‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 5)Chapitre 41 sur 66 · LE MINISTÈRE DUFAURE. !8I · texte numérisé non relu

LE MINISTÈRE DUFAURE. !8I

comme si elle était la me de Poitiers, à dénoncer, avec une satisfaction qui ne se déguise guère et une impétuosité qu'une surdité croissante met à l'abri de lOQte interruption, les cinq siuëmes des républicains de l'Asserablée comme traîtres à leur devoir, à leur passé, à leur mandat. La majorité est bonne princesse: elle écoute ce virtuose " du vieux jeu » avec plus d'étonnement que de colère. Cette barbe grise qui n'a rien appris, cette vanité que rien n'a éclairée et qui propose si naïvemenl pour modèle aux générations nouvelles sa vieille déraison et sa vieille rhétorique, toutes les fautes politiques dont sa vie est pleine et la parfaite impuissance qui la couronne, tant de vide dans la pensée, tant de prétention dans la parole, enfin ce complet parti pris de n'avoir jamais le sens commun, c'est an spectacle étrange, mais peu dangereux. Le propre de cette Assemblée est son imperturbable bon sens : M. Madier de Montjau n'y fera aucun ravage. Sa Montagne, àlui, n'accouchera qne d'une souris.

Telle est la vérité sur l'extrême gauche.

La situation de l'Union républicaine est moins claire. C'est désormais celle d'un groupe intermédiaire, mal défini, rejeté vers les centres par les incartades da groupe intransigeant, partagé entre deux courants : celui qui le porte vers le pouvoir républicain, celui qui le retient du cOté des atrabilaires. L'Union républicaine contient, en nombre respectable, des éléments de gauche pure ; on a pu les dénombrer dans les derniers scrutins. Pour ceux-ci, la route est toute tracée : ils sont de gauche, ils y resteront, et les violences des tribuns de la Montagne ne serviront qu'à les y fixer. Les autres, les plus nombreux, flotteront longtemps encore. Leurs hésitations, qu'elles soient de tempérament on seulement de calcul, dureront autant que celles du cabinet. Si la majorité parfois s' oublie, c'est que le cabinet s'oublie plu.« souvent qu'il ne faudrait, La suprême sagesse consisterait à appuyer le cabinet, même alors qu'on n'en est pas content. Cette sagesse, 2S0 républicains la possèdent et viennent de le montrer. On ne peut l'attendre de tout le monde. Il y a des boutades de M. Dufaure qui mettent à la torture l'esprit de renoncement; il y a des sous-préfets difficiles à digérer... La mauvaise humeur se rattrape sur une prise en considération : les cœurs ulcérés se passent un bulle-

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tîQ bleu. C'est ainsi que sur certaines questions — et ijuand le Gouvernement n'est pas engagé — l'opposition peut, daas les gauches, recueillir jusqu'à cent voix. Mais il y a. entre les radicaux de l'Union républicaine et ceux du groupe Naquetde Montjau, cette différence que ceux de l'Union soDt gens d'esprit. Les Clemenceau, les Allain-Targé ne sont ni sourds, ni aveugles ; ils ne votent et ne parlent pas uniquemeot pour la galerie. Dans ces régions même, le grand nombre est sage et ne veut rien casser, et s'assure par avance qu'il n'y a pas d'œufs sur le chemin. Les cinquante membres de l'Union républicaine qui votèrent la motion d'ajournement imaginée par M. Gambelta, savaient à merveille qu'ils ne seraient pas suivis; et les trente rérraclaîres qui jugèrent à propos de se séparer, à ce moment-là, de M. Gambetta jouaient sur le velours, quand ils venaient grossir de leur intransigeance la majorité gouvernementale. Dans les votes décisifs, l'abstention fut le refuge des uns et des autres. Parmi les pointus eux-mêmes, il n'y en a pas vingt-cinq qui tiennent à rester pointus jusqu'ao bout. Un mot recueilli au passage, et que je crois authentique, dépeint fort bien cet état d'esprit : un des chefs de l'Union républicaine (ce n'était pas M. Gambetta) disait l'autre jour à M. Madier de Montjau, descendant de la tribune après sa pbilippique contre les modérés : « Faites des bélises, mon ami; mais n'en faites pas trop. » Ils en feront trop, tenez-le pour certain, et c'est au groupe central, à cette majorité de gauche, désormais constituée en dehors de l'Union républicaine ellemême, sans appoint ni de centre droit ni d'extrême gauche, à cette majorité que M. Gambelta a vue se former avec inquiétude, mais qui sera à lui quand il voudra, — à la seule condition d'être avec elle et rien qu'avec elle, — c'est à cette mjuorité que profiteront les inévitables escapades, les niaiseries solennelles, les extravagances nécessaires, le faux goilt et l'esprit faux de ta nouvelle Montagne.

La coUatios du grades et U loi municipale au Sénat.

Le fossé qui séparait alors la majorité républicaine delaChambn' et du Pouvoir exécutif et du Sénat élail encore asseï large pour que la sage politique dont M. Jules Ferry s'était fuit le défenseur s'imposât à tous les esprits que l'étude de notre histoire avait tant

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