‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 5)Chapitre 31 sur 66 · V. le Jmtmai officiel du 1" décembre · texte numérisé non relu

V. le Jmtmai officiel du 1" décembre

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«m DISCOURS DE JULES FERRT.

en matière d'enseignement. Il avait laissé à d'autres, moins éloignéi de la droite, le soin de faire aboutir les transactions decouloii'sd'oâ sortirent les lois constitutionnelles, dont il fallait bien exposer ici le laborieux enfantement. C'était du pays lui-même qu'il attendait It substitution d'un régime normal et sincère « à la République sani républicains », dans laquelle les éminents chefs du centre gaucb«, les Léon Say, les Dufaure, étaient à peine tolérés.

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Le ministère Dufaure

fil 9 »rs m 3 Jtankn 1Sï6.

Le résultat dei élactiom.

L'année (876 devait s'ouvrir par les élecLiona sénatoriales, et ce premier essai du sulTrage à deux déférés oll'rait le plus vif intérêt. Telle était l'ardeur conservatrice du chef du cabinet qu'à son instigation, le président de la Itépublique pria M. Léon Say, minisire des finances, de ne passe présenter dans Seirie-et-Oisc, mais M. Say répondit par l'oirre de sa démission, et fut imité par M. DuFaure. Devant la menace d'une crise ministérielle, M. Buffet n'insista pas et se consola en faisant afficher, le 13 janvier, une proclamation du Harécbal- Président contenant les banalités d'usage de « la politique conservatrice ». Le ministre de l'intérieiii* chercha, en même temps, h entraver l'action des Journaux républicains en s'annaiitdc l'article 6 de la loi du 37 juillet lf)49,qui soumettait les colporteurs et distributeurs à l'obligaliou de se munir d'un permis, et ce permis ne fut délivré que sur le vu d'un catalogue où les préfets n'incrivirent <jue les journaux agréables à M. Bulîct, L'élection des délégués, qui eut lieu le 16 Janvier, fut aussi inlluencée par l'administration, et presque partout les maires forent désignés- GrAce à ces procédés, les résultats déllnitifs des scrutins du 30 janvier jS76 ne donnèrent aux républicains que 92 sièges de sénateurs, sur 221 nominations, dont 7 à l'extrême gauche, 52 au centre gaucheet 33 à la gauclie: mais comme les républicains étaient en possession de 60 sièges d'inamovibles, et qu'ils pouvaient compter sur la plupart des sièges de sénateurs coloniaux (dont la répartition ne fut connue que trois semaines plus tard), le chef du cabinet, battu personnellement dans les Vosges, n'avait pas lieu de s'enor^ gueillir, car !a majorité conservatrice du Sénat restait bien faible et, parmi les anciens membres du centre droit qui avaient été élus sénateurs, 17 avaient fait acte d'adhésion à la Constitution, à

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SOj niSCOliRS DE JULES FEBRV.

l'exemple de M. Bocher, l'ancien président du centre droit orléaniste<. Kniln les bonapartistes n'avaient pu faire entrer au Sénat <Iiie 40 (les leurs,

La parole était maintenant au suffrage universel. L'ne animatiun exln-me marqua la période électorale. A Paris notamment, toutes les utopies de l'intransigeance se donnèrent caiTifre. Gambetta, qui déployait une activité incroyable et parcourut successivement toutes les {(randes villes, sut déterminer dans le pays un courant déniocratif|ue et républiciiin qui consterna la réaction. Le résultat des élections du 120 février fut le suivant : les républicains, sur 'aiO sii^Kes, en obtenaient 300, dont 180 pour la gauche, 40 pour le centre gauche et 80 pour rcïti-ême gaucbe. Les monarchistes orléanistes n'avaient conquis que 43 sièpes, les légilimistes 20, les libérauK constitutionnels 40 et les bonapartistes SO. Dans 105 arrondissements il y avait ballottage. M. Buffet, qui s'était présenté dans quatre collèges, sous les auspices de l'inion conservatrice, fut battu partout, tandis que Gambetta était élu à Paris, Marseille, Lille et Bordeaux, M. Thiers à Paris et M. Dufaure à La Rochelle, prenant ainsi sa revanche de son échec au Sénat. Le 5 mars, eurent lieu les scrutins de ballottage qui, sur 105 sièges, en attribuèrent 56 aux républicains, 4 aux libéraux constitutionnels, 12 aux orléanistes, 7 au.f légitimistes et 26 aux bonapartistes. M. Butfel n'avait pas attendu le second lour pour se retirer, après sa défaite irrémédiable. Le 23 février, l'intérim du ministère de rinlérieur fut confié à M. Dufaure.

M. Jules Ferry avait été élu député par l'arrondissement de Saint- Dié à une énorme majorité, après avoir exposé son programme politique dans la profession de foi suivante, dont les républicains de gouvernement pourraieut encore s'inspirer aujourd'hui :

Avx éiecieurt de la circonscription de Saînl-Dié,

Mes chers Gokcitoyesb,

Ati mois (îe féviier 1871, vos sulTrages m'ont ouvert les poi'les de l'Assemblée nationale.

C'était, de votre part, un mandat de confiance. Vous m'avez élu sans m'entendre, jaloux avant tout d'honorer dans ma personne le patriotique et courageux Gouvernement de la Défense nationale, qui allait devenir le point de mire des attaques et des calomnies de tous les ennemis de l'institution républicaine, de tous les amis, publics ou secrets, de l'Empire déchu.

I. A Paris, M.M. de Freycinct, Hérold et Tolain passèrent seuls au premier lour. Victor Hui;o fut nommé au scrutin de ballottage, et, au troisième tour, M. Peyral fut élu. Les candidatures de Floquel. Raspalt, Louis Blanc avaient échoué, grftce à l'habile tactique de Gambetta.

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LE MINISTÈRE DUPAURE. 303

Ce mandat, je vous le rapporte aujourd'hui.

Vous êtes mes juges naturels ; jugez-moi.

Cinq années de luttes publiques, dans les circonstances les plus dirficiles que la France ait traversées depuis longtemps, vous disent assez clairement et ce que j'ai fait, et ce que je veux Taire.

En février 1871, la minorité républicaine comptmt, dans l'Assemblée, cent et quelques représentants. Tout était en péril ; le suffrage universel, la République, la Patrie.

Nous vous rendons, aprùs cinq ans, le suffrage universel intact et préservé, la République proclamée, fondée, constituée ; la confiance publique rétablie par l'institution d'un gouvernement définitif, la France enfm grandie, dans l'opinion européenne, par le spectacle qu'elle donne au monde d'une grande nation démocratique, capable de se sauver, de s'organiser, de se gouverner elle-môme !

Ces résultats, vos représentants républicains les ont obtenus; ils les ont arracbésàla coalition des partis monarchiques à force de patience, de modération, de discipline.

J'apporterai, dans la législature qui va s'ouvrir, le même esprit de mesure et de sagesse pratique.

La République que nous avons fondée et que les deux Chambres sont chargées de faire vivre, ne peut être ni exclusive ni intolérante. Elle doit rester, elle restera ouverte à tous.

Les députés que vous allez élire n'auront pas de Constitution à faire; mais leur premier devoir sera de conserver celle que nous avons faite- Laissons les ennemis de nos institutions prendre la revision pour drapeau : c'est dans l'ordre constitutionnel que la France a besoin d'une politique résolument conservatrice.

Mais la France veut, de plus, une politique libérale. Assez longtemps le gouvernement de combat a pesé sur elle, étouffant les libres manifestations de l'opinion, traitant les conseils élus en ennemis ou en suspects, livrant les municipalités à l'arbitraire ministériel! 11 faut faire disparaître jusqu'aux derniers vestiges de ces mauvais jours, et substituer à la politique de défiance et d'équivoque, inaugurée par le 24 mai, une politique d'apaisement, de franchise et de liberté.

J'appelle sur ce terrain tous les hommes de bonne volonté,

SOI DISCOUKS DE JULES FEHHY.

tous ceux qui sentent qu'en dehors d'une République réglée par les lois, il n'y aurait pour la France qu'une issue possible. la plus odieuse et la plus lamentable de toutes les issues, le retour de l'Empire et la perte de la patrie.

Je vous y appelle surtout, électeurs des campagnes, vous à qui la Constitution du 25 TËvrier a remis les destinées de la République, et qui venez de montrer, par un vote éclatant et patriotique, que vous la voulez loyale, sérieuse et durable.

La journée du 30 janvier a vengé le passée! assuré l'avenir; vous n'aurez, le 20 février, qu'à rester fidèles à vous-mêmes. Jules Fbebt, député torlanl.

Le député (les. Vosges allait occuper une place ém in ente parmi les 340 représentants républicains dont se composait la majorité nouvelle, et paraissait destiné h exercer une influence modératrice sur la centaine de représenlanls d'extrême gauche qui risquait de rendre plus aigu un conflit probable avec le clief de l'exécutifet la mtgarilé du Sénat.

Quelle altitude prendrait le Maréchal -Prés! dent? Allait-il se laisser entraîner par les déclamations des bonapartistes et de toutes les réactions qui prédisaient le prochain avènement de la Commune, si l'on ne rouvrait pas l'ère du coup d'Étal, si l'on rentrait loyalement dans la pratique du régime parlementaire ? Ou bien se conformerait-il aux indicationit de la Chambre pour le choix des nouveaux ministres 7 Le Président de la République ne sut prendre nettement aucun de ces deux partis : il refusa d'abord de constituer un cabinet Casimir Périer, parce que cet homme politique demandait un large remaniement du personnel administratif, puis brusquement, le 9 mars 1876, sans attendre que la Chambre eflt manifesté ses préférences, il constitua un cabinet sous la présiitence de M. Dufaure, qui prit pour lui le département de la justice auquel furent rattachés les cultes ■. L'attribution du ministère de l'intérieur à M. Ricard, qui n'était ni député, ni sénateur, étonna l'opinion. Avait-il pris l'engagement de ne pas toucher aux fonctionnaires si chers a. MH. de Broglie et Butfet î Avait-il fait au Maréchal les concessions refusées par M. Casimir Périer. C'était l'inconnu et la Chambre attendait du nouveau ministère des explications précises. Elles ne se firent pas

1. Les autres ministères étaient rtipartis de la façon suivante : Intérieur (M. Bicnnl), Affaira élrangèrea (Decazes), hitlruclion pubtique et Beaux- Àrlt (WaddinKlon], Financer (Lkan Say), Travatu piib/ics [Cliristoplile). Agricutlure et Commtrce (Teisserenc île Boni), Gaent (de Cissey), Marine el Colonie» (amiral Fourichon].

Il est à remarquer que M. Dufaure recevait le litre de Priaident du Cometl et non plus 'le i-iev-préaident comme les chefs de cabinets antérieurs au vole de la l^nstiiulion.

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