‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 5)Chapitre 40 sur 66 · Voir rOfficiel du lî · texte numérisé non relu

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LE HIMSTËRE DUFAURG. 169

ment et une discussion générale Ou projet. Je crois devoir me renfermer dans l'examen de la question préjudicielle, et toute mon ambition est de vous démontrer, en très peu de mots, que la proposition qui vous est faite par l'honorable M. Le Pomellec et qui consisterait à renvoyer le rapport que nous avons eu l'honneur de déposer sur le bureau, à la commission de la loi municipale, en lui donnant l'ordre, — ce que, assurément, la majorité a le droit de faire, — de procéder, sans désemparer, à l'élude et au rapport de la loi définitive; j'ai la prétention, dis-je, de vous démontrer, sans grande peine, je crois, que cette proposition équivaut à un ajournement à long terme, qui n'est conforme ni au véritable intérêt du pays, ni au véritable intérêt du parti qui siège sur ces bancs. [L'orateur désigne la gauche.)

M. Gahbetta. — Je demande la parole. {Exclamations à droite.)

M. LB RAPPoaTEUR. — Messieurs, l'honorable M. Le Pomellec a fait à la commission deus reproches principaux : le premier, le plus grave, celui que je veux dégager, c'est d'avoir, en quelque sorte, manqué à son mandat, c'est de n'avoir pas accompli les instructions qu'elle avait reçues des bureaux. Alors qu'il lui eût été si facile, a-t-on dit, de soumettre, à l'heure qu'il est, un rapport sur la loi organique à la discussion de la Chambre, elle a, par des retards calculés, dont on veut bien reconnaître la bonne intention, amené la Chambre à se voir obligée, ou d'ajourner toutes choses, ou bien de voter une loi provisoire. Eh bien. Messieurs, ce reproche est absolument immérité.

Le rapport que nous avons déposé est un acte de bonne foi, de bonne foi vis-à-vis de nous-mêmes, de bonne foi vis-à-vis de la Chambre, de bonne foi vis-à-vis du pays. Il n'eût pas été loyal, il n'eût pas été non plus politique de vous bercer d'une plus longue attente ; il n'eût pas été 4oyal de vous laisser croire qu'une loi organique pût aboutir ici avant la fin de la session.

C'est quand la commission, s'étant mise à r<%uvre, ayant vivement poussé son travail, s'est trouvée face h face avec cette difficulté toute matérielle et insurmontable, qu'elle a pris la résolution ai simple de venir vous dire : Messieurs, choisissez, résignez-vous à attendre Longtemps encore la discussion, le vote et surtout ta mise en pratique d'une loi organique, ou bien

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résolvez partiellement et à titre transitoire la question de la nomination des maires.

On parle assez légèrement des travaux de la commission, et l'on a l'air de mettre en doute l'importance de l'œuvre qu'elle a entreprise.

Je rappelle à mon honorable contradicteur que le projet de loi qui vous est soumis a 9i articles ; que ces 92 articles ne constituent pas, j'en conviens, 92 sujets de discussion, mais qu'ils touchent à un très grand nombre de questions des plus importantes, des plus délicates et des plus contestées.

Est-il possible d'admettre qu'une loi aussi pesante par ellemême et aussi chargée de diriicultès, — fussent-elles même en nombre moindre que tes articles, — puisse faire avec rapidité le voyage de la Chambre au Sénat et du Sénat à la Chambre ; qu'après avoir traversé ici une lecture unique, elle en subisse deux devant le Sénat; qu'elle puisse se prêter enfin, dans le cours de cette session, aux exigences d'une procédure parlementaire fondée sur le système des deux Chambres? Cette procédare.vous savez très bien quelle en est la condition : c'est que, pour le moindre amendement, même pour un amendement de rédaction, adopté dans une des deux Chambres, il faut que l'autre Chambre soit saisie de nouveau.

Eh bien, de bonne foi. quelqu'un peut-il le croire? Le croyezvous possible, k l'heure où nous sommes ; en vous reportant même, si vous voulez, de quinze jours en arrière, le croyez-vous plus praticable ? Un homme raisonnable peut-il soutenir que le Sénat, reprenant de vos mains cette loi votée en grande hite, puisse en faire, dans le cours de cette année, un document législatif susceptible d'exécution ?

Faut-il vous parler du budget dont la discussion n'est pas encore commencée? £t s'il y a une session d'automne pour le discuter, soit ici, soit au Sénat, croyez-vous que la loi municipale puisse occuper la place qui est nécessairement réservée à ta loi de finances?

Il me semble que ce sont là des raisons évidentes, matérielles, palpables, décisives.

Un membre à gauclte. — Il ne fallait pas déposer votre rapport.

M. LE Bappostsub. — Je vais vous répondre.

Quand la loi a été déposée, ou plutôt quand l'honorable

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LE NINISTÉItE DUFAUBE. 971

H. Rjcari! a annoncé l'intention de déposer la loi municipale, TOUS le savez, nous étions à la veille de la prorogation d'avril. Le Gouvernement nous disait : Je vous apporterai un projet de loi à votre rentrée. Y a-t-il ici quelqu'un, quelqu'un d'entre vous. Messieurs, qui se soit levé pour Taire opposition h une proposition aussi naturelle ?

Auriez-vous compris, et le public qui nous juge aurait-il compris qu'à une demande aussi simple, aussi conforme aux bons rapports qui doivent exister entre la majorité et le ministère émané d'elle, dès le premier jour, à la première rencontre, la Chambre eût répondu par un refus désobligeanl? Pas un de vous ne l'aurait voulu faire.

Ne dites donc pas que la commission a, ce jour-Iii, commis une faute, car, de cette faute, vous êtes tous les complices.

Maintenant, quand nous sommes tous revenus, nous avons attendu les propositions du Gouvernement, et vous savez pourquoi elles ne nous ont été transmises que le 29 mai ; et depuis le 29 mai ou le 1" juin, jour auquel nous sommes entrés en possession réelle, efTeclive, du projet, est-ce que la commission peut laisser dire qu'elle n'a rien fait?

Mais, Messieurs, elle a examiné le projet du Gouveniemcnt dans tous sbr détails, et elle serait en mesure de vous faire un rapport sur toutes les dispositions dont le Gouvernement l'a saisie, ^excepté sur la nomination des maires, etjevaisvousdîre pourquoi .

La question des maires a été la pierre d'achoppement de notre travail...

M. Gambetta. — Mais le reste était fait!

M. LB Rapportbcb. — Le reste était fait!... A l'heure qu'il est, il pourrait être fait...

Plusieurs membres à gauche. ~ Eh bien, alors?

Voix à droite. — Pourquoi ne l'apportez-vous pas? Maïs vous n'?tes pas pressé! (Aires sur fes bancs du même côté.)

M. LB R&FPOHTEU». — U ne s'agit pas de donner à mes paroles le sens qui vous convient le mieux. Je dis que si la Chambre voulait statuer sur les dispositions de la loi municipale qui ne touchent pas à la nomination des maires, la commission pourrait, aurait pu lui faire un rapport. Mais elle ne peut pas statuer sur la question de la nomination des maires, pour une raison

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9R DISCOURS DE JCLES FERHY.

qui est décisive : c'est que les questions d'atlribatîoDs sont essentiellement et intimement liées à la question de la nomination des maires. [MouvemenU divers.)

Voilà, Messieurs, la pierre d'achoppement que la bonne volonté de la commission a rencontrée. La commission n'avait pas moins d'impatience que vous; elle en avait donné laprenve, puisqu'elle avait accepté de délibérer sur les propositions dn Gouvernement ; mais, quand el\e s'est trouvée en face de la question des maires, qui est la vraie, la grande difflcuUé. elle a reconnu qu'il était absolument indispensable de lier la question de nomination à la question d'attiibutions.

M. Gambetta. — Pourquoi les séparei-vous?

Voix à droite. — Ajournez alors !

Au btmc de ta commission. — Ne répondez pas aux interruptious ! Conlinuez !

M. LE RAPpoKTEua, — Il est absolument nécessaire, quand on veut faire une loi d'ensemble, quand on veut faire une loi organique, quand on veut faire une grande loi municipale, il est indispensable de tenir compte de la question d'attributions, de tiaiter de front les deux sujets.

£h bien, Messieurs, sur cette question d'attributions, noos n'avons pas encore, à l'heure où je parle, de propositions gonvernementales.

Permettez-moi d'insister encore. Où git la difflcultë? Elle git dans le mode de nomination des maires des cbefs-Iieux de départements, des chefs-lieux d'arrondissements et des chefslieux de cantons ; or, c'est précisément au règlement des attributions que tient celle triple difficulté, et la preuve en est dans tous les systèmes. C'est en pensant aux attributions des maires de cantons que le Gouvernement a produit son projet. C'est à cause de la double nature des attributions qui appartiennent au pouvoir municipal dans les villes que le législateur de 1871 a laissé au Gouvernement le droit de nommer les maires dans les chefs-lieux d'arrondissements et de départements.

S'il n'y avait pas dualité d'attributions, il n'y aurait pas de difficulté de nomination. La difficulté n'existe pas entre la majorité et le Gouvernement, au sujet des 33 000 petites communes; elle n'existerait pas non plus pour les chefs-lieux de cantons, d'arrondissements et de départements, s'il n'y avait pas dans

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LE MtMSTËRE DUFAURE. S73

les attributions des maires une part d'attributions qui les rattache au poQvuir central.

Oui, Messieurs, quand on veut faire une grande loi, une loi organique, une loi qui reste, une loi qui porte la marque d'un nouvel état politique, on la mûrit, on l'éludie dans son ensemble : on ne sépare pas les questions d'attributions des questions de nomination, ou bien on fait ce que nous vous proposons de /aire, on résout parliellement et d'urgence le seul problème politique que contient la loi, celui de la nomination des maires.

Voilà pourquoi nous avons considéré et nous déclarons foi"mellement que la proposition qui vous est faite de ne pas statuer sur le rapport que nous avons déposé, et de renvoyer le tout à la loi organique, est, en réalité, et sera jugée comme telle par tous les hommes de bonne foi, une proposition d'ajoumeroeut à long terme. C'est un ajournement déguisé, coloré, mais c'est, en définitive, l'ajournement.

Maintenant, la question est de savoir si vous voulez ajourner josqti'à 1877, peut^tre jusqu'à 1878, car il ne faudra pas moins de temps pour mener à fin la loi déflnitive, la loi organique, la loi d'ensemble, si vous voulez faire attendre jusque-là les satisfactions que le pays réclame.

C'est ainsi que la question se pose; c'est ainsi qu'elle s'est posée devant la commission; c'est ainsi qu'elle s'est posée devant notre conscience d'hommes politiques et que je la pose devant la vôtre : Voulez-vous, pour un temps qui sera long, pour six mois, pour un an, pour plus longtemps peut-être, laisser la législation sur la nomination des maires dans le statu quo? Le voulez-vous ? Voulez-vous, peimettez-moi d'ajouter, oserezvous rentrer dans vos départements, revenir devant vos électeurs en laissant derrière vous la loi de 1874 debout comme une menace ?.., [Trèt bien} très bien! à gauche et au centre.)

M. Hadierde MoNTJXti. — La vôtre en est une aussi !

M. LE lUppoBTEtTB. — ... comme un instrument dont le cabinet qui est sur ces bancs ne se sert pas ? [ExclamaHont et riret à dToiie.)

Elst-ce que l'on prétendrait que le Gouvernement, qui est sur ces bancs, choisit les maires en dehors des conseils municipaux? [Trè$ bien! trè* bien! au centre et à gauche.)

Je dis que le Gouvernement a solennellement répudié la loi

J. Fkbht, J>tteoiin, II. 18

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de 1874; qu'il a^ renoncé à ce qui Taisait l'essence de cette loi caractèrislique du gouvernement de combat, c'esL-à-dire au droit de prendre les maires en dehors des conseils municipaux.

Eh bien, Messieurs, est-ce qu'il est sage de s'endormir ou, ce qui est plus grave, de s'en aller sur cette garantie purement ministérielle? Je crois profondément, pour mon compte, à la durée du ministère qui est snr ces bancs, surtout. Messieurs, si TOUS l'aidez à durer. [Très bien I très bien I ntr tut grand nombre de bancf.)

Mais enfin, les changements ministériels font une partie essentielle du mécanisme du gouTemement constitutionnel, et on peut parler de ces choses devant les ministres sans être accusé de prononcer des paroles néfastes ; il y faut, au contraire, toujours penser. Eh bien, si vous y pensez, si vous mettez votre main sur votre conscience de législateur et si vous vous rendez compte du mandat que vous avez reçu, je crois que vous me répondrez, sinon tous, du moins le plus grand nombre d'entre vous, que vous ne pouvez pas, sans manquer à votre devoir, sans engager votre responsabilité de la façon la plus sérieuse, vis-à-vis de la France, de la République et de l'avenir, laisser la loi de 1874 derrière vous. {ApplaudisiemenU iut un grand nombre de bancs à gauche et au centre.) Donc, Messieurs, il faut l'abroger d'urgence.

Mais comment? Ah! Messieurs, j'ai le faible de préférer, pour mon compte, une abrogation réelle, efficace, à une abrogation sur le papier. Or, la proposition à laquelle l'honorable préopinant a attaché son nom avec plusieurs autres de nos collègues, la proposition par laquelle il abroge la loi de 1874, ne réaliserait, bêlas! qu'une abrogation sur le papier. Il n'est possible de songer à abroger la loi de 1874, à déblayer le terrain de ce dernier vestige du prétendu ordre moral qu'en s'arrangeant de manière à arriver devant l'autre Assemblée avec le concours du Gouvernement. {Approbation au centre.)

Messieurs, je sais que tous les honorables collègues qui siègent de ce cAté {l'orateur désigne la gauche) ne partagent pas ce sentiment; je sais qu'il y a parmi eux des homiues politiques des plus respectables, des plus éminents, qui se rattachent à une tout autre école. Ils ont rêvé — et ils semblent se contenter de ce rêve — qu'il nous suffirait de légiférer, ici, comme si

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LE HIMSTËRE DUFAURE. 375

Dons étions nne Assemblée unique, et, nous complaisant dans notre isolement, nous en faisant gloire, de tout décider, de tout remuer, de tout organiser, suivant nos vœux et nos convictions, sans nous préoccuper de l'autre Assemblée.

C'est une politique, cela, j'en conviens; mais ce n'est pas une politique efficace; c'est une politique absolument vaine; et, permellez-moi de vous le dire, si cette politique avait été suivie durant les cinq dernières années qui viennent de s'écouler, la France ne serait pas aujourd'hui en possession delà République. {AppiaudUsemenU au centre et mr divert bancs à gauche.)

M. Durand. — Vous n'étiei pas la majorité, alors; vous l'êtes aujourd'hui : c'est tout autre chose 1

M. LE Rapportrue. — Je crois que la France a fait son choix entre ces deux politiques; je crois que celle que je préconise et à laquelle un grand orateur qui siège dans cette Assemblée a donné son vrai nom, « la politique des résultats », je crois que cette politique des résultats est précisément celle que la commission vous propose, comme elle est celle que le pays préfère; je crois que l'autre politique, celle gui consiste à faire une loi des maires idéale et à donner au pajs des satisFactions platoniques, est une mauvaise politique, une politique inefficace, une politique, en soi, illusoire et incapable, d'ailleurs, de produire sur la masse des électeurs l'effet d'opinion que vous attendez d'elle. (Mouvement à gauche.)

Ah 1 je sais très bien, mes honorables collègues, que c'est sur un effet d'opinion que vous comptez, et que vous dites que c'est là aussi un résultat.

Mais prenez garde de vous tromper! Il est possible que la politique inefficace, la politique qui consiste à légiférer en blanc et comme si nous étions seuls, flatte, pour un moment, le sentiment de vos électeurs, d'une partie au moins de vos électeurs, de la plus convaincue, de la plus ardente, je le veux; mais prenez garde que ce premiermoment ne durera pas longtemps; prenez garde qu'un peuple ne se contente pas, pendant longtemps, de satisfactions théoriques, de lois platoniques, de décisions isolées de la Chambre des députés qui jamais n'aboutiraient.-. ( Interruption à l'extrême gaucke); prenez garde que la dignité de cette Chambre n'a rien à gagner à multiplier les difficultés, h faire naître les conflits pour aboutir à des démons'

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are niscouRs de jules febuv.

trations d'impuissance ; prenez garde que, avant toute chose, vous devez fttre fidèles au mandat que vous avez reçu de vos électeurs.

Il y en a un, en effet, qne nous avons tous reçu, et qui est plus grand encore, plus noble et plus impérieux que celui que nous avons pu recev<oir au sujet de la nomination des maires ; nous avons reçu le mandat de faire vivre la République ! (Trà bien ! très bien ! et applaudûiements à gauche et au centre.)

Eh bien, je me permets de le dire à ceux qui ont coopéré avec moi el avec beaucoup d'autres membres de cette Chambre à l'établissement constitutionnel du 25 février dernier : ce qui DOusjustide d'avoir consenti à cette Constitution que je puis bien appeler une concession, et une concession bien autrement grave. Messieurs, quand on se place au point de vue des principes, que toutes les dispositions de la loi municipale... {Mouvement à droite.)

Quand on a fait cette concession pour avoir raison, non seulement devant le présent, qui nous a approuvés avec éclat, mais devant l'avenir, il faut la faire vivre, cette Constitution.-. {Attentiment au centre,) il faut la sauver des conHils que l'on guette de ce côté {l'orateur désigne la droite]. (Vifs applauditsements au centre et sur divers bancs à gauche. — Exclamations à droite.)

C'est votre droit. Messieurs, puisque vous êtes les ennemis de la Constitution, de guetter les conflits dans lesquels elle peut périr, mais c'est notre devoir, à nous qui l'avons faite, à nous qui avons promis de la défendre, c'est notre devoir de nous déOer des pièges que vous nous tendez, et de ne pas nous en tendre à nous-mêmes. ( Vive approbation au centre. — Humeur turdivers bancs ri droite.)

H. RoBEfiT HiTCHELL. — Nous vousdeinandons,mODsieurle Président, s'il est permis a un orateur de parler de ses collègues en de pareils termes ï (lUclamalions à gauche).

M. LE Rapporteur. — Messieurs, c'est la justification de la conduite tenue par la commission. La commission tout entière ~- oa a eu raison de vous le dire — est ardemment attachée à la liberté municipale...

U. Bourgeois. — Cela se voiti

M. LB Rappoeteub. — Oui: Monsieur, cela se voit...

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LE MINISTÈRE DUriURE. STI

Au banc de la commission, — Ne répondez pas I

M. LE Rapfoktkdr. — LacommissioD est ardemment attachée à la liberté municipale, et celui qui a l'honneur de parler en son nom, je puis le dire, a fait de la liberté municipale la foi politique de sa vie entière; il ose l'affirmer : il n'y a personne ici qui poussera plus loin que lui l'amour de la liberté municipale. [Assentiment sur divers bancs.)

Mes amis qui siègent sur les bancs de la gauche et les illustres maîtres de ma pensée politique, qui souvent m'ont traité d'utopiste pour cela même, savent que j'ai le droit de dire qu'il n'y a pas dans cette Assemblée un décentralisateur plus déterminé que moi?

M. Raoul Dital. — Cela date de loin ! Cela date du programme de NaDcy.

M. LB Rappobtsub. — Oui, cela date de loin, cela date dn jour où j'ai commencé à penser en politique.

On me fera l'honneur de croire que, attaché si ardemment à cette liberté municipale, décenlraiisaleur convaincu et déterminé, il a fallu qu'une nécessité bien grave se révélAtàma conscience pour que je vinsse ici prendre le rôle que j'ai pris, et qui, certes, n'est pas le njle brillant. Oh! non : le rôle brillant consiste précisément a légiférer en hlanc et pour sa propre gloire, comme je le disais tout à l'heure. C'est le râle ingrat que noua remplissons ici ; mais c'est le rôle dévoué et le rûle patriotique, je ne crains pas de le dire. (Applaudissemenis au centre.) Ouil mais prouvons — et je réponds ainsi à mon interrupteur — en nous j soumellant ou en acceptant toutes les amertumes, je puis le dire, prouvons notre attachement profond pour la liberté municipale. Or, nous voulons la donner tout de suite et sans désemparer à 33 000 communes, et il n'est pas sûr, si nous sortions d'ici sans l'avoir fait, qu'une seule commune de France la possédât de longtemps I [Nouveaux applaudissements au centre el sur divers bancs à gauche.)

A ces paroles qui s'inspiraient « de la politique des rêsullats », Gambetta opposa une brillante harangue où il dérendil les droits des ijrandes communes a où se trouvait l'agi^lomération intellectuelle, le noyau de la démocratie », et prétendit qu'il n'était pas impossible de rendre au pays toute la liberté municipale. Il déclara qu'il ne croyait pas«aucontlitministériel>> qu'il traitait dewcrainte

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chimérique H, et termina en conjurantses collëf;ues de sortir du

Mais M, de Marcère, ministre de l'intérieur, après avoir constaté les contradictions du grand orateur qui, se présentant comme ennemi de la décentralisation, demandait l'électiOD des maires dans toutes les communes et trouvait que le meilleur moyen d'arriver à ce résultat consistait dans l'ajournement de la loi municipale, indiqua à la Chambre que la République ne pouvait vivre que par « l'harmonie des pouvoirs », et il laissa clairement entendre que cette liarmoaie serait troublée, qu'on irait tout droit à des conflits, si la Chambre ne se ralliait pas au prof^ramme du Gouvernement, et le ministre posa la question de confiance. En présence de cette attitude, qui attestait la gravité de !a situation dans les sphères les plus élevées du pouvoir, Gambetta répliqua que les votes des députés " n'étaient plus l'eipression indépendante et absolument libre de leurs consciences et de leurs volontés n. La proposition de renvoi à . a commission déposée par H. J,e Pomellec fut rejetée par 389 voix contre 76 ; la Chambre adopta ensuite l'article 1", qui abrogeait la loi du 20 janvier 1874, par 434 voix contre 22 ; M. Le Pomellec retira ensuite son amendement, qui fut repris par H.Madier deHontjau, et la discussion fut remise à la séance suivante.

Dans la séance du lendemain, 12 juillet, la Chambre repoussa par 276 voix contre 73 l'amendement Le Pomellec, repris par M. Madier de Monljau, qui réclama longuement l'élection de tous les maires par les conseils municipaux, et l'on ratifia le texte de la commission qui, provisoirement et jusqu'au vote de la loi oritanique niuuicipale, attribuait aux conseils municipaux le droit d'élire les maints et adjoints, sauf dans les chefs-lieux de département, d'arrondissement et de canton, où ils seraient nommés par décret du Président de la République parmi les conseillers municipaux. Aux termes d'nn article additionnel, l'application de ces dispositions fut étendue & l'Aljférie, et il fut prescrit que le renouvellement intégral de tous les conseils municipaux aurait lieu dans le délai de trois mois.

M. Jules Ferry, dans une correspondance du 19 juillet, tira la moralité de l'intéressant débat qui se terminait par le triomphe de la sagesse politique, et cribla de sarcasmes très justifiés l'intransigeauce de l'extrême gauche et de ses prophètes :

Versailles, 19 juillet 1870.

Le vote de la loi municipale a été pour les élus du 20 février une nie épreuve; mais c'est une épreuve décisive. L'esprit de gouvernement l'emporte, dans des proportions vraiment inespérées, au sein de la majorité républicaine. On le sait aujourd'hui. On a jeté la sonde, on est hors des récifs à fleur d'eau et des courants inconnus; on navigue dans les eaux profondes. Voilà le fait : les conséquences suivront sans bean-

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. LE HINISTËRE DUFAUBE. !?9

coup tarder. La première est un classement noaveau, moins empirique et plus précis, des groupes républicains de l'Assemblée. Il était bon de tenir à l'union des trois gauches : c'est un instrument puissant, avec lequel on a fait de grandes choses dons la dernière Assemblée ; il n'y faut pas toucher à la légère. Hais il j aurait trop de candeur à croire que cette formule victorieuse, d'où les élections sont sorties, pût se maintenir intacte après les élections, si hien que la politique qui sufUsait & l'opposition n'eût rien à faire, rien fi apprendre, rien à oublier, pour s'accommoder à l'exercice du pouvoir. Les gens qui se sont plu dans celte idylle parlementaire sont de deun espèces : des naïfs ou des habiles. Mais il n'y a pas d'habileté qui tienne contre la natnre des choses. Comment s'était faite, dans la dernière Assemblée, l'union des trois gauches ? E<!sentiellement par le renoncement de la gauche extrême. C'est elle, assurément, qui apporta, dans le grand holocauste du 23 février, la plus grande part des sacrifices ; de toutes les croix érigées sur ce calvaire, la sienne fut la plus haute, la plus lourde, la plus exemplaire- Les élections l'en récompensèrent : le corps électoral, guéri de ses terreurs traditionnelles, ouvrit son cœur et ses bras, sans distinction comme sans déliance ; les élections furent modérées là même où les candidats ne l'étaient pas. Aujourd'hui, les impatients secouent le joug, les ambitieux veulent se signaler, les radicaux dignes de ce nom croient leur honneur engagé à ne pas faire plus longtemps ménage avec le sens commun ; ils étalent aux yeux du pays le drapeau qu'ils avaient consenti, par prudence autant que par patriotisme, à laisser dans leur poche ; les utopistes se remettent à débiter de l'utopie ; les jacobins, à soufder dans le vieux ilfre jacobin, et de toutes ces impatiences, de toutes ces convictions, de toutes ces vanités estéclos le nouveau groupe, celui qui prend, a pris on prendra ce nom classique : la Montagne.

Inévitable en elle-même, la formation d'une Montagne estelle un fait regrettable î Quelques-uns le croient, et M. Gambetta, qui dépensait, au début de la session, tant d'ardeur pour la canse des réunions plénières, était évidemment de cet avis. Il mettait l'union apparente au-dessus de la cohésion réelle ; n'étant, pour son compte, nullement montagnard, il espérait retarder par la constitution d'un groupe unique la séparation

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des Opinions extrêmes, et c'est pourquoi on le vit jusqu'à la dernière minute résister de toute son énergie à la restauration de l'ancienne Union républicaine. Mais la force des choses l'emporta : avant d'être proclamée, la séparation des extrêmes existait à l'état latent: avant d'être orficiellement consacrée, elle perçait dans les altitudes, elle apparaissait dans les feuilles nouvelles, elle s'étalait dans les banquets de la salle Raf^che ou de Saint-Mandé. Elle était donc nécessaire ; j'ajoute qu'elle ne peut être que salutaire. Il faut des frontières à un parti qui touche au pouvoir ; et plus le parti républicain approchera do pouvoir, plus ses frontières se marqueront. L'extrême gauche a des éléments essentiellement réfractaires, incapables de discerner jamais la différence profonde qui distingue un parti de gouvernement d'un parti d'opposition. 11 y a là des tempéraments irréductibles, faits pour bouder jusqu'à la fin des temps; des vanités Intraitables que rien ne ramènera : ambitions déçues, grands talents fourvoyés, ou nouveaux venus qui trouvent qu'ils ont trop attendu ; quelques intrigants — il y en a partout — qui se sont fait le serment de devancer toutes les avant-gardes, et qui conçoivent la République comme un steepUcAewe d'insanité ; enfin, des cerveaux honnêtes, mais étroits, éternellement dupes des phrases à effet et des oripeaux révolutionnaires. Quelle République pourrait s'accommoder des fantaisies de M. Naquet? Malgré la haute respectabilité de M. Madier de Montjau, quelle démocratie régulière pourrait accepter sa direction ? Quel parti de gouvernement consentirait à mettre à sa tête le grand écrivain, le noble orateur qui a nom Louis Blanc ? Il ne se dit pas un mol, de ce cAté, gui ne détonne afTreusement avec l'ensemble de bonnes pensées et de bons vouloirs, l'esprit de sagesse et de transaction, la passion d'apaisement et de ban accord, l'humeur réglée et positive qui caractérisent l'attitude du parti républicain depuis cinq ans, et qui ont si clairement, si universellement marqué le mouvement électoral de 1876. Nous avons réussi par la politique de transaction ; c'est contre la politique transactionnelle que l'extrême gaucho fourbit ses meilleures armes et prodigue ses plus beaux moulinets. La vieille Durandal de M. Madier de Montjau rajeunit de vingt ans à frapper d'estoc et de taille des «.réactionnaires » cornue M. Lisbomie, à traiter la m^gorité républicaine

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