‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 3)Chapitre 97 sur 108 · Procès- verbal du clergé, aux États de · texte numérisé non relu

Procès- verbal du clergé, aux États de

2. Lettre de Sully au président Jeannin. (Fonds des 000, n* 203.)

à. Lettres de Bic/ielieu, Avenel, 11, p. 159-183. — Hequéte de la noblesse, 1027.

Clerville consulte tour à tour Calais, Dieppe et Rouen; il procède à une enquête, à un débat contradictoire, et la résistance qu'il rencontre n'est pas moins curieuse que les raisons sur lesquelles on Tappuie*. LesRouennais déclarent, par exemple, que là où les premières découvertes sont accomplies, les routes indiquées, grâce au concoui's des princes et des marchands associés, comme il a été fait pour l'Amérique, les Antilles, le Sénégal et le Canada, il n'est besoin ni de société, ni de grande compagnie. « Mettre les marchands en compagnie, disent-ils, c'est absorber la direction industrielle dans un petit nombre de mains et réduire à l'inaction la masse des commerçants associés, ce qui est absolument contraire à la qualité naturelle du négociant. » Aussi déclarent-ils qu'ils se gardent de faire « des sociétés particulières qui excèdent le nombre de huit ou dix, si c'est mesme à condition d'y pouvoir renoncer tout aussitôt que les entreprises pour lesquelles elles ont été formées sont achevées ». Voilà comme il est vrai de dire que la centralisation a tué en France la faculté d'association !

Tel était l'esprit des classes mercantiles de la bourgeoisie française : si elles s'organisèrent, la pensée leur en vint d'ailleurs. Il est évident que, vers le début du dix-septième siècle, les préoccupations industrielles des gouvernements de l'Europe occidentale se multiplient. La part qu'ils prennent dans les destinées du travail tend partout à s'accroître. Partout le gouvernement pénètre dans l'industrie, sous forme de subventions, d'encouragements, même de plans d'ensemble.

En Angleterre, Elisabeth constituait le commerce de mer en grandes compagnies (1583 et 1600); la Hollande, républicaine et fcdérative, où chaque province, chaque ville maritime s'était d'elle-même organisée en sociétés pour les voyages de long cours, se rangeait librement sous une direction concentrée et unitaire, et, de la fusion des différentes associations municir pales, les États généraux faisaient la grande Compagnie des Indes orientales (1602). Les mêmes préoccupations d'action collective se retrouvent jusque dans les traités de commerce de cette époque. Il nous reste, par exemple, une curieuse proposition, soumise, en 1627, par le roi d'Espagne et l'empereur

1. Rapport du chevalier de Clerville. (Fonds des 000, n* lî2.)

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d'Allemagne aux villes de la Hanse leulonique et aux villes libres de la mer Baltique. Cette négociation, demeurée du reste sans succès, avait pour but d'associer deux grandes puissances roarilimes, TËspagne, qui tenait le Midi, et la confédération des Municipes qui régnait au Nord, en les constituant en grandes compagnies, solidaires entre elles, sous la direction d'un conseil suprême, pris parmi les marchands. Celte espèce d'amphictyonie commerciale eût été chargée de centraliser une statistique permanente, et de distribuer aux diverses localilés, selon leurs besoins, les produits destinés au consommateur, afin de pacifier la concurrence, et de faire, dit le texte, « qu'une seule ville ou province n'attire à elle seule le gain par force, ainsi qu'il se fait à cette heure ^ ».

Utopie tant que Ton voudra: c'est, du moins, un témoignage des préoccupations nouvelles qui se faisaient jour. Ces tendances sont manifestes, à cette époque, dans les États les plus libres; mais c'est surtout dans les pays décentralisation monarchique qu'elles purent se déployer à Taise. Là, la royauté est, par la force des choses, le grand réformateur : elle n inspire pas, mais elle concentre le mouvement novateur dont sa politique est le reflet fidèle, en sa présence, au centre et au sommet de toutes choses; elle donne à Tesprit d'entreprise des habitudes d'unité et de synthèse poussées parfois jusqu'à la témérité. C'est pourquoi le génie d'innovation industrielle s'attaque en France, dès ses premiers pas, aux travaux les plus gigantesques, à ceux qui sont le plus susceptibles de revêtir un caractère vraiment social.

Ainsi l'exploitation des mines, considérée, depuis les ordonnances de Louis XI, comme un devoir public, avec l'expropriation pour sanction, devint, en 1548, une industrie unitaire et concédée.Uu sire de Roberval obtint la concession de toutes les mines du royaume. Tout puissant pour exproprier, on l'investit même de ces droits de justice que la royauté venait d'arracher aux grands vassaux.

En 1599, Henri IV organise sur des bases analogues une compagnie de capitalistes brabançons, formée pour dessécher tous les marais, toutes les terres inondées de France. Aux

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