‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 5)Chapitre 27 sur 66 · Perrt, DiKourt. II · texte numérisé non relu

Perrt, DiKourt. II

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sorte, le vériOcateur de la première épreuve. C'est l'ioterroga-' toire réciproque et mutuel. Le professeur libre interroge l'élève de l'université d'Ëlal. Le proresseur de ruDtrersité d'Ëtat interroge l'élève libre, et c'est le professeur qui a formé l'élève qui, le premier, l'interroge,

Quelles ont été les conséquences de ce régime? Je n'hésite pas à le dire, preuves en mains, elles ont été désastreuses. Cela a été établi, d'abord, devant la commission extraparlementaire de 1870.

Cette commission se trouvait en présence de deux professeurs très distingués de l'université de Louvain, les plus capables, à coup silr, de défendre cette institution des jurys milites, qui est l'œuvre propre du parti catholique ou clérical, comme on voudra l'appeler, en Belgique : M. Périn et M. de Monge.

Tous deux furent priés de s'expliquer devant la commission de 1870. Us furent interrogés et très vivement poussés : on recueillit des aveux. D'abord, ils confessèrent qu'il se manifestait un abaissement notable dans les études universitaires, un abaissement notable dans les éludes secondaires. Naluretlement ils contestèrent que le jury mixte en fût la cau.se.

Je crois que l'bonorable M. Batbie était là, qu'il assistait à cette séance ; et c'est lui qui lit celte observation très juste : •I Vous dites que ce n'est pas la facilité des examens qui a entraîné l'abaissement des études ; mais expliquez-nous comment il se fait que le maximum des refusés à vos examens belges soit d'un tiei's, le plus souvent d'un quart, tandis qu'en France il s'élève k 48 pour 100. » On ne put répondre : l'argument portait.

Mais l'enquête faite devant la commission de 1870 peut ne pas vous paraître une démonstration suffisante. Messieurs, l'enquête se fait journellement en Belgique, et je vous apporte un témoignage important, à coup sûr, el tout récent : celui du recteur de l'université de Gand, un homme considérable dans le haut enseignement de son pays, M. Soupart.

Tout récemment, à l'ouverture solennelle des cours de l'université de Gand, le 13 octobre 1874, il n'hésitait pas à pousser le cri d'alarme, et vous allez voir dans quels termes.

Après avoir expliqué comment on a passé du jury central au jury mixte, après avoir dit que ce jury central, malgré ses défec-

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tiiosités poliliques, avait produit un efTet salutaire et une émulation qui tournait au grand profil de l'enseignement, il apprécie le système qui l'a remplacé :

« A partir de cette époque, notons-le en passant, uncliangement appréciable s'opère dans les études. Maîtres et élèves ont à comptfr avec le système, le mode d'enseignement et les opinions des professeurs d'une nnivcrsilè rivale ; et bientôt les élèves se préoccupant beaucoup plus des méthodes et des opinions de ces derniers que de celles de leurs propres professeurs, persuadés que ceux-ci, dans l'intérêt de l'établissement auquel ils appartiennent, vont se trouver dans la position de les soutenir et de les défendre.

« Alors surgissent dans la presse périodique des statistiques comparatives sur les résultats obtenus dans les examens par tel ou Ici établissement universitaire. Les nombres d'admissions et de grades sont énumérés avec soin : c'est à qui en produira le plus.

i< Jusque-là, rien de mal sans doute : il semble même que la concurrence, sous ce rapport, doive engendrer l'émulation entre les professeurs rivaux pour joindre la qualité h la quantité des produits, et, il faut le dire à leur lionneur, chacun d'eux travaille de scn mieux dans ce but ; mais, vains efforts, le courant n'était pas là. et les plus zélés durent reconnaître qu'ils auraient beau faire, ils ne parviendraient pas à changer l'esprit qui s'infiltrait de plus en plus parmi les élèves. La restriction des éludes au cerole étroit des examens, en d'autres termes, l'étude exclusivement pour l'examen, et non pour la science, force insensiblement les professeurs à mettre leurs cours à ce diapason, sous peine de n'être plus écoutés.

u D'autre part, avec les meilleures intentions d'impartiale sévérité, l'examinateur, dont l'appréciation n'est pas conforme à celle du professeur de l'éiève interrogé, provoque, sans le vouloir, des observations de la part de son collègue rival ; de là des discussions, parfois assez vives, qui, en définitive, ne tournent pas au prolit des élèves du premier. Celui-ci, s'apercevant qu'il fait fausse route et ayant à éviter le reproche d'être directement cause de l'insuccès des siens , doit bien Unir par se plier et suivre la penle invincible d'un état de choses dont il n'esl pas responsable.

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IBO DISCOURS DE tVl^S FERRV.

n De là, rorcâmcnt, cetLe indulgence réciproque, ilonl on a tant parlé, et qui, bien que restant dans les strictes limites du devoir, n'est pas de nature à fortifier les études, à rehausser l'enseignement,

« Tels furent les résultats du système voté, en 1849, pour une période de trois ans, et qui, de prorogation en prorogation, atteignit l'année 18S7, » {Bruit. — Iniermplioni à droite. — Parles / parle:: î à gauche.)

Ce sont là des faits, Messieurs; c'est ce qui faisait dire spirttuellement à M. de Laveleye qui, lui aussi, a déposé devant la commission de 1870 : «Le résultat de ce système a été celui-ci : la médiocrité moyenne ou imposée ; toute nouveauté sera proscrite ; c'est l'université la plus arriérée qui donnera le ton dans le jury combiné, comme, dans un attelage, c'est le cheval le plus paresseux qui réglera le pas. » [Riret ei marques d'approbation d gauche.)

Messieurs, nous avons eu à nous occuper, dans la commission, d'une proposition de jury mixte quelque peu différente de l'orçanisation belge.

M. le ministre de l'instruction publique nous avait entrelenns d'une combinaison, — je ne sais pas si elle sera reprise ici, — qui était une variété de jury mixte.

A mon sens, elle est de nature à ne contenter personne.

La combinaison consisterai! à laisser à l'État tout son droit de collation des grades sur les élèves des institutions d'Ëtat. et à organiser parallèlement un jury spécial pour les élèves des institutions libres, jury dans lequel on introduirait des professeurs de l'État et des professeurs libres, mais toujours de façon à assurer la majorité aux représentants de l'euseignement d'État.

Messieurs, cette variété du jury mixte a, ce me semble, le grand tort de ne répondre à aucune des préoccupations qui se rencontrent et s'entre-clioquent dans te débat; et, du moment qu'un sort à part est fait aux élèves de l'État, le but qui est poursuivi par les partisans du jury mixte, à la fa^on belge, est complètement manqué.

On arriverait seulement à mettre en présence dans la même session d'examen des professeurs appartenant à des institutions rivales et libres, qui porteraient la discorde dans le jnry d'exa-

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men. S'il ne s'agit que de trouver des juges pour départager lés établissements libres, gardez ceux de l'État : ils sont en dehors et au-dessus des rivalités qui divisent les écoles libres.

H. Wallon, ministre de rinstruction publique, des culleg et des beaux-aris. — La proposition n elail pas telle que vous la présentez. Du reste, je répondrai tout à l'heure,

M. Jules Fbrrt. — Si j'ai mal traduit votre pensée, monsieur le ministre, je le regrette beaucoup, mais je ne le crois pas.

Il reste une dernière combinaison : c'est celle que la commission vous propose, sous une forme adoucie, je le reconnais. C'est peut-être la thèse la plus redoutable en face de laquelle j'aie à me placer ; c'est la plus dangereuse, car c'est la plus modeste.

Voici, en efTet, comment on raisonne : Oui, dit-on, la collation des grades appartient à l'État ; c'est un droit de l'État, c'est un office social; nous ne le nions pas, mais nous soutenons que l'État peut le déléguer; et, puisqu'il le délègue actuellement aux professeurs de ses écoles, pourquoi ne le déléguerait-il pas aux professeurs des universités libres ?

Vous le voyez, Messieurs, la thèse est séduisante, précisément parce que c'est une thèse moyenne qui ne se heurte à aucun principe essentiel, et qui débute par la reconnaissance formelle du droit de l'État.

Je me demande d'abord si le droit de l'État, en matière de collation des grades, peut être dék^gué.

Je répondrai oui ou non : cela dépendra du délégué. {Rumews a droite.) Et vous allez voir que cette distinction n'est pas arbitraire de ma part.

Je dis : Oui. le droit de collation des grades peut être délégué si vous entendez par délégation, le choix de certains agents dépendant de l'État, appartenant à l'Étal, exerçant en son nom une attribution qui lui appartienti Cela, c'est la déli!-gation naturelle de toutes espèces de fonctions publiques. Les droits de l'Élat s'exercent par des fonctionnaires : en ce sens, ils sont ses délégués. Mais, si vous entendez que la collation des grades soit déléguée à une institution indépendante de l'ÉLat, je réponds sans hésiter que si l'Ëtat délègue son droit, il l'abdique, par la

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force même des choses. {Aaenliment sur plutieurt banci i

Dans rargnmenlation, d'ailleurs très habile , des partisans de la dëléj^lion, on a fait et l'on fera valoir sans doute divers exemples. On citera tel droit de TÉlat, celui d'émettre des billets de banque, par exemple, qui est délégué parl'Ëtatàune institution qui est la Banque de France, une institution distincte del'Ëtat, ayant sa vie propre. {Moueemenlt divers.)

C'est ici. Messieurs, le point délicat, la raison de décider, comme on dit. {Parles I parlez!)

Pourquoi, dans cette situation, la délégation d'un droit régalien, comme celui de battre monnaie, est-il admissible? C'est parce qu'il peut y avoir, avec l'institution déléguée, des conditions stipulées, un cahier des charges. L'Ëtat lui délègue le droit de battre monnaie, mais sous certaines conditions soigneusement limitées, et, si elles sont enrreinles, le contrat est résilié. (Approbation â gauche.)

La raison pour laquelle on ne peut, à mon sens, déléguer le droit de collation des grades h une institution indépendante de l'Élat, c'est qu'il n'y a pas de cahier des charges possible en matière d'enseignement. Et pourquoi n'ya-t-ilpasde cahier des charges, de contrat synallagmatique possible? C'est p^ une raison bien simple et qui tient k la nature même de l'enseignement.

Prenons une institution d'enseignement supérieur. Que vaut cette institution ? Juste ce que valent les hommes qui la dirigent.

Or, il peut se faire qu'une institution libre, qu'une université libre soit, aujourd'hui, digne de la confiance de l'État, et que, un peu plus lard, perdant un chef, un professeur, un certain nombre de maîtres, une tradition, elle tombe en décadence, elle démérite et cesse d'être digne d'exereer le droit que l'État lui avait remis. Il n'y a rien de fragile au monde. Messieurs, rien de fugitif comme le mérite des institutions d'enseignement, car il est essentiellement attaché aux personnes qui donnent l'enseignement et qui le dirigent. [Approbation à gauche.)

Je dis donc que l'État ne peut s'engager in œternum, in inyînitum, avec une institution d'enseignement libre, parce que.

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L'ASSEMBLÉE HATEOHALE. 1811

si cette institution dépérissait, il serait trop tard pour la révoquer. Le droit de colialjoii des grades est un acte de foi ; ce n'est pas un cahier des charges. (I^ouvementt divers. — Vive approbation à gauche.)

Messieurs, je vous demande pardon d'avoir abusé de votre attention... {Non! non I — ParUit)

J'ai fini, mais il est évident, — et vous l'avez bien compris, — que la nature même de l'amendement qae j'ai l'honneur de soutenir devant vous m'imposait le devoir de parcourir toutes les solutions opposées.

Jb vous demande pardon. Messieurs, d'avoir été aussi long, et, me résumant, je vous supplie, si vous voulez reconnaitre le droit de l'Étal. — et je crois que c'est la pensée de l'immense majorité de ceux qui m'écoutent, — de ne pas l'èner>er. Ne l'exagérez pas, non plus ! Ne vous engagez pas dans la voie des examens d'Ëtat, à l'alte mande, non ! Mais faites, si vous voulez que l'Ëtat conserve la responsabihtë des hautes études, que sa responsabilité soit sérieuse ; qu'elle corresponde à une action efTicace, toi^ours vigilante, à un contrôle incessamment éveillé et possédant des moyens d'action. Surtout défiez-vous de la solution belge qui abaisse les études, qui consacre, sans doute, les droits de l'État, mais qui fait que l'État préside, impuissant et impassible, à l'avilissement des sciences et des grades. Et puis, Messieurs, alors que vous venez de faire une très gi-ande chose, — que j'ai faite avec vous, — alors que vous venez de proclamer la liberté de renseignement, la libre diffusion des doctrines, non seulement pour les individus, mais pour les associations, alors que vous venez d'autoriseï' une grande, une très grande expérience, une si grande nouveauté dans ce pays, arrêtez-vous là; ne compliquez pas le problème, etque, àla veille de nous séparer, nous n'emportions pas la responsabilité redoutable d'avoir troublé d'une manière irréparable les hautes études et le haut enseignement dans notre chère France. (Vive approbation et applaudissement! à gauche.)

{L'orateur, en rctoumanl à son banc, reçoit de ses collègues de ta gauche et du centre gauche de vives et chaleureuses félicitations).

A cet éloquent discou» où les oigumeoLs el les faits étaient

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18t UISCOUBS nE JULES FEHftY.

coordonnés avec une rare puissance de logique, M. Dupanloup' opposa un violent plaidoyer contre In prétendue tyrannie de l'État en matière d'enseignement, et soutint celte thèse que, sans le droit de conférer des grades, les facultés libres ne pourraient vivre. Il s'attacha surtout, au moyen de citations souvent inexactes ou tronquées^, prisps dans certaines thèses et dans plusieurs ouvrages, à démontrer que l'enseignement de la Kacullé de médecine de Paris était entaché de matérialisme. Après avoir reconnu que l'enseignement supérieur se trouvait en décadence chez nos voisins les Belges, l'orateur catholique prétendit que cette décadence s'était étendue à la France : « Sur ce point, je me permettrai de dire que nous avons parmi nous de grands et illustres témoignages : nous avons des ministres, des professeurs, les plus célèbres de l'Université, qui ont fait entendre les mêmes gémissemenis sur l'abaissement des études en France. » Comme concljsion, M. Dupanloup préconisa la création des jurys mixtes et l'adoplion de l'amendement Paris, qui était ainsi conçu : » Le jury spécial sera formé de professeurs ou agrégés des facultés de l'État et de professeurs des facultés libres poun-us du diplôme de docteur : ils seront pris en nombre égal dans les facultés de l'État et dans la faculté libre à laquelle appartiendront les candidats à examiner ; ils seront nommés ponr chaque session par le minisire de l'Instruction publique, qui désignera le membre chargé de la présidence. «

M. Wallon, minisire de l'instruction publique, qui, par sa fonction, semblait le défenseur naturel des droits de I tltat, se fit, au coulrajre, l'allié de M. Dupanloup et se prononça pour l'amendement Paris, après avoir successivement repoussé l'amendement Ferry, comme « trop absolu », et le jury spécial emprunté par M. Raoul Duval n M. Guizot, en donnant pour motif de son opposition qu'on trouverait difriciLement à composer ce jury. Le ministre n'acceptait pas non plus le système de la commission [qui eilt permis d'attribuer aui facultés libres le droit de conférer des grades, en vertu de lois spéciales, rendues apri'S avis du Conseil supérieur de l'instruction publique) ; et il prélendit qu'en consacrant cette innovation, on aboutirait à l'abdication de l'État au prollt des universités libres.

Dans la séance du 15 juin ', M. Laboulaye, rapporteur, commença par rendre hommage au talenl de M. Jules Ferry : " Pour nous faire accepter le maintien du syst^me actuel, dit le rapporteur, H. Jules Ferry nous a fait im excellent discours. Je ne partage pas ses opinions, mais assurément il était diriicile de mieux poser la question, et l'attention que vous avez donnée à ce discours prouve assez quelle était l'importance du sujet et le talent de l'orateur. ■ Mais, après ces éloges et ces précautions oratoires, M. Laboulaye

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