chapitre 84 sur 108 · LE MONUMENT DE JULES FERHY. U · texte numérisé non relu

LE MONUMENT DE JULES FERHY. U

qui n*onl pas ileviné, de ceux qui n'ont pas cru, et surtout de ceux qui ont souflTerl. Mais il faut reconnaître que l'œuvre entreprise avec clairvoyance, accomplie avec résolution, achevée rapidement, est de celles qui honorent un peuple, et que, par la vigueur des chefs, la vaillance des soldats, l'énergie des colons, notre France a reconquis quelque partie de la gloire que tant de nobles entreprises, au cours des Ages précédents, lui avaient assurée.

« Et, messieurs, ce qui marque la sagesse de celte conception, pourtant si hardie, j'allais dire si audacieuse, c'est que son exécution et son achèvement n'ont pas soulevé, parmi les puissances concurrentes, de résistances graves, ni soulevé de conflits dangereux. Aujourd'hui même que nous touchons au but, tout le monde reconnaît que la place prise par nous était bien celle qui nous appartenait. Que l'on discute certains détails, que les incidents prévus ou imprévus se produisent encore, dans l'ordre diplomatique ou dans Tordre militaire, les faits sont accomplis, et la France satisfaite peut, non sans fierté, montrer au monde des filles nouvelles où quelque chose de sa grftc« et de son sourire illumine déjà les traits plus rudes de l'Asie et de l'Afrique. (Bravos.)

« Maintenant que la politique d'expansion coloniale bénéficie, pour certaines parties, du recul et de l'équité qui viennent du temps, elle peut aussi répondre victorieusement au principal reproche que lui adressaient ses adversaires : quoi qu'on en ait dit, elle n'a nullement détourné la France des grands problèmes européens.

« Ici, assurément, sur un océan plus large, les lames sont plus longues ; le temps laisse dérouler plus lentement la nappe des faits acquis et des résultats certains. Mais, pourtant, qui pourrait dire que la France, guidée par des esprits réfléchis et fermes, n'a pas recueilli déjà les fruits de sa prudence, de son activité et de son sang-froid ? N'a-t-elle pas vu, en Europe, toutes les grandes puissances tourner les yeux vers elle, l'une après l'autre? N'a-t-elle pas vu se rouvrir le cercle auquel un instant elle avait manqué ? N'a-t-elle pas vu des liens intimes se resserrer avec un des plus vastes empires du monde, sous les auspices d'un prince du caractère le plus noble et le plus élevé {Applaudistements), et, qui, assurément, ajoutait encore au prix

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de 'âon amitié (|uand, par des actes spontanés, il manifestait sa coàtlancc et son estime? (Cris : « Vive la Russie ! ») • « L'EiH*ôpe rendait ainsi justice à Tesprit de sagesse d'une démocratie laborieuse. Elle savait que nos forces rétablies nous permettaient de substituer un système nouveau, fondé sur la bonne foi et sur le droit, à Tesprit d'agitation et à la vaine politique d'aventures et de prestige. [Assentiment,)

« Cet esprit vraiment et loyalement pacifique rayonnait, pour ainsi dire, de noire démocratie sur le reste du monde ; c/est son honneur d'avoir été l'allié de l'Empereur de la Paix. Et si — spectacle inouï— vingt-cinq années de repos ont été données à rÊurope, il faut bien reconnaître qu'une certaine part de ce grand résultat revient au peuple qui a donné l'exemple de la patience, de la persévérance, et de sa ferme confiance dans les solutions équitables de l'avenir. [Sensation.) n « f/est ;ainsi que la génération à laquelle appartenait Jules Ferry a exercé^ soit au loin, par la politique d'expansion civili>satrice, soit plus près, par la politique de relèvement et de paix fière et vigilante, une action qui a contiibué à dessiner la physionomie historique de ce dernier quart de siècle, moins troublé, plus fécond et plus pratique.

K Ge& résultats, quand on les considère aujourd'hui, personne

ne peut en nier la grandeur^ Et s'il s'agit de la France elle-

m0me, quelle comparaison entre l'année 1870 et la période

dans laquelle nous entrons, et qui va nous mener rapidemeni

à la date, solennelle où, parmi les concurrences fécondes de

l'industrie, du commerce et des arts, les peuples viendront à

Paris célébrer le jubilé de ii^OO! [Acclamation.)

' ' << Qui ne sent que notre pays, en fixant d'avance cette date,

ainsi <|ue trois fois déjà il l'a fait depuis vingt-cinq ans, s'est

'voiié pour plusieurs années à la paix ?

tuV'ii Oui,' fidèlement attachés à la paix, nous attendons tout du

tempst : car les évolutions de l'histoire prouvent que la justice

lie s'absente pas des choses humaines. Soit qu'il s'agisse dés

individus, soit qu'il s'agisse des peuples, son heure arrive, et

-eUe finit paràpporler sa récompense et son auréole à ceux qui

(Oht'eu confiance en elle, et qui — pour parler comme le vieux

''moraliste ^ ont, en dépit des tempêtes, tenu droit leur timon.

.CE xplosion de bravos,) .: .ii '• ;» r .

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