‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 3)Chapitre 85 sur 108 · LE MONUMENT DE JULES FERRY · texte numérisé non relu

LE MONUMENT DE JULES FERRY

«Messieurs, la vie de rhomme est trop brëve pour qu'il puisse de lui-même saisir ou toucher les résultats. Mais si, sui^ vant les lumières de sa conscience, il* s^est consacré au hiéh public, il est assez payé, et les amertumes et les afflictions mêmes lui paraissent douces quand il se dit ijue ces courtes heures de travail et de souffrance ont ajouté quelque chose à ravoir permanent de la patrie. (/l/)f>/ai/^/i«^wew/*.)

« L'histoire de ces hommes publics que rinjnstice contemporaine a frappés et qui n*ont pu qu'exprimer, dû fpnçl d'eù^mêmes, un appel muet à une postérité incertaine, est comme celle de ce soldat suisse, dont parle la légende, qui, combattmit au premier rang, rassembla toutes les lances tendues devant lui, et les planta, d'un seul coup, dans sa poitrine, pour faire le chemin aux compagnons qui le piétineront dans leur victoire. [Salve d'applaudissements.)

« Telle fut la destinée de Jules Ferry. H a beaucoup souffert : mais son âme stoïqne ne s*est pas plainte, parce qu'il savait où était sa récompense, et que, mout*ant, les yeux h demi clos, alors que son cœur généreux palpitait ses dernières angoisses, il a pu voir se dresser devant lui l'image de la patrie, encore saignante, mais déjà relevée. »

Le banquet. -

Après Ja cérémonie d'inauguration du monument, un banquet de quatre cents couverts eut lieu dans la salle du Ihéâtre. Les ministres, le président du Sénat et M. Scheurer-Kestner, vice-président, y assistaient, ainsi que M. Charles Ferry, les sénateurs et les députés des Vosfçes, M. Laferriére, vice-président du Conseil d'État, le premier président el le procureur général de Nancy, de nombreux membres du Parlement, M. Roujon, directeur des beaux-arts, M. Ferdinand Dreyfus, vice-président de TAssocialion républicaine, beaucoup de préfets el d*autres hauts fonctionnaires.

M. Méline se leva et lut la dépêche suivonle du Président de la République : « Je vous prie d^apjwrltr mes souvenirs personnels à la mémoire de Jules Feri-y^ au moment tu vous allez rappeler les services que ce patriote, ce penseur , a rendus à la République. FÉLIX Faure. » Puis, après un toast du maire de Saint-Dié aux membres du cabinet et du Parlement « qui sontiennent le bon combat et restent fidèles à la mémoire de Jules Ferry »», M. Méline, dans un beau discours improvisé, déclara qu'il ne faisait que « soutenir le programme qu'avait soutenu Jules Ferry » et développa

les principes des républicains de gouvernement, dans leur lutte contre « une politique folle qui vise è détruire les bases de la société, mène la guerre contre les forces vives de la patrie, menace gravement les intérêts, enlève la conOance au pays, tarit les sources du travail. Là est le danger, ajouta le président du Conseil, là est le danger que Jules Ferry dénonçait, car il savait que le jour où la République ne serait plus en état de résister à ce parti, où elle pactiserait avec lui, elle serait perdue».

Cette belle journée, véritable apothéose d*un grand homme, se termina par une bonne action. On apprit que M. Charles Ferry donnait à la ville de Saint-Dié « en témoignage de sa reconnaissance >» la somme de 100000 francs, qui était nécessaire pour Tagrandis* sèment de Thôpital.

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