Adam Smith
lure était un couvenl, el ses ouvriers, pieusement décorés du nom de frères humiliés^ bien qu'ils fussent devenus en peu de temps les plus riches producteurs de Florence, ne formaient pas une corporation, mais une confrérie, à la fois industrielle et religieuse, gouvernée monarchiquement. Au milieu d'eux, fleurissaient le travail en commun, les grands ateliers, et tous ces germes de perfectionnement industriel qui ne se développent qu'au sein des travailleurs agglomérés ». Un siècle plus tard, ce sont des colonies d'ouvriers florentins qui créent l'industrie des Flandres.
Une émigration semblable, comblée d'immunités pir François I«% fonde à Lyon la fabrique des soies. Ce n'était pas seulement la supériorité de l'éducation industrielle, mais l'esprit d'association, développé spontanément parmi les travailleurs, étrangers, qui rendait leurs corporations sans rivales.
On voit qu'à cette époque les déplacements d'industries ne sont encore que des déplacements d'ouvriers. L'habileté manuelle est un monopole, et c'est entre les pouvoirs, entre les cités et les princes, à qui l'attirera par les plus grandes faveurs. Ainsi vont les choses jusqu'au milieu du seizième siècle. On voit alors, non plus le personnel industriel, mais les capitaux émigrer. Des marchands italiens apportent en France la fabrique des verreries de Florence, dont Henri II leur accorde, pour un temps, le privilège exclusif. D'autres se chargent, moyennant un monopole, de jpropager dans tout le royaume la culture du mûrier, l'art de filer la soie et toutes les fabrications qui en dérivent (1351), Devant le capitaliste qui vient révolutionner l'industrie, la royauté abaisse résolument les barrières élevées par les siècles : elle le protège contre la routine inhospitalière des corporations établies. Dans le domaine que la charte royale lui concède, ne régnent ni les statuts, savamment restrictifs, qui fixent, pour chaque maître, le nombre de ses métiers, ni les règlements d'apprentissage qui imposent aux bras valides des conditions de capacité minutieuses. Véritable chef industriel, le nouvel entrepreneur organise et recrute à sa guise les ateliers où il commande en maître. Ainsi se groupe, autour des principales entreprises, une population laborieuse,