Fonds des 500, n'S
plans généraux dressés par la compagnie, tout propriétaire, noble ou vilain, était tenu de se soumettre. La moitié des terres assainies devait constituer à la compagnie un vaste domaine, véritable fief de haute et basse justice, qu*elle se chargeait de peupler avec des colonies de paysans hollandais^ sous régide d'innombrables privilèges. C'est encore la centralisation qui seule rendait possibles les plans généraux que, la môme année, Sully, grand voyer de France, appliquait aux voies de communication terrestres ou fluviales. Vue de haut et considérée, non comme un intérêt local et secondaire, mais comme un service public et un système, Tœuvre de la canalisation dut à Tunilé d'impulsion ce développement grandiose qui s*ouvre, dans les premières années du seizième siècle, avec les projets du cardinal de Joyeuse, pour la jonction des deux mers, qui se poursuit par le canal de Briare, commencé par Sully, achevé par Richelieu, qui se couronne enfin, quand le dix-septième siècle va finir, par l'achèvement définitif du canal du Midi, Tieuvre géante de Riquet.
Dans ce premier enfantement des idées économiques, les conceptions les plus audacieuses et les plus complexes semblent un jeu pour la spéculation naissante. Un empirisme aventureux, qui embrasse l'ensemble avant les détails, une grande recherche de l'organisation et de la règle, caractérisent ces praticiens formés à l'école de la monarchie.
C'est ainsi qu'en 1C17, reprenant une idée déjà née dans le fertile cerveau de LalTemas, François Du Noyer, sieur de Saint-Martin,' fit agréer par la Chambre de commerce un plan qui révèle des préoccupations remarquables pour l'époque, puisqu'il tendait ù régulariser par des institutions commerciales les rapports du producteur et du consommateur. C'était la création dans tout le royaume de Bureaux de commerce et de crédit, hiéi-archiquement groupés, chargés de recueillir la
1. Voir M. Du Noyer., Moyens et raisons appi*ouvés par les Éiait^ par Du Noyer, 1616.
Propositions, advis et moyens, de F. Du Noyer, 1614. (Paris, Jean Regnou I.)
Lettres patentes du 30 novembre 1616. Avis de la Chambre de commerce du 8 août 1617.
Lettres de MM. de THostel de ville de Paris, 25 octobre 1623.
Advis et résolution de ce qui s'est passé aux États de Bretagne, Rennes, 1633.
Statistique et d'agir comme intermédiaires dans les achats et les ventes. Le côté original de ce projet est que, à Faction directe du pouvoir dans Tordre industriel, il substituait une grande compagnie, destinée, dans la pensés de son auteur, à <îomprendre un jour Tuniversalité des producteurs. Elle eût exercé, aux lieu et place de TÉtat, les principales fonctions de la police industrielle : la surveillance des manufactures,le contrôle et la marque des produits, tout le gouvernement intérieur de rindustrie, en môme temps qu'au dehors, elle eût entrepris ces voyages de long cours et de colonisation que Walter Raleigh venait de rendre populaires de Vautre côté du détroit, et qui furent en Angleterre, en Hollande et en France, la grande œuvre industrielle du dix-septième siècle.
Plus d'une fois, avant Du Noyer, il avait été question, dans les Conseils du gouvernement français, d'établissement dans les Indes orientales, dans le Nouveau monde. Plus d'un édit de la grande amirauté de France avait conféré des privilèges de navigation à des officiers de marine, à des armateurs pour les parages récemment découverts du Canada ou de Madagascar. Mais l'esprit de monopole avait tué l'avenir de ces premières • tentatives. Les concessionnaires de la Nouvelle France n'avaient songé, depuis 1604, qu'à exploiter sans mesure et sans prudence, et contrairement aux vues du gouverneur royal, l'illustre Champlain, le commerce privilégié des pelleteries ; l'un d'eux, suivantForbonnais, n'avait pas transporté, en sept années, plus de quarante hommes dans la colonie*.
S'élevant au-dessus de ces visées étroites qui entravaient l'essor de nos colonies naissantes, Du Noyer ne demandait pas même de monopole. Ainsi l'avaient senti les notables de 1617, quand ils « suppliaient Sa Majesté de gratifier le plus qu'elle pourrait ceux qui se présenteront pour faire des compagnies pour lesdits voyages de long cours, sans en priver ses autres sujets ». Il y avait, en ce temps, quelque mérite à comprendre que ce n'était pas le monopole, mais la concentration des capitaux qui faisait la force des compagnies. Du Noyer le proclamait avec l'exagération familière aux inventeurs. « Les grandes compagnies, répétait-il sur tous les tons, ne perdent