Jean Correro. Loc. cil
470 DISCOURS DE JULES FERIiY.
Un temps devait venir où le régime des corporations serait reconnu, à beaucoup d'égards, impuissant et rétrograde ; non pas tant, comme on Ta répété, pour la tyrannie routinière de ses règlements et l'oreiller commode qu'ils faisaient au monopole, que pour l'isolement, Tesprit de morcellement et de guerre qui régnaient dans ces petites oligarchies laborieuses. Des lois jalouses, inconciliables avec toute agglomération de travailleurs, enchaînaient l'atelier dans les limites étroites de la famille et du foyer ; les métiers, qu'une destination commune aurait dû confondre, vivaient côte à côte, en étrangers ou en ennemis, et les progi'ès mécaniques, dont l'effet direct est d'éliminer des bras, étaient malvenus à coup sûr, dans un système où tout était combiné pour assurer à des ouvriers, groupés en nombre limité, le monopole de l'emploi et du salaire. Cependant, dans cette lutte éternelle que l'homme soutient contre les forces aveugles ou malveillantes de la nature, dans cette histoire de l'industrie, qui est le livre des victoires de l'humanité, il n'y a que l'effort collectif qui enfante de grandes choses. Au moyen âge même, les plus belles industries, les plus progressives étaient des fabrications transplantées, déplacées par l'émigration ou par lexil, et qui avaient trouvé, dans les nécessités de la terre étrangère, une cohésion qui leur manquait dans la vie libre et municipale de la patrie. Il est naturel aux dépaysés de se rapprocher et de s'unir. Ainsi, en 1310, une trentaine de familles lucquoises, chassées par les troubles civils, trouvent à Venise un refuge. C'étaient des ouvriers en soie, foimés à l'école du travail domestique et du morcellement industriel, mais il leur suffit d'être arrachés à la corporation et à la cité pour venir d'eux-mêmes à une organisation sociétaire, grouper trois cents ouvriers dans une seule manufacture, et doter la reine de l'Adriatique de sa plus opulente industrie*.
Au commencement du treizième siècle, des proscrits milanais, tous gens de métiers, déportés au delà Jes Alpes par l'empereur Henri I®»*, puis appelés à Florence par son évêque, y fondent celte industrie des laines à qui la cité toscane a dû les plus beaux siècles de sa grandeur. La draperie florentine, si longtemps sans rivale, n'eut pas d'autre école ; mais cette manufac-