‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 5)Chapitre 38 sur 66 · LE HIMSTËHE DUFAURE. !SS · texte numérisé non relu

LE HIMSTËHE DUFAURE. !SS

vaines, el )es étots-majors de la droite acncptaienl le combat avec rësolulion, en mulUpliant les pétitions tendant au maintien de la loi de 1875, et en posant au Sénat la candidature de M. Buffet au siège d'inamovible laissé vacant par M. Ricard, tandis que l'exlréniegauche de la Cbambre ne se faisait pas faute d'entasser maladresses sur maladresses, soit en rognant le budget des cultes, soit en interpellant le général de Cissey, ministre de la guerre, sur des nominations très légales d'officiers subalternes, soit en réclamant l'abrogation de la plupart des lois volées par l'Assemblée nationale.

Dans une correspondante datée du 10 juin 1876, H. Jules Ferry trace un vif tableau de celle situation tendue.

Versailles, 10 juin lS7e.

Le nouveau régime parlementaire et répuhlicain doit Iravei^ ser, dans les jours qui vont suivre, un certain nombre de défilés dont l'aspect ne laisserait pas d'être inquiétant, si les dirticultës elles crises n'étaient, en définitive, la Irame vivante des gouvernements libres. Rien ne se fait vite, rien n'est à la vapeur dans le fonctionnement d'un régime à trois pouvoirs. C'est le plus lent des moteurs : il lui faut, pour marcher el produire, beaucoup de temps, beaucoup d'efi'orts. Les procédés rapides dont la mécanique moderne se glorifie, ne sont point son fait : c'est on gouvernement gui vit, gagne son pain quotidien, mais à la sueur de son front. Notre nouveau régime en est toujours à la période d'essai : nul ne saurait mesurer encore quel poids il peut porter, de quel degré de tension il esl susceptible. Le Sénat reste un mystère. Il s'est un peu agité ces jours-ci : on a escarmouche, voté, scrutiné : appel nominal, scrutin secret, montagnes accouchant d'une souris, majorité d'une voix, tantôt à droite, tantôt à gauche... Ce fils aine de l'Assemblée nationale de 1871 a décidément avec elle une de Cf-s ressemblances que les commères qualifient naïvement d' « effrayante ». Qu'en va-l-il surgir? Qui peut jurer que vendredi prochain le nom de M. BulTet ne sortira pas des urnes, comme une sinistre reculade? Qui peut dire ce qu'il adviendra de la loi Waddington ? et qui peut douter que le parti clérical, dont nous connaissons les audaces et la puissance, ne livre une bataille désespérée, dans laquelle il aura naturellement pour auxiliaires toutes les consciences timides, toutes les ambitions déçues, toules les rancunes, tous les fanalismes, toutes les intrigues politiques et religieuses qui ont fait leur nid à Versailles depuis cinq ans?

Les prévisions de H. Jules Perry n'étaient que trop fondées.

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M. Buffet fut nommé sënaleur inamovible, le 16 juin,par t44guffrages contre 141, gr&ce, il est vrai, à l'absence de hait membres de la gauche, et le Sénat nomma une commission où la droite comptait six membres (sur neuf) hostiles au projet de loi Waddington, relalif à la collation des grades.

Projet de loi niniiioipalo.

Le projet de loi préparé par une commission extra parlementaire sur le régime municipal et la nominnlion des maires, menaçait de devenir une pomme de discorde non seulement ealre la majorité de la Chambre et le Pouvoir exécutif, mais entre les divers groupes parlementaires. Le ministre voulait enlever aux conseils municipaux la nomination directe des maires des chefs-lieux de canton, tandis que la gauche de la Chambre réclamait le retour pur et simple à la loi de 1871. Sans doute, H- de Marcére n'eût pas hésité k doaoer satisfaction au parti républicain, mais le Sénat n'eût pas manqué de la Infuser, sûr qu'il était d'avoir l'appui de l'Klysée. Il fallait donc, pour éviter les conflits les plus graves, user de diplomatie et ne pas jouer le tout pour le tout, comme le voulait l'extrême gauche. C'est à cette politique prudente et sage qu'inclinait M. Jules ï'eny. Il indiqua très nettement ses vues dans cette même correspondance do 10 juin 1876.

Ce n'est pas au Sénat seulement que les ëcueils se montrent à fleur d'eau. La Chambre des députésases points noirs. Après être très heureusement sortie de la question de l'amnistie, de la loi des grades, même des intransigeants à grand fracas et à courte vue, qui, dédaignant les « opportunistes ». prennent à tâche d'être en tout et partout inopportuns, la Chambre se voit acculée à un conflit, non de pouvoirs, mais d'opinions, dans la question qui est la chair de sa chair et les os de ses os : l'élection des maires. 11 serait puéril de le dissimuler : entre le ministre de l'intérieur, qu'elle appuie si cordialement, qu'elle a adopté, qui est bien à elle, — car c'est elle, en somme, qui Ta mis au monde, — et la majorité républicaine, il y a, sur cette question vitale, un désaccord tout à fait inquiétant. Est-ce hd désaccord dans les vues ? Non, sans doute ; mais c'est pire : im désaccord dans les situations prises. On cède plutôt, en politique, sur les opinions que sur les situations. Faut-il rappeler par quelle série de fausses manœuvres, par quel entrainemeot d'une idée malheureuse, le pauvre M. Ricard a compliqué et compromis toute cette affaire ? sa résistance intempestive, tout au début, à la proposition d'un retour provisoire, mais pur et

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simple, à la loi de 1871? ses efforts contre l'urçence ? et, quand l'nrgence fat inévitable, ses efforts pour atermoyer, reculer, gagner du temps? sa tentative de codifier toute la matière, qui n'était que le dessein de noyer la question particulière? sa commission extraparlementaire et tout le reste, aboutissant, en définitive, à cette proposition illogique, insoutenable et saugi'enue, d'enlever à la nomination directe des conseillers municipaux les maires des chefs-lieux de canton ?

Pourquoi les chefs-lieux de canton, demandent les gens sans parti pris? Qu'en voulez-vous faire? Du plus grand nombre, TOUS ne ferez jamais que des villages, moins importants parfois, moins peuplés, moins vivants que certain bourg voisin dont le maire ne vous importe. Mettez la main sur les mairies des petits villages : c'est un système au moins, et, pour un gouvernement qui n'aurait pas renoncé, comme la République, à pétrir le suffrage universel dans ses racines communales, cela pourrait être une force. Mais rêver, comme le dit le projet ministériel, d'accaparer, dans le maire du chef-lieu de canton, une grande influence naturelle au profit du Gouvernement; s'imaginer que le maire de canton représente cette Influence et que l'investiture du pouvoir central peut lui donner sur les maires élus des petites communes je ne sais quelle haute tutelle, ijuel protectorat accepté ou reconnu, ce n'est connaître ni le tempérament communal ni la physiologie du paysan. On s'étonne qu'une commission extra parlementaire, composée en grand nombre de députés et de sénateurs de gauche, ait pu chausser cette idée fausse. On dit bien que le dernier ministre de l'intérieur enleva le vote par un de ces arguments « à côté » qu'il excellait à improviser ; on se plaignait beaucoup alors des choix de préfets : Il C'est vrai, s'écria tout à coup M. Ricard, j'ai souvent, pour les préfectures, les mains liées. Il y a des personnes à ménager, des situations défendues par en haut. Mais donnez-moi les chefs-lieux de canton, je vous promets de n'y mettre que des maires républicains, et nous en ferons la base du nouveau régime. » — L'intention était bonne ; mais, malbeureusemcnt, ces maires républicains, c'est avec les lunettes des préfets qu'on les disr-eme, quand on est ministre de l'intérieur, et, si les lunettes préfectorales ne sont point républicaines, il n'en sortira pas de républicains. Non I rien de tout cela n'est sérieux,

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«8 DISCOUHS DE IULES FERfiV.

rien ne tient debout, rien ne pourra supporter la lamière d'une discussion publique ; tout le monde le volt, tout le inonde en convient, et, sur ce poiat, M. de Marcère est de l'avis de tout le monde. Mais il a hérité; et maintenant le pas est fait, le projet est là, le Gouvernement engagé, la Chambre résolue, la commission municipale très fixée sur ce qu'elle ne fera pas. et le cabinet cherchant ce qui lui reste h. faire !

Je vous assure que la situation n'est point aisée à résoudre. Les nouvellistes ne la voient pas bien ; ils se figurent que la difficulté vient de l'amendement Le Pomellec-Gambetta, devenu l'amendement Gambetla-Le Pomellec. Ils prélentàM. Gambella de noirs desseins ; aux deux cents signataires, des partis pris irrévocables qui ne. sont pas dans l'esprit du plus grand nombre. L'amendement n'a été ni délibéré ni signé dans aucune réunion. Il a récolté, de bancs en bancs, des adhésions qu'on ne refuse guère, quand on est nouveau venu, au vieux drapeau qui passe- Mais, si le Gouvernement lâche pied sur les chefs-lieux de canton, le nombre des irréconciliables se réduira singulièrement. Cette mtyoritévousfait-ellereiïet d'une majorité intransigeante? La proposition d'il y a deux mois, celle qui eût tout sauvé, si le ministre l'eiH voulu, la proposition de rétablissement pur et simple de la transaction de 1871, n'a-t-elle pas réuni, elle aussi, deux cents signatures? Le terrain transactionnel s'est-il effondré depuis deux mois? M. de Marcère est-il moins goilté à gauche que M. Ricard ? Les meneurs d'extrême gauche lui fontils plus grise mine ? C'est le contraire qui est vrai ; vous le savez bien. Dormez donc en paix sur l'amendement Le Pomellec, et considérez l'autre face de la question : le cabinet voudra-l-il. pourra-t-il transiger?

Le ministre a très franchement exposé à la commission dont M. Jules Ferry est le président et le rapporteur les difficultés de la sllualion. Il n'a pas tout dit ; mais, pour peu que l'on ait l'oreille au guet des intrigues sourdes, des petites menées, des mauvais conseils et des mauvaises pensées qui ne cessent de muimurer dans tes hautes régions gouvernementales, on aperçoit clairement l'écueil. « Nous ne ferons jamais, a dit M. de Marcère à la commission, de la question des maires cantonaux une question de conliance, par la bonne raison que nous savons pertinemment qu'il n'y a dans les résistances de la

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