Manuale storico deconomia toscanOy ùi Zobi
aiïranchie des communautés d'arts et métiers, libre de travailler, libre de s*accroître.
Tout se tient et s*enchaine dans Téconomie induslrielle. Si la condition de l'ouvrier se transformait, c'est qu a des procédés nouveaux il fallait une organisation de travail nouvelle.
T^e seizième siècle voyait s'introduire en France des perfectionnements mécaniques aussi novateurs, au milieu des naïves fabrications de nos ancêtres, que de nos jours la mule-jenny et leselfacling. Les moulins à vent ou à roue hydraulique, connus dès la (In du quinzième siècle en Italie, franchissent les Alpe^au commencement du seizième. Le rouet prend la place de Tantique fuseau, les fileuses de laine, abandonnant le coin du foyer, où, sur la quenouille tradilionnelle, chacun étirait lentement sa lâche, se groupent en grands ateliers autour d'appareils plus rapides; le tissage se complique et se perfectionne, et déjà, comme l'observe Adam Smith, leprix des draps s'abaisse pour ne cesser de décroître. Les statuts des ouvriers en soie de Lyon, de 1554, nous montrent encore l'ouvrier fileur et le dévideur, chacun relranché dans son domaine et formant des corporations distinctes, qu'aucune solidarité ne rapproche, que nul concert n'associe. Mais, lorsqu'en 1603, la même industrie s'établit à Paris, et qu'une charte royale la livre h une exploitation de capitalistes *, la société concessionnaire commence par réunir sous un seul commandement industriel les opérations divisées et les métiers épars. Le capital réagit avec énergie, avec audace contre le' morcellement industriel ; il tend à la concentration, au régime sociétaire; il y tend sans règle et sans mesure. Beaucoup de ces entreprises, investies de monopoles immenses, périssent par la multiplicité et la compréhension excessive de l'œuvre qu'elles avaient tentée. L'expérience corrigea ces exagérations hâlives, mais la concentration des forces productives demeura la loi des fabrications d'avenir. La force des choses avait mis à Tavant-garde du progrès la royauté, pouvoir essentiellement centralisateur; il eût été trop contraire à ses tendances qu'elle créât de petites industries. Les temps voulaient d'ailleurs de grands remèdes, et le développement paisible et régulier des institutions que le travail s'était
1. Letlres patenles d'août 1603, données à Sehan et Moisset, Sainctot, Lemaigne, Camus, Parfait et Collebert.
données dans un autre âge eût été impuissant à les produire. A la fin du seizième siècle, et quand Henri IV, le pacificateur armé, eut racheté son royaume, à force d'héroïsme et à force d'or, vingt ans d'anarchie avaient anéanti Tindustrie française. La fabrique des soies, fondée à Tours par Louis XI, se traînait languissante, hors d'état de suffire aux besoins croissants de la consommation nationale. Les plantations de mûriers, essayées par Catherine deMédicis, étaient abandonnées. La manufacture de cristaux et verreries de Venise, dotée par Henri II, avait fermé ses portes. La France, qui était, dans la première et florissante moitié de ce siècle, le marché de l'Europe pour les draps de laine, ne produisait plus que quelques étoffes de qualité supérieure, fabriquées à Rouen, tandis que l'Angleterre et la Flandre l'inondaient de leurs produits. Provins n'avait gardé que quatre métiers, sur 1800 qui l'illustraient avant les troubles. La guerre avait dépeuplé les campagnes, la sécurité déserté les villes : les ouvriers émigraient en masse et portaient en Espagne et en Italie leurs bras inoccupés ^
Cependant, à côté du dépérissement des classes industrielles, la société étalait avec scandale un luxe envahissant. Le pays dévasté se couvrait de palais de plaisance et de constructions à l'italienne. La vaisselle d'argent brillait sur les tables roturières. En vingt-cinq ans, les Valois rendirent dix édils somptuaires, surchargés, mais en vain, d'impuissantes rigueurs. Bourgeois, marchands, gens de pratique, artisans même, dit un contemporain S allaient couverts d'habits de soie. Quarante ans plus tôt, la Cour s'habillait encore de drap de laine. Aussi Sully pouvait-il dire : « Aujourd'hui les gens de justice, police, finance, escritoire et bourgeoisie sont ceuxqui se jettent le plus sur le luxe. » Évidemment, ces nouveaux riches, dont l'opulence survit à la dévastation industrielle, ces capitalistes à qui appartient l'avenir, n'ont pas encore conclu, avec le travail, le pacte d'alliance. Les emprunts de la noblesse et des rois, l'exploitation de l'impôt et de la dette publique, le trafic des offices et le parasitisme financier étaient une carrière trop facile et trop lucrative pour que les capitaux disponibles fus-