‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 3)Chapitre 99 sur 108 · Porbonnais, ann^e · texte numérisé non relu

Porbonnais, ann^e

SYSTÈMiC INDUSTRIEL MODERNE EN FRANCE. 486

jamais, elles gagnent toujours. » Sous ce prétexte, il faisait entrer dans le domaine de Timmense association qu'il avait rêvée les voyages de long cours, les colonies, les travaux publics, le commerce intérieur, les manufactures; il lui donnait les mines, les terres vaines à exploiter, les marais à assainir, les montS'pyrénées à fouiller, toute la France à mettre en canaux. Cela fait songer à l'homme de Molière, à ce donneur (ïavis merveilleux qui voulait

Ka fameux ports de mer mettre toutes les côtes.

Tout novateur utopiste ( et quel novateur n'a son grain d'utopie?) a, dans sa foi naïve, quelque côté burlesque. Mais celui dont je parle fut pris fort au sérieux par ses contemporains, et il méritait de Tétre. C'est le plus infatigable agitateur d'idées économiques de son temps : vingt ans, il colporta ses plans, pleins d'idées généreuses, de vues positives et de chimères, de la Chambre de commerce aux États généraux, aux Assemblées de notables, des Étals de Bretagne au Conseil du roi. Son entreprise enfin fut la première qui subit en France une épreuve, souvent tentée depuis, et qui n'est devenue qu'à une époque récente un procédé normal. I^e 1'^ mars 1621, Du Noyer ayant été fait contrôleur général du commerce, comme Laiïemas, une souscription publique s'ouvrit à Paris, « pour la royalle et générale compagnie pour le trafic et commerce de la navigation des Indes orientalles ou autres ». Une adresse de la municipalité parisienne aux villes du royaume les convia à se taxer entre elles et à s'unir à la capitale dans cette entreprise *. Mais ce fut en vain : les villes prétextèrent qu'elles étaient sans argent, les capitaux privés ne bougèrent pas : il fut manifeste que, pour les attirer et les enhardir, il y fallait d'autres façons que l'appel d'un spéculateur isolé. Ce n'était pas trop de la main puissante du cardinal de Richelieu.

C'était, en eiïet, le temps où Richelieu débutait dans son

l. La Ville de Paris déflnissait ainsi le but de Tentreprise : « employer les gens inutiles, faire vivre les pauvres, participer aux fruits et aux mérites de ta conversion des sauvages, débiter et faire valoir les denrées que nous avons de trop. » (Lettre de MM. de l'Hostel de Ville, 162î.)

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ministère glorieux, et sa politique fit une large place à la restauration de la marine des colonies, à toutes les grandes choses du commerce extérieur, que Topinion publique appelait de ses vœux depuis quinze ans. Dans cette direction, le grand cardinal n'eut qu'à suivre le flot qui portait tous les esprits et toutes les classes. Les mœurs aristocratiques elles-mêmes avaient, en dépit des préjugés féodaux, cédé à l'entraînement universel : aux États de 1615 comme à l'Assemblée des notables de 1626, la noblesse était venue d'elle-même revendiquer le droit de se livrer au commerce de mer sans dérogeance. Et le nouveau ministre, publiant à la suite de cette dernière Assemblée son programme, sous la forme de Déclaration royale, proclamait qu'un des premiers objets du gouvernement était « de rétablir le commerce et les marchandises, de renouveller et amplifier ses privilèges, et faire en sorte que la condition du trafic soit tenue en l'honneur qu'il appartient, et rendue considérable entre nos sujets, afin que chacun y demeure volontiers, sans porter envie aux autres conditions ». Fidèle à cette parole, Richelieu ne se contenta pas seulement d'ouvrir toutes grandes à l'aristocratie nobiliaire les portes du commerce de mer : la noblesse devint le prix des entreprises d'armements maritimes, et fut acquise aux familles où ces spéculations étaient héréditaires. Le titre de noble, avec un rang dans la hiérarchie, fut reconnu aux marchands de gros, dignitaires de leurs corporations*. Tandis que ce prince de l'Église faisait des prêtres de son cortège des généraux et des chefs d'escadres, gi-ands seigneurs de fière race, il ne craignait pas d'ouvrir dans l'ordre des gentilshommes une large trouée de bourgeoisie. Place donc aux labeurs pacifiques à côté des travaux guerriers, qu'ils marchent, les uns et les autres dans un égal honneur, jusqu'à ce qu'une nouvelle étape soit franchie, et que l'avenir subordonne hautement, dans la hiérarchic.sociale, l'homme de guerre au producteur!

Déjà le sentiment public commençait à associer dans ses préoccupations la guerre et le négoce. Ainsi, la création d'une marine militaire, que le pays réclamait depuis Henri IV et que le cardinal lui donna, c'est l'enrôlement de l'activité guerrière

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