I . V. plus haut. p. J3I
î. Nous devons celle lettre et les suivantes a i . .
madame Jules Ferry. Elles porlenl cet en-tSle : Letlita parlemenli sont pas signées.
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LE H1NISTÉHE UUFAURE. M7
Je veux parler du dépôt par les bureaux des groupes de gauche d'une proposilion de loi sur la nominalion des maires et des adjoints. Celte proposilion, rédigée par le liureau de la gauche républicaine, eo confoimité des résolutions prises par cette réunion parlementaire, dans la séance de dimanche dernier, portait abrogation de la loi de firoglie, et mettait en vigueur, avec quelques modifications de délails, cette loi de 1871 qui a suffi à M. Thiers, au milieu des circonstances les plus difliciles, pour maintenir l'ordre et lobéissance.
L'urgence devait âtre demandée, et le vote de la majorité républicaine, malgré quelques dissidences qui vous surprendraient fort, était assuré d'avance, quand le ministre de l'intérieur est intervenu. Il a fait prier les bureaux des gauches d'entendre, dans un entretien confidentiel, les observations que lui suggérait une proposition de cette importance. Il n'y a, en elTet, dans un échange d'idées, entièrement onicieiix d'ailleurs, entre les membres d'un cabinet ami et les leaders d'une majorité, rien qui ne soit conforme aux règles les plus élémentaires et les meilleures du gouvernement parlementaire. Cette entrevue, qui était la première, a abouti à une déception. M, Ricard a prié avec instance les auteurs du projet d'ajourner leur proposition, tout au moins de ne pas demander l'urgence, donnant ù entendre que, si l'urgence était demandée, il serait dans la nécessité de la combattre. Fallait-il passer outre, s'exposer il un débat, mettre en échec, dès les premiei's pas, le ministre qui représente, dans le cabinet, les espérances des libéraux? On ne l'a pas pensé; et, comme la prorogation imminente était, en fait, tout intérêt pratique à la demande d'urgence, on s'est contente, fort à regret, je vous l'assure, de la filière parlementaire habituelle. La majorité, qui s'était promis d'ariirmer avec éclat le vœu de la France en volant i'ut^ence, se console en couvrant de signatures la proposition déposée par, M. Jules Ferry et par ses collègues. Quant au cabinet, il est mis en demeure, et il se décide — un peu tard — à délibérer. La question sera nécessairement portée devant le conseil qui se réunira aujourd'hui (jeudi). S'il en sort une résolution prompte, précise, libérale, les bureaux des gauches n'anront pas à regretter le sacrifice qu'ils ont fait au bon accord. Si le cabinet hésite, s'il atermoie, s'il tâtonne sur une question
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9ve DISCOURS ns jiles fekhv.
qui tient tant au cœur du pays, it aura gaspillé, par une fausse dëmarclie, une portion de ce capital de bon vouloir et de belle humeur que la nouvelle majorilé lui réserve.
Elle n'est, croyez-le bien, celle majorité, ni malveillante, ni exigeante. Elle n'est pas même morose. La République française g?A morose; la majorité ne lest pas! Elle a pris tout à fait au sérieux les progranmies de sagesse et de patience qui ont donné à la dernière campagne de M. Gambetta un si rassurant éclat. Elle s'étudie à ne se montrer ni impatiente ni impérieuse. Les réunions plénières efTarouchaienl les esprits timides: elle n'a pas voulu des réunions plénières. Le ministère la prie d'écarter la procédure rapide, dans une question brAlante. pour lui laisser le temps de délibérer, d'agir, de la résoudre: la majorité renonce à l'urgence. Mais le cabinet se tromperait fort s'il prenait ces condescendances de forme, ces prudences d'attitude pour irrésolution sur le fond des choses. La pensée de certains membres du cabinet, de M. Dufaure notamment, parait être de lier la question des maires à celle de la loi organique municipale, de préparer cette loi avec application, de l'étudier avec maturité, de ta discuter avec ampleur dans le conseil des ministres et dans les deux Chambres, pour abontir, après quelques années d'études, à des élections municipales qui pourraient être suivies de l'élection des maires par les conseils. Ce sont lit des rêves de vieillard. I^ question ne comporte ni ces lenteurs ni ces indécisions. Tenez pour certain que la m^orité nouvelle n'acceptera ni les unes ni les autres. La question des maires peut et doit être résolue isolément, promptement. hardiment. Si le conseil des ministres n'a pas encore pris son parti, la France a pris le sien. Ses oreilles sont encore toutes remplies du <r cri électoral » du 20 février : liberté municipale, élection des maires. Il faudra bien que le cabinet y vienne, et il y viendra.
Certes, la volonté de la Chambre d'obtenir l'élection des maires par les conseils municipaux ne laissait place à aucune équivoque: ni la commission d'iniliative, ni la commission spéciale, élue par les bureaux pour étudier le projet, n'éprouvaient la moindre hésitation ; mais l'obstacle venait du pouvoir exéculir. De là les hésitations du ministre de l'intérieur, M. Ricard, qui n'avait pas cru pouvoir immédiatement accepter qu'on prononçât l'urgence sur la loi des maires.
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LE NimsTÉBE DUFAURE. 309
11 s'y résigna cependant, dans la séance du g avril, et cela sous la pression des ctiefs des groupes de gauche ; le ministre conslilua, en oalre, une commission cïtra parlementaire, avec mandai d'élaborer un projet de loi municipale pour la sessi-on de mai, et de ce projet il laissait entendre qu'on pourrait détacner le chapitre relatif à la nomination des maires.
M. Jules t'ern-, dans une leltre datée du 6 avril 1876, explique les tergiversations du ministère et prend acte de ses promesses rassurantes.
Versailles, jeudi, 6 avril 1878.
Le cabinet a pu mesurer lùer quelle somme de bon vouloir et de belle humeur la majorité nouvelle peut mettre à sa disposition, ce qu'il y a de bonne grâce dans ses impaliences, d'amoureux dans ses dépits. M. Ricard a parlé ; il a /ort bien parlé, chaudement, bravement, républicainement, et le voità absous de n'avoir pas agi. Ce grand mouvement de satisfaction, qui est pour le nouveau minisire de l'intérieur un succès et une leçon, n'a pas seulement enlevé les centres : il a couru, comme une étincelle, d'un bout à l'autre de cette masse républicaine qui s'étale, large et touflue, depuis les hauteurs de la droite, qu'elle déborde et qu'elle enserre, jusqu'aux sommets de l'exlréme gauche. Quelques mécontents grommelaient bien, de-ci de-là ; mais, dans l'Union républicaine elle-même, le grand nombre était satisfait et ne craignait pas de le dire. Un des élus de Paris, et non des moins teintés, s'est écrié : « Ah ! si le ministre parlait souvent de la sorte, comme je serais ministériel 1 » Toule la situation est dans ce cri du cœur. La matière ministérielle abonde dans cette jeune Assemblée : le filon est riche, il est à fleur de terre, il jaillit au moindre coup de pioche. Ce n'est pas une majorité qui se cherche, c'est une m^orité qui s'ofTre. Or, le cabinet, depuis une huitaine, avait l'air de ne pas s'en apercevoir. Au tort de ne pas agir vite, il ajoutait la faute de ne pas parler du tout. Isolé ou obsédé, peu présent à l'Assemblée, peu visible place Beauveau, où l'affluence tourne à l'inondation, on eût dit d'uu ministère qui se dérobe, fuit la lomière, craint qu'on l'interroge et court à la prorogation à toutes jambes. — Tel le ministère Forcade, en 1869, ou le pauvre cabinet dit des <i honnêtes gens <>, qui, d'ajournement eu ajournement, d'atermoiement en atermoiement, d'im-
J. Fekbt, DiKOHn, II. 14
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SIO DISCOURS DE JULES FEUK\'.
puissance en impuissance, traînait, décevait, lassait la France libérale.... Grâces aux dieux! la séance d'hier a dissipé tous ces pronostics, coupé court ù ces rapprochements. M. Ricard a parié, et, en parlant, il a agi, car il s'est engagé-
D'abord, il a donné à la majorité républicaine la sati.'^raction qu'il lui avait refusée il y a huit jours : celle d'accomplir son devoir. Il y a huit jouis, M. Ricarii arrachait au bon vouloir des chefs des gauches le sacrifice de ce vote d'urgence sur la loi des maires, que les élus du 20 février considèrent, avec raison, coinme leur acte de foi républicain et libéral, comme le drapeau rapporté du combat. Aujourd'hui, non seulement il accepte l'urgence, mais il la motive. Il parle de la loi de Broglie, dont quelques-uns lui conseillaient de se faire un instrument, comme on en parie dans les groupes de gauclie; il la condamne sans réserve, sans réticence, de ce ton résolu, un peu brutal, qu'il apporte volontiers à la triliune, et, passant par-dessus la majorité qui écoute et qui applaudit, le trait va frapper au cœur toutes ces municipalités de combat, qui déjà relevaient la lélc, se flattaient d'être inattaquables, se drapaient dans leur imperitnence. MM. les maires de l'ordre moral comprendront-ils? En d'autres temps, une démission en masse serait la réponse à ce coup de fouet, porté de haut. Nous allons bien voir. Gageons que tous ces parangons de réaction, élite des classes dirigeantes, gens du monde et de salon, capables d'entendre à demi-mot, vont encore faire la sourde oreille ! ^ous vivons, ne l'oublions pas, à une époque où M. Pascal reste préfetjusqu'à l'heure où on le jette à la porte, où, parmi les gens du 24 Mai, il n'en est pas un seul — pas un prélet, pas un sous-préfet, pas un secrétaire général, pas un garde champêtre — qui ait fait à M. BufTet l'honneur de l'accompagner dans sa retraite ! M. Ricard le sait mieux que personne ; il a les dépêches, il a les confidences, il est au centre des écœurements. Aucune platitude ne doit le surprendre.
Aussi, à cûté de la déclaration pubhque et pour ceux qu'elle n'éclairerait pas suffisamment, il y a les instructions particulières â l'adresse des nouveaux préfets. M. hicard les a fait connaître aux délégués des gauches. Elles ne pouvaient être portées à la tribune. Comme l'a dit le ministre, fort judicieusement, on n'annonce pas les révocations, on les fait. Les ins-
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LE MINISTÈRE DUFAUEE. 811
[nictioDs se résumenL ainsi : appeler les maireFi de combat et tout metlre en œuvre pour obtenir, U'abord, leur retraite volontaire. Au nombre des démissions obtenues, se mesurera la salisfaction ministérielle. A bon entendeur... Et le ministre affirme qu'il aura, par ce moyen, déblayé les maires de l'ordre moral pour la rentrée des Chambres, c'est-à-dire d'ici à un mois. Qui peut douter, en efTet, que, s'il le veut, il le peut ; et, après la séance d'hier, qui peut douter qu'il ne le veuille? Le langage de tribune a été irréprochable, l'attitude publique excellente. Les confidences extraparlementaires , celles qui n'ont pas été publiques, mais qui sont orticielles, les engagements pris vis-à-vis des délégués de la majorité nouvelle, dans les conférences qui ont précédé et préparé la séance publique, commentent et fortifient le langage public. L'effet d'ensemble est un grand retour de solide et sérieuse confiance, sur le point si aigu, si brillant, si personnel de la question des municipalités.
Quant à la question elle-même, les juges malveillants on peu informés font remarquer que le ministre de l'inlcrieur ne s'est pas prononcé. Il est vrai, M. Ricard, entre les divers systèmes de nomination des maires, la loi de Qroglie exceptée, n'a pas manifesté ses préférences. Faut-il tout dire? Au fond, il est, en cette aiïaire, plus ministre de l'intérieur qu'il ne faudrait: la décentralisation le laisse froid; il tient moins ardemment que la majorité républicaine à cette bonne et brave loi de 1871, si courageusement, si honnêtement, si heureusement pratiquée, deux ans durant, par M. Thiers. C'est à cette disposition toute personnelle, — et l'avenir le fera voir, — toute passagère du nouveau ministre, qu'il faut attribuer sa résistance au vote d'urgence, il y a huit jours. M. Ricard est, pour la première fois, ministre de l'intérieur, et ces murailles sceptiques, qui ont vu tant de choses, ont pour les hommes nouveaux des murmures tentateurs. Et puis, M. Ricard est du terroir vendéen et de région bonapartiste, et, comme maint député de la région de l'Ouest, il trouve que ses collègues de l'E^l et du Midi, vont, sur le fait des maires, un peu vite en besogne. Mais ces hésitations ne tiendront pas; elles reculent déjà manifestement devant ce grand fait que les réunions de la gauche ont mis en lumière : dans la majorité républicaine, c'est
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l'immeose majorité qui réclame, appelle, exige le retour à la loi do 1871. C'est ce que les bureaux de la gauche républicaine et du centre gauche se sont évertués à faire entendre depuis huit jours.
M. Ricard a compris; M. Ricard est ébranlé: M. Rirard, dans un mois, sera converti. Kon seulement, il a accepté l'urgence, c'est-à-dire la nomination, avant les vacances, d'une commission qui traduira avec énergie, par sa composition seule, la volonté de la Chambre, — mais il consent à détacher, à la rentrée prochaine, du projet de loi organique qu'il annonce, le chapitre relatif à la nomination des maires, — mais il a formé lui-même, avec une loyauté digne d'éloges, une commission d'études dont il acceptera sans hésitation, dont il fera prévaloir sans faiblesse, dans les conseils du gouvernement, \es conclasions, quelles qu'elles soient. Or, quoi qu'en dise ce matin la République française, ce n'est pas d'une commission comme celle qui siège au ministère de l'intérieur qu'on peut redouter la solution aussi insuffisante qu'impopulaire qui se contenterait d'un retour à la loi de 1833. MM. Humbert, Uérold, Lamy, Méline, Jozon, Leblond, Merlin (de Douai) ne sont pas des nouveaux venus dans la question ; leurs opinions sont connues : elles sont sagement, mais résolument décentralisatrices, et, s'ils ont accepté de collaborer au projet de loi de M. le ministre de l'intérieur, c'est avec l'intention bien arrêtée de les y faire prévaloir.
La morale à tirer de tout cela, la leçon qui ressort de celte ag^itation des huit derniers jours, si heureusement apaisée par la séance d'hier, c'est que la majorité nouvelle possède, dans l'organisation qu'elle s'est donnée elle-même et sans avoir recours au bruyant appareil des réunions pléuières, tous les moyens d'une action parlementaire mesurée, mais eflicace. C'est il rinlervenlion oflicieuse, mais résolue, des présidents des groupes de gauche qu'est due incontestablement la bonne attitude du cabinet. L'initiative semblait faire défautau cabinet; ils l'ont prise, mais pour le fortifier, l'appuyer, l'encourager, non pour le morigéner, l'absorber et l'affaiblir. C'est d'un bon augure pour l'avenir de la République parlementaire.
Le ministre de l'intérieur attesta sa bonne foi en remettant en fonctions beaucoup de conseils municipaux qui avaient été sus-
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LE HIMISTËHE DUFAURE. 313
penilus, en remplaçant des commissions manici pales par des conseils Élus, et en s'elTorçnnl d'nrracher leur&démissions à ua certain nombre de maires pris en dehors des conseils. Sa circulaire aux préfets, datée du S mai, afllrmait même la résolution « de remplacer tous les maires et adjoints pris en dehors des conseils municipaux ». H. [ticard prenait, en même temps, une attitude libérale et modérée àl'égai'd de la presse, si malmenée par M. BulFet, et invitait nettement ses subordonnas à ne pas oublier qu'ils étaient u les représentants de la Itépublique ii dans leurs déparlements reapectifs *. Ce langage nouveau consterna et indigna les droites, ainsi que le haut clergé. U. Dupanloup, recevant le Maréchal à Orléans, l'invitait à d sauver son peuple ». D'autre part, les journaux d'extrSme gauche, comme lesl>r(>ifs de Hiomnie, accusaientle ministre de tiédeur,réclamaient l'amnistie avec fureur et des hécatombes de fonctionnaires. Déjà apparaissaient des motions audacieuses, destinées à former bientôt le programme du parti radical ; M. Floquet se prononçait pour la suppression du budget des cultes, et les bonapartistes, par l'organe de M. Rouher, applaudissaient à tous les essais aventureux qui pouvaient désorganiser les finances, affaiblir et diviser le pays.
Mort do M. Ricard.
Les Chambres se séparèrent le 10 airil et rouvrirent leur session le 10 mai; mais dès le lendemain delà rentrée M. El icard succomba, au moment où les républicains de gouvernement, qui l'avaient accepté avec une certainedéflance, le soutenaient et commençaient à lui accorder toutes leurs sympathies. H. Jules Ferry, qui, dix-sept ans plus tard, devait succomber au même mal et disparaître aussi en un jourde triomphe, rendit, dans la lettre suivante, un éloquenthommafieao ministre frappé par la raorttmbécîle.Onnepeut se défendre d'un sentiment de mélancolie amère en lisant aujourd'hui cette belle page sur le destin cruel qui enlève à la Itépublique ses serviteurs les plus dévoués, H sur ces coupa de foudre qui remettent tout à néant, tout ce qui est fait, tont ce qui était tenté, tout ce qu'on espiïre, tout ce qu'on atlcnd... »
Paris, lundi, 15 mai 1876.
On ne dira pas de notre jeune République qu'elle est Venfant gâté du destin. Si elle a visiblement pour elle la force des choses. les hasards heureux lui font défaut : elle n'a jamais rien dû au sort complaisant. Elle ressemble à ces enfants vigoureux et malingres qu'aucun des accidents du bas âge n'a épar-
1. A ces paroles correspondnient les actes du ministre, car un discret du U avril 1676 destitua onie préfets, et en déplaça trente-trois autres, sans parler de huit sous-préfets.
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S14 DISCOUHS m JITES FERRÏ.
gnés, et qui liermenL bon contre toule apparence. Vingt fois, depuis cinq ans, les hommes se sont acliarnés à la ilÉlniire, et quand ses ennemis lassés la regardent faire et grandir, c'est la mort qui prend plaisir à souffler sur le frùle édifice et défait brutalement ce que nous croyions fait. Elle est née, elle a duré, elle se développe dans les conditions les plus défavorables, sans aucune de ces trouvailles heureuses qui, dans d'autres pays et dans d'autres temps, ont placé à côté d'un gouvernement nouveau la tête ou le bras prédestinés à le fonder. Elle a peu d'hommes, et elle les dévore. Elle vil pourtant, elle se consolide et recoud imperturbablement ce que les hasards de la mort ont déchiré. C'est qu'elle est, toutes les crises le démontrent, la solution unique, la seule possible depuis longtemps, et désormais la seule voulue, la seule en qui la France ait foi. Les cartes nous sont hostiles et nous n'avons pas de bonheur au jea; mais nous avons toujours de quoi faire la mise, et nous linirons bien un jour par lasser la chance ennemie I
Ces réflexions sortent naturellement du spectacle des derniers jours, de cette première semaine parlementaire, si jemplie d'événements en dehors du Parlement. Après une prorogation diOicile, pleine d'impressions moroses et de mécontentements accumulés, une rentrée souriante, presque joyeuse; des actes de décision, des circulaires qui sont des actes ; l'esprit public, qui ne s'écartait du ministère nouveau qu'à contre-cœur, lui revenant avec transport; un renouveau de popularité d'autant plus sensible que le détachement menaçait d'être plus profond; la session s'ouvrant sous ces heureux auspices; puis un coup de foudre qui remet tout à néant, tout ce qui est fait, tout ce qui était tenté, tout ce qu'on espère, tout ce qu'on attend. C'est un malheur public : les plus frivoles l'ont ainsi compris. Notre nation, prompte et généreuse, a l'esprit singulièrement ouvert à ces grandes leçons de la mort. Elle comprend tout à coup ce qu'elle a perdu. Dénigrés, contestés, méconnus de leur vivant, jugés seulement quand la mort les enlève : c'est le destin des hommes de pouvoir qui ne peuvent être des hommes de parti. Une popularité posthume enveloppe la mémoire du ministre éloquent, courageux et sincère qui n'a connu, pendant les deux mois que le sort lui concédait du pouvoir, que les
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