‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 4)Chapitre 22 sur 60 · V. le Temps du 1er octobre · texte numérisé non relu

V. le Temps du 1er octobre

le chef du pouvoir exécutif répétai! une lois de plus qu'il était nommé pour sept an- el qu'il ne déserterai! pas son poste. Le Message n'employait pas une seule fois le mol de République. C'esl dans ces condititions que l'Assemblée repri! ses travaux, sous la direction de M. Buffet1.

La loi sur la liberté de l'enseignement supérieur.

Parmi les luis que la droite tenail essentiellement à faire aboutir, il faul signaler la loi « sur la liberté de l'enseignement supérieur ». M. Dupanloup aurait voulu obtenir de ses collègues qu'elle fût discutée avant la prorogation, mais, comme il était facile de prévoir qu'elle donnerait lieu à des débats orageux et prolongés, la remise avait été prononcée. La première délibération s'ouvrit au commencement de décembre2 et, dès le début, les esprits impartiaux purent se convaincre qu'il s'agissait en réalité, non pas d'instituer la liberté de l'enseignement supérieur, mais d'accorder aux congrégations religieuses le partage du monopole de l'État. M. de Belcastel et M. Dupanloup reconnurent sans ambages qu'ils n'admettaient que « la liberté du bien », c'est-à-dire qu'ils entendaient refuser aux positivistes et aux libres-penseurs la faculté de fonder des écoles d'enseignement supérieur. M. Louis Blanc et M. Paul Bert démasquèrent énergiquemenl les secrets desseins du parti clérical, mais ce l'ut M. Cballemel-Lacour qui, dans un discours magistral, eut le mérite de signaler les conséquences de la prétendue liberté d'enseignement supérieur que revendiquaient les orateurs de la droite. Il établit que le seul intérêt en question était celui de l'Église catholique... qu'en divisant la nation en deux camps, on préparait des cataclysmes et qu'en face de l'Europe, ironique et irritée, c'était une folie pour les représentants de la France « de se constituer les champions du catholicisme, l'avant-garde d'une restauration catho- . lique».Maisles illusions généreuses du centre gauche, dont M. Laboulaye se fit l'éloquent interprète, favorisaient les visées des habiles de la droite, et, par 331 voix contre 124, l'Assemblée se prononça pour le principe de la liberté d'enseignement en décidant qu'elle passerait à une seconde délibération3. Cette seconde lecture commença le 21 décembre, et l'amendement H. Fournier dévoila les véritables visées du parti clérical. Il proposait d'ajouter à l'article 2 de la loi (qui accordait aux associations et à tout Français majeur, ainsi qu'aux départements et aux communes, le droit d'ouvrir des cours et des établissements d'enseignement supérieur) une dis-

1. M. Buffet fut réélu président par 268 voix contre 205 bulletins blancs. Les vice-présidents, nommés en remplacement de MM. de Goulard et de Chabaud-Latour, furent .MM. Audren de Kerdrel et d'Audiffret-Pasquier. Ce dernier, combattu par les bonapartistes, n'avait pu passer qu'avec le concours d'une partie du centre gauche.

Page 1