‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 3)Chapitre 96 sur 108 · V. Depping. Introduction au Livre des métiers · texte numérisé non relu

V. Depping. Introduction au Livre des métiers

SYSTEME INDUSTKIEL MODERNE KM FHANCE. 479

mesures économiques du gouvernement royal. Laffemas constatait, en présentant au roi ses plans de régénération, que les marchands étaient tous contraires aux nouvelles manufactures.

Les réformateurs d'alors n'y prirent garde. Mais, quand Henri IV eut cessé de vivre et qu'au milieu des embarras d'une honteuse régence, les Étals généraux eurent seuls la parole, la campagne s'ouvrit, au sein de cette orageuse Assemblée, contre le système industriel suivi par la royauté. La bourgeoisie des comptoirs fit demander par les légistes, ses organes habituels, la révocation de tous les monopoles octroyés depuis vingt ans à des fabrications progressives. Que certains monopoles d'importation dont trafiquait la gent courtisane fussent pour le commerce un pesant fardeau, je n'en doute pas ; mais vouloir anéantir les monopoles de fabrication où se réfugiaient les inventeurs, où la liberté de l'ouvrier trouvait un abri, c'était méconnaître à la fois et les nécessités du présent, et les tendances de l'avenir. A tort, je crois, Augustin Thierry a prêté aux États de 1615 de prophétiques aspirations vers la liberté industrielle de nos jours. Je vois surtout dans leurs vœux économiques, qui sont, en réalité, le manifeste d'une seule classe, une réaction violente contre le mouvement industriel du dernier règne, une haine, plus vigoureuse qu'intelligente, de ceux qu'on appelait des partisans ou des donneurs d'avis, c'està-dire des gens h projets, des inventeurs, des spéculateurs de tout étage, cohue, si l'on veut, mais qui constituait, après tout, la portion la plus avancée et la plus ardente de la nation industrielle. Les cahiers des provinces voulaient que l'on fit, sans distinction, le procès de tous ces novateurs : aux yeux de la masse bourgeoise, invention financière équivalait h friponnerie. C'était vrai parfois, et pourtant ce qui nous reste des propositions soumises aux États de 1615 fait voir que les plans qui se rencontraient sous la plume des gens d'affaires n'étaient souvent ni sans nouveauté ni sans grandeur. Mais les légistes y firent la sourde oreille. Ils ne voulurent ni des monts-de-piélé, première forme de la banque de dépôt, ni d'une noblesse commerçante, alors que la noblesse insistait pour se livrer au grand trafic sans dérogeance, et, moins pratiques même que le clergé, ils ne s'occupèrent pas, ce semble, des projets de rcor-

ganisation marilime ou de fondalions coloDiales que Tordre ecclésiastique accueillait avec faveur*.

A leur insu d'ailleurs, les classes les moins féodales de la société subissaient Tinfluence d'un vieux levain demeuré dans les mœurs, et gardaient pour les professions industrielles je ne sais quel vague dédain dont notre époque est à peine guérie. Aussi la passion la plus vive de la bourgeoisie qui vivait du négoce, était d'en sortir, de s'honorer en devenant à son tour improductive, et de décrasser sa roture dans d'inutiles offices où le capital industriel allait s'enfouir. Les classes industrielles portaient le fardeau d'un long passé militaire, et cette fatalité les rendait incapables d'esprit de suite et de tradition. Ainsi s'explique ce que Sully appelait déjà « l'incapacité des cervelles françaises» pour les entreprises de longue patience*. Richelieu, lui aussi, constatait le mal, et comme il ne marchandait pas les remèdes, il parlait de réduire le nombre des collèges, pour restreindre cette éducation littéraire qui, donnée à profusion aux fîls de la bourgeoisie, les détournait, suivant lui, du trafic et de la guerre ^

Seul, le commerce de mer montrait parfois quelque instinct des grandes choses. De Dunkerque, de Saint-Malo, de Dieppe, de La Rochelle, d'héroïques aventuriers s'élançaient à la découverte des plages lointaines. Les frères Parmentier avaient découvert Fernambouc (1520), Jacques Cartier le Canada (1534). Mais c'étaient là des entreprises individuelles, dont le caractère plus roilitaiœ que commercial expliquait Taudace et la gloire passagère. Les capitaux ignoraient le chemin de ces expéditions aventureuses ; le commerce maritime avait des corsaires, mais pas de colonisateurs. Cent ans plus tard, pour détenniner les négociants des ports à entrer dans une voie plus féconde, Colbert lui-même dut faire des efforts inimaginables. Ainsi, en 1664, il envoie le chevalier de Clerviile, ingénieur qu'il employait souvent, en mission de confiance, avec charge de provoquer, dans les villes maritimes de Normandie et de Picardie, la formation de compagnies de négoce transatlantique.

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