‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 5)Chapitre 44 sur 66 · LE MINISTÈRE DUFAURE · texte numérisé non relu

LE MINISTÈRE DUFAURE

vitables dont se compose le gouvernement parlementaire. Elle en suivra longtemps encore de loin les plus grandes lignes : elle n'en connaît bien ni n'en vent connaître les détails intimes et les difficultés journalières. Elle a donné à ses élus un mandat de confiance; voulant fermement la République, elle s'en rapporte à leur sagesse pour la faire durer et vivre. La crise présente, aperçue et pressenlie par un petit nombre, a suipris évidemment la masse du pays et la grande majorité de la nation répablicaioe. L'optimisme robuste avec lequel on l'accueille est UD symptdme digne de remarque.

L'instinct pnblic se refuse à croire que l'aventure puisse tourner à mal. Des tiraillements, des tâtonnements, des entêtements, des éclats de vois, de part et d'autre, changeraient plus vite qu'on ne peut croire cette humeur confiante en une juste colère. La force des choses a tout mené sans doute, et la crise était inévitable; mais ceux qui ont pouvoir pour la résoudre ne doivent pas perdre de vue que le hasard a mal choisi son heure : le budget n'est pas volé, la fin de l'année approche, les intérêts elle nom de la France sont engagés dans un arbitrage européen qui est le demierespoirdesamisdelapaix du monde. Ce n'est pas le moment des luttes aigués, des batailles solennelles, des grandes scènes parlementaires : le pays n'y est point préparé.

Tel est bien le sentiment de la minorité républicaine. Il lui faudrait se henrler à des obstinations irréductibles pour qu'elle se décidât à soi-tir de l'attitude ferme et prudente qu'elle s'est imposée. I.a majorité est résolue à laisser, tant que cela sera possible, au différend qui est la cause intime et profonde de la crise ministérielle le caractère d'une querelle domestique, qui repose peut-être sur un malentendu et qu'une explication à l'amiable entre les représentants des deux pouvoirs peut aplanir sans scandale. Aussi n'a-t-on pas cru devoir recourir à l'expédient brutal et périlleux des réunions plénières; aussi a-t-on évité, dans la déclaration rédigée au nom des trois gauches, toutes les formules irritantes et jusqu'aux particules comminatoires. 11 suffit que l'ËxécuUr soit clairement avisé du parti pris qui se dresse devant lui, et qu'il sache bien qu'on n'appuiera désormais qu'un cabinet ayant fait ses conditions, un cabinet libre de ses actions, maître de ses agents et résolu à mettre en

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harmonie )e personnel administratir et judiciaire avec l'esprit de la Constitution républicaine et la pensée du 20 rëvrit^r.

Telles sont les dispositions de la majorité. Celles du ponvoir exécutif sont malheureusement beaucoup moins faciles à pénétrer Ce qui transpire de ses résolutions n'est ni précis, ni satisfaisant. Depuis six mois, le chef de l'Ëtat répète à tout venant qu'il ne peut dépasser les régions politiques habitées par M. Dufaare. Il est donc mal préparé aux nécessités nouvelles avec lesquelles il se trouve aux prises. Un ministère de droite est impossible : un ministère équivoque s'évanouirait au premier souflle : un ministère de gauche est indiqué par la force même des choses. Rien de plus clair, n'est-il pas vrai? Rien de pins simple. Mais ce qui parait simple au plus humble des parlementaires de l'heure présente, et ce que le souverain du plus récent des royaumes constitutionnels qni nous avoisinent reconnaîtrait du premier coup d'œil, n'est ni clair, ni aisé, ni simple pour M. le maréchal de Mac-Mahon. On a raison de porter aux nues sa parfaite loyauté : jamais le maréchal ne sortira des voies légales, jamais la pensée d'un coup de force n'a effleuré ni n'effleurera ce respect candide de la loi écrite qu'il tient des habitudes de sa longue carrière et de son honnenr de vieux soldat. Le maréchal de Mac-Malion est de la vieille roche en ce point important; son origine d'antique et pure noblesse; sa vie réglée autant qu'heureuse, ses goûts corrects et exclusivement mililaires, sa modestie qui va jusqu'à la timidité, tout le sépare de cette génération de sacripants militaires dont Saint-Arnaud était le type. Sa fidélité àlaconsigne procède à la fois des délicatesses du gentilhomme et de la passivité du bon gendarme. Ce trait de caractère a fait deux fois notre salut : après la Commune, en donnant à H. Thiers. dans la personne du vainqueur de Paris, un subordonné au lieu d'un maître; au mois d'octobre 1873, en jetant au travers des illusions fusionnistes l'obstacle d'un soldat qui tient h. son drapeau. Mais cette parfaite droiture, qui fait face aux gi'andes crises, ne résout rien dans les cas ordinaires. Il y faut d'autres habitudes, d'autres lumières, que le Maréchal ne possède pas, par la raison bien simple qu'il n'a jamais eu l'occasion de les acquérir. Je crains fort que toutes les dissertations sur le gouvernement parlementaire, toutes les théories de responsabilité ministérielle

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