‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 5)Chapitre 52 sur 66 · LE HÉG[HE DU IG HAÏ. 3B · texte numérisé non relu

LE HÉG[HE DU IG HAÏ. 3B

Un membre à droite. — Et le * Septembre?

M. Jules Pebry. — ... si an lieu de donner à leur pays un gouvernement durable. Us ne lui avaient donné qu'un ctief personnel et viager. [Inlerrupliom à droite.)

M. Paul de Cassachac. — Vous êtes le produit de l'émeiile et de l'insurreclion.

M. LE Président. — Laissez donc parler l'orateur.

M. Paul de CAssACNAf.. -~ Vous êtes un insurgé, monsieur Ferry.

H. LE BAHo.'s Tbistan Lambert. — Vous avez usurpé le pouvoir.

H. Pal'l de CUssagnac. — Vous êtes le complice de l'étranger.

M. LE BAHO.'S Tristan Lambert. — Vous avez reculé les élections pendant cinq moisi Vous avez brisé les conseils généraux et les conseils raiinicipaui! [Bruit prolongé à droite.)

M. J0LK8 Febky. — 11 y a deus ciioses que les inteiTuptions n'obtiendront pas de moi : elles ne m'arracberont pas une réponse....

M, Pacl de Cassachac. — Parbleu ! Je le crois bien !

M. Jules Ferry. — ... et, ensuite, elles ne m'cmpêcberont pas d'exprimer une seule des idées que j'ai le droit d'exprimer. ( Très bien! Irèt bien! à gauche. — /nterruptions à droite.)

Un membre à gauche. — Faites faire silence, monsieur le Président.

M. LE Phësidot. — Montez à ma place, et vous ferez mienx. [Rires approbfitifi à droite.) Je m'exlénue à réclamer le silence d'un cAté, quand c'est un orateur du cdté opposé qui parle.

M. Jules Febky. ^ Pai-mi les Constitutions qui, en Europe, ont réalisé, sous des formes diverses, l'association des trois pouvoirs et qui se rattachunt au type général appelé gouvernement constitutionnel, que ce gouvernement soit républicain ou qu'il soit monarchique, il y en a assurément d'incomplètes, il y en a d'obscures, il y en a dans lesquelles la limite des droits et des pouvoirs n'est tracée que par la tradition. Mais, s'il y a une Constitution claire, à ce point de vue, une Constitution sortie tout entière du cerveau de ceux qui l'ont voulue... (Exclamaiions diverses), une Constitution qui dit clairement ce qu'elle veut, une Constitution dont les auteurs sont encore vivants, c'est la Constitution du 25 février.

H. Pal'l de Cassacnac. — C'est un escamotage !

M. Jules Ferst. — Cette (Vinslitution n'a pas d'article 14.

M. BoBERT MiTCBELL. — Uaîs elle a un article S !

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su DISCOURS DE JULES FERBT.

M. JOLBB FERar. — Cette Constitution... (/nterrupfioiu #1 murmures à droite.)

Un membre à droite. — Vous ne l'avei pas même dîicutée.

H. LE PRÉsiDEXT. — Laissez, Mes&ieurs, l'orateur explii(uer sod opinion sur la CooslituLion. Tout à l'heure, le ministn; l'a fait de son cAté. Vous ne voulez donc pas de discussion ?... (firuil à drotU.) Il n'y a rieu dans ses paroles qui puisse provoquer tos iulemiplions continuelles.

M. Jules Frbby. — La Constitution de 1814 avait une fissure, qui était l'article 14. La Constitution prussienne et les autres Constitutions allemandes ., [Merruptiom bruyantes à droite.)

Les différentes Ck)n5titutions allemandes ont plus oo moins laissé dans l'ombre et dans le doute c^ette question Tondamentale, mais elle est résolue, dans les termes les plus explicites, par la Constilution du 25 février, et tout entière «lie Constitution repose sur cet article 6, le seul que l'honorable M. Paris n'ait pas voulu lire, article qui dit que les ministres sont solidaires et responsables devant les Chambres, et que le Président de la République n'est responsable que dans le cas de haute trahison. {Vive approbation et applaudutementt à gauche et au centre.)

Eh bien, quand, d'après la Constilution que l'on a acceptée et dont on doit être le gardien scrupuleux et le fidèle dèrenseur, on est déclaré irresponsable, sauf le cas de haute trahison, je dis qu'on n'a pas le droit de revendiquer un atome de gouvernement personnel. {Bravos et applaudissements à gauche et au centre.)

Autrement, il faudrait arriver à cette conséquence qae ce gouvernement personnel est irresponsable, et alors se réaliserait ce que je disais tout à l'heure : ce ne serait pas la loi, mais l'épée qui régnerait. ( Vifs applaudissements sur les mêmes bancs.)

M. GRAniER DE CissAGNAC. Ce serait le b&ton du Maréchal et

non pas l'épée qu'il faudrait ! (Bruit),

M. CaiRis. — Allons donc I Elles manquent d'originalité vos inlerruptions : c'est toujours la même chose !

M. Jules Fkebt. — L'honorable M. Paris nous fait «ne description singulière de notre Constilution républicaine, à laquelle pourtant il a longtemps collaboré et qui n'est venue au monde que contre son gré ; car c'est un père d'une singulière nature : il a fait, pour empêcher son enfant de naitre, des efforts

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snrhnmaiDS, dont nous avons tons été témoins. {Riret approbatifs au centre et à gauche.)

L'honorable M. Paris a discuté sur le droit de dissolution, sur le droit de prorogation, sur le droit de suspension, et il a conclu, en croyant faire preuve de logique sans doute, que, puisque le Président de la République a le droit de suspension, le droit de prorogation et de dissolution, il se trouve par là même investi du gouvernement personnel.

Je ne ferai qu'une réponse : c'est que dans les Constitutions monarctiiques où la responsabilité ministérielle et l'irresponsabilité royale sont le mieux établies, dans la Constitution anglaise, par exemple, qui est un chef-d'œuvre en ce genre, le pouvoir royal, qui est essentiellement irresponsable, jouit de ce droit de prorogation, de ce droit de dissolution ; mais ce droit, si le Président de la République française l'exerce, c'est par l'organe et par le hras d'un ministère rcspon&ai>\e.(Applaudiitementt.)

Voilà, Messieurs, l'évidence, le bon sens I

Un membre à gauche. — L'honnâlelé !

M. JuLKs Fbeby. —Vous avez raison d'ajouter l'honnêteté; car, si nous avions donné au Président de la République les immenses pouvoirs dont vous avez tout à l'heure présenté le tableau, sans ce correctif de la responsabilité ministérielle, nous aurions été malhonnêtes et coupables envers notre pays.

M. Paix de Càssagnac. — Vous avez élé malhonnêtes le 4 Septembre, quand vous aïei volé le pouvoir 1 (AU<ms donc! à gauche.)

M. LEPRKSirEST.— Benoncezdonc à toutes vosiuterruptions! Elles ne sont pas dtins la question ; ce sont des agressions personnelles, et voilà tout 1

M. Paul de Cassagnac. — Le 4 Septembre n'a pas le droit de parler de léf;alité I

M. LE Président. — Toutes les opinions ont le droit de s'eiprimer

M. Jow:a Fekky. — Messieurs, voilà ce que c'est que la Constitution du 29 février, et voilà sur quelles bases nous l'avons élevée ; et voilà pour quelles raisons le parti républicain, qui est un parti loyal...

Du membre à droite. — Ob ! oh !

H. Georges Pehin, se levant. — Que celui d'entre vous, Messieurs delà droite, qui dit que le parti républicain n'est pas un parti loyal, se lève. (Tris bien ! tris bien ! et bi-avos à gauche. — Vive agitation.)

38e DISCOUBS DE JULES FEIBT.

H. LE Président. — Monsieur Perin, Teuillei voua asseoir : tods n'avez pas la parole.

H. Paul de Cassacnic, se levant. — On nous provoque, Uoosieur le président.

H. LE PiiÉsiDEnT. — Il ne s'agit pas de vous, Monsieur.

M. Georcis PBBLf, toujourt debout. — Je ne veux pas troubler U séance. Je demande seulement que l'interrupteur se lève.

H. LE pBÉsiDENT. — Je VOUS prie de nouveau de vous asseoir, monsieur Perin, et je vous répèle que vous n'avez pas la parole.

M. Paul de Cassig.iac. — On se révoUe et nous n'avons pas dil un mot de ce qu'on nous attribue.

H. Geohges Pebin. — Je désire que mes paroles soient reproduites par le compte rendu.

H. lePrësident. — Vous n'avez pas la parole.

H. Paul de Cassaghac. — Nous ne pouvons pas avoir l'air de reculer devant des provocations ; mais je déclare que nous n'avons rien dit de ce qn'on nous impute.

M. Le Pboïost de Launat. — On n'a fait, de notre côté, aucune interruption de la nature de celle qu'on nous prête.

M. LE PsÉsiDENT. ~ On a prononcé In. parole qui est reprocbée...

M. Paul de Cassaghac- — Ce n'est pas moi.

M. LE PRËSiDEifT. — Non, Monsieur, ce n'est pas vous, mais on l'a dite, et en prononçant cette parole on a commis une haute inconvenance ; l'auteur de l'interruption le sait hien. Je désire que cet incident Ini serve de leçon.

Continuez, monsieur Ferry.

H. Paul de CASSAC:sAr. — Qu'on le nomme, alors, celui qui a dit cela !

M. JuLEB Fbrht. ~ C'est à deux ans de ces choses, qni sont dans toutes les mémoires, que tout à coup nous, qui avons entendu Taire de H. le maréchal de Mac-Mahon le président constitutionnel d'uneRépablique parlementai re,nous apprenons, par la bouche de l'un de ses ministres, qu'il ne l'a pas compris ainsi et que nous n'avons mis dans cette Constitution, en la personne de M. le maréchal de Mac-Mahon, que le garde et le factionnaire des partis hostiles à la République... {Applaudûsementi à gauche), et, au lieu d'une République constitutionnelle, d'une République parlementaire, si le langage des conseillers responsables de M. le Maréclial était esact, nous n'aurions constitué qu'an président, temporaire ou viager, qui serait là, dans la première magistrature de France, en vertu d'une perpétuelle capitulation de conscience. {Très bien! et applaudmementa à gauche.)

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Messieurs, l'histoire jngera la Constitution de février 187S, et je crois que le jugement qu'elle en portera ne sera pas très ditlérent de celui que je vais dire.

L'histoire dira que sans doute cette Gonatitulion était compliquée, qu'elle avait des obscurités, des pièges plus ou moins savamment ménagés, des dangers, des ténèbres; elle dira cela; mais elle ajoutera que, même avec cette Constitution, tout était Tacile si on l'eût pratiquée loyalement des deux eûtes. [Bravos et applaudiisemenU prolongés à gauche etaucenlTe. — Rumeurs à droite.)

H. Paix de Cassagrac. — Vous permettez d'insulter le Maréchal, monsieur le Président !

H. LEBABO» Trfstar Lahdert. — On attaque la loyauté du Maréchal ! (Nouveaux applaudissements à gauche et au centre.)

A druite. — A l'ordre, l'insulleur ! à l'ordre I

M. Jules Fbbey. — J'entends dire...

Nouveaux cris : A l'ordre ! à l'ordre !

M. LE PBÉsniENT. — Laissez l'orateur s'expliquer,

M. Jules Feebt. — Ce que je veux expliquer à la Chambre, c'est que le râle et la politique de la m^orité... A droite. — Retirez le mot.

H. LE COMTE P^ROCBEL. — Ces parole3-[& sont factieuses ! A droite. — Oui ! oui I — A l'ordre !

M. JuLEB Feret. — Messieurs... (A fordref à l'ordre!) J'ai dit et je répète...

A droite. — Retirez le mot! retirez le mot !

M. Jules Febbt. — J'ai dît que pour faire marcher la Constitution du 25 février 1875, une seule condition était nécessaire : la loyauté... [Applaudissements au centre. — Vives protestations à droite et cris : A l'ordre! à l'ordre!)

H. Paul de Cassagnac. — Celui qui a a£Famé Paris n'a pas le droit d'insnlter celui qui l'a sanvé !

M. LE pRÉsiDE.'n'. — Veoillez faire silence. Messieurs I A droite. — A l'ordre 1 à l'ordre ! l'inaulteur du Maréchal !

H. Jules Ferby. — Il faut bien que nous discutions... M. DE Bauduv-d'Asson. — Non ! non 1 retirez le mot d'abord ! H. LE COHTE DE Perrocbel. — Nous ne souffrirons pas qu'on insulte le Maréchal & [a tribune 1 H. LE PBÊsiDEnT. — Le respect des autorités de la République

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38S DISCOURS DE IVLEU F^BV.

et particulièrement du Président de la République est ici panrtoot le monde un impérieux devoir. {Très bien! lri$ bien! àdroiU.)

Lorsque M. Perry a dit que la condition du bon fonctionnement de la Constitution était la loyauté, je ne pense pas qu'il ail footo dire, par opposition, que le Président de la Itépublique ne l'eiéculait pas loyalement. Si telle avait pu être sa pensée, je sçraïs iMip de le rappeler à l'ordre.

A droite . — La censure I La censure !

M. LE COMTE DE Douville-Maillefeu. — Monsieur le président, consulte! la Chambre sur la censure, puisqu'on la demande.

If. LE Présideht. — Laissez su président le soin d'exercer ses fonctions.

M. Jules Febby. — Messieurs, je juge une politique représentée par les ministres qui sont sur ces bancs ; il n'y a plus de discussion parlementaire, et il faut de suite, mettant M. de Cassagnac à la tête d'un bataillon, nous jeler par les fenêtres... {Vives inlerruplioni à droite.]

H. PàtiL DB C&ssAGNAC. — Pour VOUS, la porte suflît.

M. JulesFebby. — ... si l'on ne peut pas dire que la politique du cabinet n'est pas une politique loyalement constitulioDDelle. {Applaitdissemenit à gauche.)

A droite. — A l'ordre ! éi l'ordre !

H. LE COMTE DE Maillé se lève et prononce quelques paroles qui se perdent dans le bruit.

M. Robert hitcbell. — Nous ne pouvons pas laisser insulter le Maréchal devant nous. Kous préférons quitter la séance.

M. DR Baudrt-d'As30H. — Je constate que M, Ferry n'a pas relire les paroles injurieuses qu'il a adressées au Harécbal Président de la République, et qu'il n'a pas été rappelé à l'ordre. {Bruit croissant.)

M. Jdlbs Feeby. — Ce n'est pas au Maréchal que je m'adresse : c'est aux ministres qui le représentent ici. {Piouveaux crû : A r ordre! à Cordre.)

M, LE Phésidest. — M. Jules Ferry a dégagé complètement la personne de M. te Président de la République.

M. Paul de Cassagbac. — Non, il n'a rien retiré !

M. le baron Tristan Lambert. — Vous l'avei invité & s'ezpliqner, monsieur le président, et, au lieu de le Caire, il a provoqué M. de Cassagnac !

M. LE Président. — H. Ferry a expliqué que son expression ne s'adressait pas au Président de la République, mais h. la politique mînistérielie.

A droite. — Non ! non ! — A l'ordre t à l'ordre !

M. LE Président. — Quand vous voudrez bien le permettre. Messieurs, la délibération pourra continuer.

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M. LE MINCE DE LÉON. — Nous ne pennetlrons pas à M. Feiry d'insulter le Maréchal !

H. LE Président. — Vous ne voulez pas permettre que la délibération continue ?...

H. LE PRINCE DE Léon. — Nous ne permettrons pas à H. Ferry de continuer, tant qu'il n'aura pas retiré l'insulte qu'il a adressée au Maréchal. {C'est cela/ —Tris bien! adroite!)

M. LE TicoHTE DS Bëlizal. — Nous ne permettrons pas non plus qu'on attaque la loyauté des ministres du Maréchal. lAgitatifm.)

H. Gikàult (Cher). — Voilà les défenseurs du Gouvernement !

M. LE PHÉsrDENT. — M. Ferry s'est expliqué...

M. DE Baiidrt-d'Asson. — Il n'a donné que des explications insuffisantes. Nous ne pouvons pas uous en contenter I Nous demandons le rappel à l'ordre I

M. Jules Ferry. — Messieurs, vous faites aux orateurs de la majorité une siuiatioa vraiment inextricable... {A l'ordre! à Cordre! à droite)... car nous avons à nous défendre ici contre on message du Président de la République, et il ne nous est pas permis de le discuter? ( Vives réclamaiium à droite.)

M. PaiildeCassacnac — Nousn'acceptonspasdeleçons déloyauté d'un émeutier !

M. DE Bal'dut-d'Asson. — Si H. Ferry était un membre de la droite, il y a longtemps qu'il aurait été rappelé h l'ordre.

M. LE Président. — M. Jules Ferry s'est expliqué... {îioninoni à droite.) Veuillez laisser continuer la discussion. |Ai'ordre .' à Vordre!]

M. LE VICOMTE DE Bélizal, — Qu'il retire le mot dont il s'est servi !

M. Paclde Casbagnac. — Qu'il retire le mot, ou il ne parlera pas!

M. Jules Feery. — Cest ce que nous verrons.

M. Paul de C^ssagnac. — Oui, nous le verrons. (Bruit croissnn*. — Tttmulte.)

H. LE Président, se tournant vers les inten-upteurt. — Vous vous mettez en état de révolte contre l'autorité du président...

MM. Paul de Cassagnac et de Bavdrï-d'Asson. ~ Pour défendre le Maréchal !

M. LE Président. — Vous vous mettez en état de révolte contre le règlement...

M, Paul de Cassagnac. — Pour défendre le Maréchal contre les républicains.

M. LE Président. — Vous donnez un spectacle que n'a encore donné aucune Assemblée. (Vives protestations d droite.)

Vous abusez de ce que le règlement, par respect pour le caractère du député, n'a pas voulu prévoir et n'a pas donné aa président le moyen de réprimer de pareils excès. (Applaudissemenls au cetUfe et à gauche. — Nouvelles protestations à droite.)

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Je vous invite à faire silence et à laisser continaer la dtscassion; sînoD je lèverai la séance.

A droite. — Qu'il retire le mol ! qu'il retire le mot !

H. LE Président. — Vous êtes Èi l'élat de révolte, et contre le règlement, et contre le président, et contre l'aulorité de la Chambre. [Applaudissements au centre et à gauche.)

H. Paul db Cassagnac, — Nous sommes k l'état de révolte contre l'injustice et l'outrage 1

H. LE PuÉswEnT. — Il n'y a ni injustice ni outrage : le mot ■ été expliqué.

M. Paul de CASSAonAC. — H. Ferry n'a rien expliqué ; il a fait du jésuitisme rouge. Qu'il retire le mot ou il ne parlera pas 1 (Brutl.)

M. Jules Fbrbt. — On a évidemment l'intention... {Interruplioru violenlet à droite. — Cris : A l'ordre! à l'ordre!} on a évidemment l'iatention... {A tordre! à Vordre!). après avoir mis la m^orité en accusation devant le pays, de ne pas lui laisser la parole pour se défendre. (^Nouveaux cri» : A Vordre! à l'ordre!)

La majorité a besoin d'établir... (A Vordre! à Vordre! à droite] qu'elle a pratiqué la Constitution non seulement avec une correction parfaite... [Bruit eroistant A droite), mais dans on esprit de sagesse, de transaction et de bon accord... [Trit bien! tris bien! au centre eià gauche)

H. Paul de Cassagnac. — Rendez hommage à la loyauté duHaiéchal, ou vous ne parlerez pasl

M. Jules Fekey, au milieu du bruit. — Vos clameurs'ne m'empêcheront pas de le dire assez haut pour que le pajs l'entende : la majorité de la Chambre des députés n'a jamais recherché, depuis un an, que l'harmonie des pouvoirs et l'exécution de la Constitution. {IVouvelles interruptions à droite.)

Je lis, dans le message de M. le Président de la Répubhqae, cette phrase, qui est l'unique grief sur lequel le pouvoir exécuUf a pu s'appuyer... {inierruptioni et bruit persistant à droite.)

Vous ne voulez pas écouter le message I

M. Paul db Cassagnac. — Eipliquez le mot ou retirez-le I

H. LB Pbésident. — L'orateur l'a retiré.

M. DE Bàudry-d'Asson. — Non 1 non 1 il ne l'a pas retiré ! C'éUit une injure au Maréchal et , dans les circonstances actuelles, une explication sufRsante est nécessaire.

(Un grand nombre de membres de la gauche se lèveut et sem-

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blent disposés à quitter leurs places. L'orateur lui-mâme se retire de la tribune.)

M. LK pRËsniETiT, s'adresiant à la droUe. — L'orateur ne peut continuer. Il se retire devant Tos TÎolences. {Non! non ! à droite.)

M. DB BAiDBr-D'Assoiï. — Nons constatons qu'il quitte la tribune sans avoir retiré ses paroles.

M. LE Président. — L'orateur se retire devant vos violences...

H. Pikui. SE Cassagnac. — C'est de l'indignation, ce n'est pas de la violence.

M. LE Pr^ident. — ... et le président, impuissant et désarmé...

M. Paul de Cassagnac. — Nous l'espérons bien !

H. le Présidetit. — ... ne peut qu'en appeler à la France qui TOUS regarde et fera juslice.

M, Paul de Cassagnac — Si vous Êtes désarmé, le Maréchal restera armé, heureusement!

M. Jules Fekby remonte à la tribune.

A droite. — Eipliquez vos paroles !

M. LE PsÉsmEHT, t'adressant à la droite. — Si la liberté de la tribune est violée dans la personne de l'orateur, il ne restera au président qu'à proposer k la Chambre la clôture de la discussion et à l'appeler k voter sur l'ordre du jour.

Monsieur Ferry, veuillez continuer, si ces messieurs le permettant; autrement, je consiillerai la Cbanibre.

M, RoBEHT MiTCHEU. — A la demande des ministres, par déférence pour leur demande seulement, nous permettons ft l'orateur de continuer.

M. Paul de Cassagnac. — Oui ! nous vous laissons parler, & la demande du ministère.

M. LE PaâsiiiENT. — Vous n'avez rien à permettre ici. Ne vous arrogez pas un droit que voua n'avez pas ! Parlez, monsieur Ferry.

[Le colme et le silence se rétablissent sur les bancs de la droite).

M. Jules Feekt. — Je voudrais très brièvement, et sans provoquer aucun orage, examiner cet unique grief; car il n'y en a qu'un seul qui serve de motif à la dissolution : c'est celui qui est relevé dans le message adressé au Sénat dans la séance d'avant-hier, conforme d'ailleurs au message que nous avions recule 18 mai; il est conçu dans ces termes:

« J'ai constaté qu'aucun ministère ne pourrait se maintenir dans cette Chambre sans rechercher l'alliance et sans subir les conditions du parti radical. »

Je dis, avec tout le respect qui est dû au premier magistrat de r£tat... {Exclamaliont it-oniquet à droite), ma\s e.\eciOQte la liberté qui m'appartient vis-à-vis de ses ministres gai ont contresigné le message...

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M. IX BARos DE Septe:iville. — Comment pouvei-vous parler ainsi, vous, un homme du 4 Septembre !

H. LE pBËsiDEnT. — Vous répétez constamment la même cbose! Voilà dix fois que les mots « 4 Septembre » frappent mes oreilles. Variez au moins un peu vos interruptions. (Sourirej. — 2W* bien.' très bien !)

M. Jules Febky. — Il y a sept ans que j'entends la mime chose !

Je me demande quel est ce parti radical et quelles sont ses conditions.

Je me demande où, quand, comment, depuis que celle Chambre siège. M. le Président de la République s'est trouvé dans la nécessité de rechercher l'alUance et de suhiv les conditions du parti radical, et je me demande de quel radicalisme il est question ici. (Aires à droite.)

Est-ce par hasard dans la direction des affaires étrangères du pays que le parti radical a (ait ses conditions, et que M. le maréchal de Mac-Mahon a en la douleur de le subir? Mais, Messieurs, notre courte histoire répond que cette miûorïté, que vous accusez si facilement d'être une majorité indiscrète, brouillonne, impatiente, a donné, pour tout ce qui louche aux relations extérieures de la France et à sa situation dans ie monde, un exemple extraordinaire de rései-ve et de discrétion. (Trèi bien! très bien! à gauche et au centre.)

Car, alors que, dans tous les États de l'Europe, dans tous les parlements libres, il y a eu des explications échangées entre le Gouvernement et la Chambre, cette tribune est la seule où il n'y ait pas eu de débat sur les affaires étrangères.

M. Gahbkita. — Et d'accord !

M. ioLRs Fbrby. — Et d'accord.

Est-ce davantage dans la direction des affaires militaires? Mais chacun sait que c'est M. le Président de la République qui a choisi M. le ministre de la guerre, qu'il l'a choisi en dehors du Parlement, alors que le Parlement était prorogé. Je tiens à ajouter qu'il a eu la main heureuse. (Très tnen! trèt bien! à gauche et au centre. — Bires à droite.)

Dans tous les cas, ce n'est pas sur le terrain des affaires militaires que M. le Président de la République a eu à subir les conditions du parti radical.

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LE RÉGINE DU 16 Mil. 393

Dans la dernière séance, M. le ministre de l'intérieur, poursuivant et précisant l'accusation dressée contre cette Cliambre, TOUS disait : La majorité n'a eu qu'un but, qu'une tendance, c'est d'abaisser les deux autres pouvoirs devant elle !

Ali! Messieurs, je demande à quelle crédulité publique on espère imposer une assertion aussi audacieuse. Il ne laudrait, en vérité, pour s'y laisser prendre, rien connaître de ce qui s'est passé dans le Parlement depuis les élections du 20 février.

La majorité, assurez-vous, a cherché àabaissérles deux autres pouvoii's, la présidence, par exemple.

Messieurs, je proteste au nom de cette majorité, et je crois que l'histoire dira de nous que jamais première magistrature de l'État n'avait été entourée de plus de respect, de plus de déférence. {C'est vrai! — Trèt bien! à gauche.)

A droite. — Ce sont des excuses !

M. Jules Ferby. — Oui, nous lui avions fait dans le respect universel et dans la convention tacite de ne jamais jeter son nom dans nos débats... [Nowelle approbation àgauche], pratiquant ainsi avec une loyauté scrupuleuse cette iiction constitutionnelle que nous voyons aujourd'hui si étrangement méconnue par le nouveau cabinet... [Très bien! très bien! à gauche), nous lui avions fait une situation incompamble. Nous sommes restés dans la fiction constitutionnelle avec scrupule, je dirai même avec passion.

J'en appelle à vos souvenirs. Est-ce que nous avons jamais apporté ici le nom du Maréchal?

M. Paul de CASsAcnAC. — Oui, tout à l'heure. Voua avei dit qu'il n'était pas loyal I

M. Jules Ferey. — A celle heure, il n'est pas devant la Chambre, il est devant le pays qui nous juge, lui et nous.

J'afQrme que nous n'avons marchandé à M. le Président de la République ni la déférence, ni le respect, ni ies concessions. Je puis le dire, nous avons poussé le respect de cette flciion constitutionnelle jusqu'à ne rien laisser paraître de ce qui était dans i'espril de tout le monde : je veux parier de ce gouvernement occulte dont je vous dirai an mot tout â l'heure. [Exctamaliotu à droite.)

On dit que cette majorité n'a su faire aucun sacrifice, qu'elle

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3M DISCOURi; DE IULES FEEUtV.

n'a su maintenir aucun cabinet, ni celui présidé par M. Dnranre, ni celui présidé par M. Jules Simon.

Les murs de cette salle retentissent encore de discussions qui répondent à cette accusation injuste, illégitime, mal fondée.

Nous étions arrivés ici, députés républicains, avec un programme qui comportait l'élection des maires dans toutes les communes. Pour vivre en paix et en bon accord d'abord avec M. le président, dont on disait que c'était le vœu le plus cher, et ensuite avec le Sénat, nous avons fait un grand, un pénible et douloureux sacrifice... [Riretironiquet à droite.-- Très bien! très bien! à gauche et au centre) ... et celui qui l'a demandé, à cette tribune, à ses collègues, a bien le droit de le rappeler, dans Tinlérét de la vérité et de l'bîstoirel

Nous n'avons donc pas cherché à abaisser le pouToir présidentiel; au contraire, nous l'avons tenu très haut, et si haut qu'il a eu tort d'en descendre. { Vive approbation et applaudi*sementt répété» à gauche et au centre.)

Et quant au Sénat, non seulement nous n'avons jamais établi de conflit législatif avec lui, acceptant toujours, avec une facilité que quelques-uns disent excessive, les Huendements qu'il apportait à nos projets de loi. El quand il s'est agi de cette prérogative qui touche aux entrailles mêmes du régime parlementaire, des droits financiers du Sénat, de ses droits sur le budget de l'Etat, nous lui avons fait une concession que jamais la Chambre des communes n'a faite à la Chambre des lords. ( Nouvelles et vives approbations à gauche et au centre.)

On dit que cette majorité, et c'est l'accusation qui va s'étaler sur tous les murs, si le libéralisme de M. le ministre de l'intérieur nous permet toutefois d'afficher nos candidatures...

M, Pall de Cassignac. — li n'y a pas de décret d'inéligibililé. {Bravo» et appUiudisiements à droite.)

Plusieurs membres. — Répondez à cela !

H. Jdleb Febbt... On dit que cette majorité est animée de passions subversives, qu'elle ne vise qu'à détruire toutes nos grandes institutions roilitaii'es, administratives, religieuses, financières; on dit cela avec l'autorité d'un chef d'Étal, avec l'éclat et la publicité de plusieurs messages affichés sur toutes les murailles de France.

Voix à droite. ~ Pendant viugt an>, vous n'aveï fait que cela !

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LE RËGIUE DU la MAI. 3K

M. Jules Feebt. — En vérité, les bras me tombent, permettez-moi l'expression.

Messieurs, la Fraace a vu et nous avons pu connFdtre des époques de radicalisme. Après 1848, il y eut, assurémenl, dans ce pays-ci, nne puissante esplosion, une efllorescence aboitdante et louflue d'idées oouvelies...

Voix à droite. — Les journées de Juin !

M. JuLBB Fbhey.— ... souvent dangereuses. Beaucoup d'entre TOUS peuvent s'en souvenir, et le malheur voulut alors que la France en prit peur. Mais ce n'est pas avec vos argumentations, vos accusations et vos messages que vous réveillerez la peur de ce noble pays. La France aujourd'hui n'a plus peur...

M. Paul de Cassagnic. — De vous !

M. JuLEB Febry. — Elle n'a pas peur de cette majorité qu'elle a élue ; car elle n'a pas peur de ces idées prétendues subversives et prétendues radicales qu'on nous attribue. En entendant, depuis quelques jours, ces accusations qui se produisent et se répètent avec une si singulière persistance, je pa-^sais dans mon esprit la revue de ce radicalisme qu'on ne cesse de nous jeter à la tête, et je me disais que ce prétendu radicalisme était bien plus près des idées de 1819 que de celles de 1848; je me disais que ce radicalisme est bien proche parent de ce libéralisme de la Restauration, auquel se rattache, avec tant de gloire, le nom de M. le président du Conseil.

Vousavezparlé.M. le ministre de l'intérieur, de soixante-sepl propositions qui ont été déposées ici à cette tribune. Voulezvous bien m'en citer une seule qu'on puisse qualifier de subversiveî

H. PnvL DE Cassagihàc. — Et la sappression du budf^t des cultes ! Et la séparation de l'Église et de l'État !

Voix à droite. — Et la proposition du divorce — Et l'impût sur le revenu I

M. JpLsa Fbrby. — Comment 1 dans une assemblée française, dans une assemblée éclairée et posée comme celle-ci, on ne pourrait pas parler de l'impôt sur le revenu qui fonctionne en Angleterre et en Italie! On ne pourrait pas discuter la question du service militaire réduit à trois ans, qui existe en Prusse !

On ne pourrait pas discuter, môme avec M. Naquet, la loi du divorce, qui a eusté en France sous le premier Empire jusqu'en

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JWe DlSCOtlRS DE JULES FERHV.

1816, sans être taxé de démagogie et de démence ! Mais tous vous moqaez de nons et de la France. {ApplaudwtmenU à gauche.)

Pourquoi nous accusez-vous de radicalisme? Est-ce parce que nous avons eu l'idée exlraordinairement sauvage d'organiser, pour les conseils municipaux de France, cette publicité qui fonctionne à vos portes sans danger, en Belgiqne et en Italie. depuis vingt-cinq ans?

H. DE LA BiLLuis. — Haîs ce sont des monarchies! M, JuLBs Febby. — Ou bien sommes-nous des démagc^cs, parce que. cherchant dans le passé récent de M. le président du Conseil, nous y avons trouvé une loi libérale, très libérale, très digne de la filiation libérale à laquelle lui-même se rattache, et que nous vous avons proposé de reprendre? (Kiret appi-obatift à gauche.)

En vérité, ceux qui disent ou écrivent ces choses doivent être bien convaincus que notre pays peut supporter une dose de crédulité inépuisable.

Mais, Messieurs, ces doctrines mêmes, que vous avez le tort d'appeler radicales, car elles ne touchent pas au radicalisme. — il serait plus vrai de dire qu'elles appartiennent a un libéralisme avancé, — ces doctrines ont échoué devant la Chambre, parce que celle-ci n'a pas trouvé que leur heure fût venue.

On a dit que cette Chambre avait déclaré la guerre à toutes les grandes institutions du pays.

Passons donc en revue les grandes institutions sur lesquelles elle aurait porté la main.

La Chambre a-t-elle touché aux institutions militaires? Il est vrai qu'une proposition de réduction du service miUtaire à trois ans a été faite; mais chacun sait que la commission que nos bureaux ont nommée, àla suite d'un sérieux débat, — commission présidée par l'illustre M. Thiers, — s'est livrée à une discussion approfondie, et qu'elle a conclu, à la majorité de ses membres, au rejet de cette proposition.

H. Cambetta. — Prorisoirement I (Exclamations à <bvile.) Oui,

provisoirt-ment, demandez-le & M. Keher. Il est vrai que M. Keller

est un foudre de radicalisme! [Rires approbalifi à gauche et itu

centre.)

M. JUI.E3 Feebt. — Quelle idée se fait-on, de ce cAté de la

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LE HËCIHE nu 16 MAI. 397

Chambre (l'oratenr indique le cAté droit) et sar les bancs du minislère, du radicalisme? Qu'avons-nous entendu dire, hier el aujourd'hui?

Hier, nous avons entendu parler d'un radicalisme patient; aujourd'hui d'un radicalisme latent. Mais la patience et la dissimulation, c'est précisément le contraire du radicalisme. Quand on ajourne des solutions radicales,parce qu'on trouve que l'heure n'est pas venue, ou que le pays n'est pas mûr pour les recevoir, ou qu'elles ne sont pas suffisamment étudiées, on n'est pas, en vérilé, un radical. (Applaudusementt à gauche.)

Tenez ! voilà la commission du budget, qui est présidée par un homme dont vous vous efforcez de Taire l'hydre même du radicalisme, lui, l'élu de Bellevilte, qui a demandé à Belleville, A horreur! l'élection des maires, en 1869. Eh bien, cette commission du budget, l'avez-vous vue se livrer à un travail de rénovation audacieuse, de refonte, d'utopie, sur noire système d'impôts?

U. LB COUTE DR MAILLÉ. — Elle ii'a rien fait I

M. Lanclois se lève et proleste énergiqueraent.

M. JuLBs Fbbbt. — ' Je comprends l'interruption : c'est la tactique du parti prétendu conservateur de dire aux radicaux, quand ils deviennent sages, qu'ils ne sont pas d'accord avec leur programme, de crier à la révolution et à la démagogie. (Approbation à gauche.)

M. Gahbetta. — Si M. de Maillé avait été membre de la commis- Mon, elle aurait fait bien des choses. Demandez à U. de Maillé le programme de ses réformes.

M. LE conTE HE Maillï. — On a nommé deux sous-commissiona pour examiner certaines innovations, certaines réformes financières mises en avant par la commission du budget, et nous n'en avons plus entendu parler. Je puis donc dire que la commission du budget

M. JuLss Fbeet. — Messieurs, c'est l'honneur, et le grand honneur de la commission du budget, qne certaine presse et certains partis ont entrepris de charger de tontes les iniquités d'Israël... {Jtéclamations ddroite.)

Oui, vous faites cela tons les jours dans vos joumanx.

C'est l'honneur, dis-je, de la commission du budget de ne s'être nullement attachée à des réformes h&tives, à des études stériles, el d'avoir préféré dégrever sagement, progressivement,

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daûs la mesure du possible, les plus mauvais impôts, ceux qui pèsent sur la consommation du pauvre. (Trèi bien.' trét bien à gauche et au centre.) Elle a agi comme une commission st^e, inspirée du véritable esprit de cette majorité devant laquelle j'ai l'honneur de parler.

Nous avons voulu bouleverser toutes les institutions de notre pays! Lesquelles encore? La justice? Mais, Messieurs, nous n'v avons touche que pour nous plaindre de temps en temps de certains procureurs généraux qui ne sont pas républicains, et des magistrats qui se souviennent trop des commissions mixtes et pas assez de l'exécntion des lois. A part cela, qu'avons-nous fait de subversif î

M. Gaubetta. — Ah ! il y a le projet de M. Dufaure, car nousn'en avons Jamais fait de plus radical que celui-là ! {On ri(.)

M. Jui/Bs Fbbey. — Le projet de M. Dufaure est. en eftcl. la mesure la plus étendue du radicalisme de cette Chambre, en matière judiciaire.

Voulez-vous parler des travaux publics?... 11 y a en cette grosse question des chemins de fer que l'honorable ministre de l'intérieur a eud'autanl plus grand lort de traiter si légèrement qu'il est mieux placé pour la connaître. [ApplaudUtementi et rireu à ^aucAe.] £st-ce que cette question-là, nous l'avons soumise à des investigations avcuLureuscs? Je rappellerai Ici. pour eu faire honneur àcette Chambre, aux deux côtés de cette Chambre, car la Chambre tout entière s'honoie par de telles discussions, avec quelle science, avec quel éclat elle a traité un si grave sujet, et tout le monde sait quel en a été le résultat; ce n'est pas une mesure hâtive de l'achat qui a été adoptée, mais une mesure de transaction que M. Christophie s'était chargé de réahser. Et, même en présence de l'honorable M. Paris, j'ose dire que son prédécesseur était l'homme le plus capable de mener à bonne fin cette transaction, car il s'était inspiré, avec une sincérité parfaite, des vues et des sentiments de cette majorité dont il fait partie. (Approbation au centre et à gauche.)

Enfin, Messieurs, serait-ce dans les questions religieuses... (Exclamation» à droite), notamment dans la question si délicate des rapports du clergé et de l'Ëtat, que s'est étalé l'esprit révolutionnaire, subversif, destructeur, de la majorité de cette Chambre?

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l£ RÉGIME DU IS MAI. 399

Messieurs, quand l'histoire s'occupera des faits de ce temps-ci, quand elle rencontrera les accusations contenues dans les messages du nouveau cabinet, elle se demandera : où donc est la trace de ces doctrines de subversion et de desti*uction? El quelle singulière Assemblée de radicaux que celle dont le programme, ea matière religieuse, ne dépassait pas le Concordat de Napoléon I".

Plusieurs membres au eenlre. — Il ne l'atteignait même pas 1

M. Ivhts FzBBT. — Voos avez raison de dire qu'il ne l'atteignait même pas : car notre grand efTort, l'effort que nous avions tenté, et dans lequel nous avions rencontré le concours du cabinet qui a été renvei'sé par ce concours mdmc... (Applaudùsemenls et rirei à gauche,) n'avait d'autre objet que de faire rentrer l'Église dans le temple et la société religieuse dans les limites du Concordat.,. {Riretà droite.)

Messieurs, je ne saisis pas bien le motif de vos rires.

M. Tbistah Lambert. — Voua dites : « Faire rentrer l'Église dans le temple » ; cela ne se comprend pas.

' H. EiirfEST Dhëolle. — Vous n'avez pas même le style de ces hantes questions.

M. Jules Febbt. — Je serais très heureux que l'honorable interrupteur voulût bien me donner des leçons de grand style : je Ten remercierais profondément.

M. LE Président. — Il faut être bien sûr de son talent pour adresser à un orateur de pareilles critiques.

M. Paul de Cassaonac. — On peut être juge !

H. LE PiiÉsiDE.fT. — Il ne Buflit pas d'en être sur, il faut encore être modeste. [On rit. Tris bien ! 1res bien !)

M. Jules Feert. — Vous parliez tout à l'heure, — et l'on pouvait s'attendre à cette interruption si mal fondée, — vous parliez de séparation de l'Ëglise et de l'État et de suppression du budget des cultes.

Mais, l'année dernière, ici, cette thèse a été soutenue; elle n'a rencontré qu'un très petit nombre d'adhérents, et, loin de supprimer le budget des cultes, il se trouve que nous l'avons augmenté... (Applaudittements à gauche et au centre. — Interruption à droite) et que nous avons accru, au profit des desservants de nos villages, cette prébende, déjà si considérable, prélevée sur nos budgets.

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H. Larocbe-Jovbert. — C'est vous qui êtes des cléricaux, alors?

M. Jules FtBfiKT. — Voilà quelle a été notre politique ; voilà comment la majorité de cette Oiambre a compris ses devoirs sous la règle constitutionnelle qui nous régit.

J'ai le regret de dire que le parti auquel appartiennent les honorables membres qui composent le nouveau cabinet, s'est fait du rôle du pouvoir exécutif une tout autre idée,

1,'bistoire du 16 Mai, on pourrait en retrouver très haut les origines; mais il suffit, ponr voir clair, UsufAtde se reporter ao vote de la Constitution du mois de février 1873.

Oui, à ce moment-là, les honorables membres qui suivent la direction de M. le duc de Brogile et de ses amis ont consenti à voter avec nous une Constitution républicaine ; mais ils avaient, à ce moment même, conçu la pensée de prendre pied dans la Constitution pour la détruire progressivement. (Trét bien! trèt bien!}

M. Raoul Duval. — On vous a prévenus !

TJn autre membre à droite. — On voua l'a dit !

M. Jules Fbrby. —Ils avaient conçu le plan de ae nous donner de rétablissement républicain que le mot, en gardant pour eux la réalité, c'est-à-dire le pouvoir.

Le piemier exécuteur de cette politique fut l'honorable M. Buffet. C'est dans ce sentiment qu'il présida aux élecUons de 1876, et qu'il ordonna et dirigea, on pent le dire, la chasse à tous les républicains.

Après le 20 février 1876, M. Buffet sortitdu pouvoir; maison vit clairement qu'il avait laissé garnison dans la place, sous ta forme d'un corps de fonclionnaires profondément hostiles an nouveau régime, et qui venaient, presque tous, se livrer à cette chasse des républicains que je signEilaîs tout à l'heure avec l'indignation que ces pratiques doivent inspirer à tout ami de la liberté électorale. {Très (tien! trèt bien!)

H. Edouard Lockrot. — Tout tLonnéte homme I

M. Jules Febkt. — Eh bien, ce corps de fonctionnaires, il fallait le modifier. Ce fut le cri, le cri légitime de la France entière , et les retours de pouvoir dont vous nous donnez le spectacle, et dont vous faites l'usage que nous voyons depuis un mois, justifieraient amplement, s'il en était besoin, cette prétention et notre parti. {Approbation,)

La République, arrivée au pouvoir, demandait simplement à n'être pas servie par les ennemis de la République. Ce fut là, on peut le dire, le vœu principal et la poliLique dominante de cette Assemblée, vœu bien modeste, vœu bien légitime, et surtout parfaitement loyal, qui pourrait le contester?

Un membre à gauche. — Et strictement constîLntionnel,

M. Jules Feert. — Qu'est-il arrivé? Nous avons eu ce spectacle singulier : les fonctionnaires hostiles à la République étaient maintenus, énergiquement maintenus par des influences extraministérielles. Ces influences extraministérielles je dirai tout de suite oii elles étaient : elles étaient derrière lo rideau... (Exclamations ironi^uet à droile) entourant assidûment le Président de la République, conservant sur son esprit une déplorable et désastreuse influence. (Approbalion et applauUissemenU â gauche.) Ils étaient là; ils constituaient le gouvernement occulte qui disputait à un homme aussi modéré que M. Martel, jusqu'à des suppléants de juges de paix. {Ëxclamatiom à gauche et au centre.)

Ces hommes politiques, ces conseillers, que j'ai le droit de qualifler de dangereux, — l'événement me donnera bientôt raison, — ces conseillers néfastes étaient là. ils conseillaient incessamment ; on les écoutait, et c'était un gouvernement occulte. Par ces procédés, Messieurs, car c'est là la profonde habileté de ces hommes d'État, ils avaient usé un ministre bien populaire, l'honorable M. de Marcère. [OA! oh! à droite. — Exclamatiom au centre et à gauche.)

Et comme ils ne parvenaient pas à user l'honorable M. Jules Simon, ne pouvant l'user, ils l'ont brisé... {IVouoeaux applaudistements au centre et à gauche) ; et alors, le 16 mai, le rideau est tombé et le gouvernement occulte est devenu le gouvernement ofDciel- (Appiaudissementt prolongés au centre et à gauche.)

Voilà l'histoire des deux premières épreuves dont on nous parlait hier, de ces deux épreuves que l'on qualiUait de sincères et d'infructueuses. Maintenant, on veut en tâter une troisième.

Vnevoix à droite, — C'est la bonne !

M. Jules Febbt. — C'est celle des élections générales. Eh

■ bien, nous avons le droitd'exigerquerépreuve80itsincère,sile

pays doit être appelé â prononcer entre nous et le pouvoir exé-

J. Febkt, DiKDHrt. IL 26

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403 DISCOUHS DE JULES FEBRV.

cutir : car c'est entre le pouvoir exécutif et nous que la qnestloD se pose. {Vifi applauditiementsâ gauche et au centre. — AjtplaudUsements ironiquet à droite.)

H. Paul DE CiissAGNAC. — Entre le Maréchal et la Révolulion!

H. iG LA ROCBBJACQUELBIK. — C'est loyal 1

M. Jules Febbï. — L'honorable M. de la Roquejacquelein reconnaît que c'est lovai. Je l'en remercie. Il ne peut, en effet, se rencontrer une plus loyale attitude.

Voix à gauche. — Oui ! oui 1

Vn membre à droite. — Mais c'est gfinant !

M. Jules Fbbry. — Messieurs, nous ne désirons pas la dissolution, mais nous ne la redouions pas. [Exclamations ironiqutt à droite.)

Si, au lieu de consulter l'état du pays, l'agonie â laquelle vous allez le condamner pendant trois mois, nous ne consullioDS que nos désirs personnels et le légitime souci de notre honneor politique, nous vous dirions : Vous nous jetez au visage la dissolution comme une menace; nous l'acceptons comme une délivrance! {Applaudissement* prolongés à gauche et au centre.)

M. Paul de Cassacnac. — Une délivrance de quoi ?

M. JuLBB Fbu&t. — lia délivrance de l'équivoque.

Plusieurs voix à droite. — Alors, votez la dissolution !

M. Gahbctta. — La délivrance du pouvoir personnel 1

H. DE Baudrt-d'Asson. — Cette délivrance, nous verrons bien si vos amis la voteront au Sénat I

M. Jdlbb Fbrht. — Nous avons le droit d'exiger que cette grande épreuve soit loyale et sincère. Nous l'exigerons et nons vous le demanderons, pourl'honneur du cabinet qui est sur ces bancs... {Interruptions diverses) el dans l'inlérôt du pays.

Or, j'ai le droit de dire que la .conduite du nouveau pouvoir, depuis un mois, nous permet d'affirmer, à la face du pays, que l'on ne veut pas de cette partie loyale, de ce franc jeu, le /irir play, comme disent les Anglais, et qu'on prépare, au contraire, je ne sais quelle épreuve monstrueuse, sans exemple dans notre histoire, de la candidature offlcielle, la honte et le fléau de notre pays.

H. Briedre. — Sous la dictature de M. Gambetla, avant qu'il se fût réfut^ié en Espagne, les préfets et les sous-préfets étaient candidats of ad el s. [Bruit.)

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z donc pas vos JQterru plions,

M. JcLEs FKHEr. — Le nouveau cabinet est en fonctions depuis on mois ; depuis un mois, i) lient le pouvoir et il l'exerce. Eli bien, j'ose dire qu'il ne s'est, pour ainsi dire, pas passé un jour sans qu'il ait mis la main sur un de nos droits et sur UQe de nos libertés. [Cestvrai! c'est vrai! — Très bien! tTèt bien! à gauche et au centre.) Dans ce mois de prorogation, le nouveau cabinet a montré ce qu'il sait faire.

Il n'a respecté ni le droit de réunion privée, que l'Empire lui-même avait proclamé comme un droit inattaquable et souverain, du haut de la tribune du Corps législatif.

H. Paul db Cassac.xac. — li avait tort 1

M. JuLBs Fbebt, — M. le ministre de l'intérieur s'est permis, — et je le prie de s'expliquer sur la série des actes arbitraires que je vais avoir l'honneur de lui signaler, — il s'est permis d'interdire des réunions parement privées.

A Corbeil, notamment, il a empêché un membre de cette Chambre d'entrer en communication avec ses amis. En cela. Messieurs , il a violé la loi... {Applaudûsemenfs à gauche et au centte) ; en cela, il a dépassé l'Empire, car M. de Vuitry disait à la tribune, en 1865, que le droit de réunion privée électorale était aussi sacré que le foyer lui-môme.

M. Paul de Cassagnac. — J'ai été poursuivi pour celle de Belleville.

H. Gàxbgtta. — Qu'est-ce que cela vous fait, puisque vous ne subissez pas votre peine ?

M. Jules FsaEY. — Le ministre de l'intérieur a porté atteinte à la libre vente des journaux ; il a mis la main sur une loi votée par l'Assemblée souveraine qui nous a précédés, celle de 1875.

Un membre à droite. — Vous en avez fait bien d'autres !

M. LE pRÉsroENT. — Messieurs, ne répétez donc pas constamment la même chose ! (Rires d'assentiment à gauclte.) Dites-les une fois pour toutes. (JVon / non / à droite.) Autrement, c'est trop fastidieu».

M. Jdlb3 FiRBY. — Cette loi du 29 décembre 187S portail que l'interdiction de la vente de journaux sur la voie publique ne pouvùl plus être édictée que par l'autorité adminisM'ative, comme mesure particulière contre un journal déterminé..

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40i DISCOURS DE JULES FERRV.

Qu'a fait la circulaire du ministre de l'intérieur, à la date do 4 juin 1870? Elle a imposé à ce texte légal, si clair par lni-mi>me, si clair par le débat qui l'avait précédé, la plus abominable torture. {Applaudissements à gauche.)

On n'interdit plus la vente d'un journal sur la voie publique par une mesure particulière, non, mais on interdit aux colporteurs parmesure Individuelle (le vendre le journal.

Un membre au centre. — C'est une indignilé!

M, JuLKB Fbbry. — Vous avez ramassé cette interprétation jésuitique dans les bagages de M. Baffel (ApplaudissemenU au centre et à gauche), mais elle n'en vaut pas mieux.

Qu'avez-vous fait encore? Vous avez empêché les électeurs d'écrire à leurs élus et, transfoimant, par une circulaire émanée des procureurs généraux, les juges de paix en agents de police, et de police électorale, vous leur avez prescrit de saisir les lettres que les commettants envoyaient à leurs élus. {Exclamationt et violents murm,ures d'indignation a« centre.)

M. Raovi. Duvàl. — 11 faut expliquer cette parole. Que veut-elle dire î (Jrwrt.)

M. JuLsa Fbrey. — Vous avez été plus loin : vous avez porté la main sur les manifestations les plus légitimes et les plus innocentes des intérêts atteints par vous.

Il y avait une crise; il fallait bien croire qu'elle avait quelque réalité, puisque d'un bout h l'autre du territoire les intéressés portaient plainte ! Je n'imagine pas que l'esprit de parti et la passion politique puissent s'emparer, du soir au matin, de toute la nation industrielle et commerçante. [Inlerruptions à droite.) On ne fait pas de ces miracles-la. La crise existait, les commerçants se plaignaient et ils en portaient la respectueuse expression...

Un membre é droite. — Politique 1

M. Jules Fbrey. — ... à qui? aux pieds du Maréchal- Président de la République. Mms, comme ces adresses vous déplaisaient et pouvaient peut-être nuire à votre crédit et troubler votre jeu... [Applaudissements à gauche et au centre. — Humeurs à droite) ... vous avez imaginé de transformer en inculpés les signataires de ces adresses. Cela se passe à Vienne (Isère), Monsieur le garde des sceaux, et cela se passe par vos ordres. {Nouveaux applaudissements.)

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LE BËGESIE DU 16 Mil. 405

Et h. ces commerçants, qui se plaignent modestement, honnêtement, dans des termes de la plus exquise convenance, du mal fait à leur Tortune, vous leur avez, par l'organe du juge d'instruction...

Un membre à gauche. — De trois juges d'instruclion I

M. JuLKs Febbt, — ... donné l'ordre de faire la preuve qu'ils disaient vrai et de montrer leur livres. {Exclomaiiont au centre et à gauche.)

Un membre au centre. — C'est une infamie I

Un membre adroite. — Ils exagéraient!

M. /ULE8 FKEttY, — Maïs, Messieurs les ministres, vous avez fait mieux que cela jusqu'à présent : vous vous étiez contentés d'être les émules du second empire, j'ose dire que, dans les acies du second empire que je vais vous signaler et qui est tout récent. Messieurs, car il en fleurit un nouveau tous les Jours... [Sourires ironiques à droite), j'ose dire que par cet acte vous avez dépassé les plus mauvais jours de 1852.

H. Hakstjehs. — Et ceux de 1870?

M. Jules Febkt. — Il y a un département, celui de la Haute-Loire, qui a le bonheur d'avoir pour administrateur un des amis de M. le président du Conseil, M. le baron de Nervo. Savez-vous ce qu'a fait ce préfet, pour son entrée en matière, et quel don de joyeux avènement il apporte à l'heureux département qui le possède ? L'arrêté que voici :

« Art. 1". — Sont déclarées nulles et non avenues toutes les autorisations délivrées par nous ou nos prédécesseurs... » (TVé* bien! à droite. — Exclamations au centre.)

Écoutez ! nous allons voir si vous applaudirez jusqu'à la lin.

n ... par nous et nos prédécesseurs. àrelTet d'autoriser l'ouverture des cafés, cabarets, débits de boisson et débits sur le comptoir dans le département de la Haute-Loire. » {Exclamations à gauche et au centre.)

M, Pabent (Savoie). ^ C'est de la confiscation !

H. Madier db Montjau. — C'est le respect de la propriété!

Un membre à droite. — Ce sont vos salles d'asile qu'on ferme, Toilà tout !

M. Jules Febbt. — Laissez-moi continuer.

« Art. 2. — Les propriétaires ou détenteurs desdites autori-

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4M DISCOUBS DE IULES FEIIRY.

salions ont un délai de cinq semaines â l'elTet de se foire conférer an nouveau tilre. » {Mouvement prolongé).

M. Caubetta. — C'est la confiscation rétablie ! Il y a des lois contre la conllscation.

M. CAniAGHEL, aupied de la tribune, — Ils seront responsables!

M. LE PkÉsideut, i'adresianl aux membres qui sont data CMmirycU.^ Je TOUS prie. Messieurs, de regagner vos places.

M. JuLBB Feset. — J'aflirme, Messieurs, qu'il ne s'est jamais commis en France une pei-veraion pfus efTroDlée de la loi et du ilToit...(ApplaudiMements),el ie ilemande à Messieurs les ministres de dire ce qu'ils en pensent, et s'ils connaissent cet arrêté, s'ils l'ont autorisé et s'ils s'en rendent les complices; car. s'ils s'en rendent complices en l'approavant, je leur promets que nous les en rendrons judiciairement responsables. [Bravos et applaudistemenU).

Voix nombreuses. — Oui I oui ! (Un certain nombre de membres se lèvent en applaudissant.)

Un membre à droite. — Il faudra attendre 1880!

M. Jules Febbt. ~- Messieurs, je dis judiciairement et je répète le mot, je désire iju'il soit entendu et compris.

On a beaucoup reproché. ..

' M. Granier de Cassagnac FF.nE. ^~ Et TODs, vous nous rendrez compte de tout ce que vous avez fait I

Tn membre A droite. — 11 y a encore quatre ans avant 1880 !

M. Paul de Cassagnac. — Rendez compte de Targent volé pendant la Défense nationale.

M. Charles Flocubt. — Silence ! les apologistes de la dictature et du 8 Décembre I

M. Juives Febby. — On a souvent reproché à la Chambre, et c'est un des thèmes les plus usités contre la mftjorité de cette Assemblée, le grand nombre d'annulations qu'elle a prononcées. (Rires à droite.)

Un membre à droite. — C'est le remords qiii vous fait parier!

M. Jules Febby. — Ëh bien, à la suite des candidatures officielles ainsi conduites et qui nous ramèneront ici. Messieurs... [Dénégations à droite.)

A gauche. — Oui I oui ! tous !

H. Tristan Laubert et d'autres membres à droite. — Nous verrons! nous verrons !

M. Caubetta. — Oui, monsieur Tristan Lambert, vous serez remplacé.

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(M. Trislan Lambert quitte sn place pour aller devant le banc où siège M. Gambetta et, après avoir échangé quelques paroles avec celui-ci, il regagne sou banc.)

M. Jules Fbbry. — Quand on commet de pareils abus de pouvoir, quand on s'attaque à ce que les intérêts les plus humbles ont de respectable, quand on persécute ainsi les petites gens, le pauvre monde... [Exclamations à droite), quand on fait ces choses, violant toutes les lois, ressuscitant la confiscation, sous sa forme la plus odieuse... [Héclamations à droite.)

A gauche. — Oui! oui!

M. Jules Fer&y. — ... Il y a ici des jurisconsultes auxquels je fais appel, — cela est élémentaire, — exerçant sous cette forme odieuse, inquisitoriale, persécutrice, bassetnentet petitemenl vexatoire, exerçant un pouvoir qui n'appartient à aucune autorité en France, ce pouvoir niglemenlairc que la Révolution de 1789 avait arraché aux anciens parlements; car cet arrêté. Monsieur le ministre, vous n'auriez pas vous-même le droit de le prendre ; vous n'auriez pas le droit de supprimer par un décret général, fait pour toute la Fi'ance, toutes les autorisations de débits de boissons, afin de vous faire donner, en échange de la nouvelle autorisation, la promesse de ne recevoir ni le- journal républicain, ni la circulaire, ni la personne, ni les amis du candidat républicain... [Applaudmementt à gauche et au centre.)

Quelques membres à droite. — C'est la liberté de la bouteille que vous demandez I

M. Jules Fbbby. — Je dis que, quand on pousse l'abus du pouvoir à ce degré de sans-façon et de scandale, on fait nos affaires. (Oui! oui! au centre et à gauche. — Exclamations à droite.)

Nous reviendrons ici, et nous ne nous contenterons pas, cette fois, d'annuler des élections frelatées par une candidature officielle aussi éhontée. [Oh ! oh! à droite.)

M. Gàvini. — Nous en prenons note.

M. JuLEB Feb&t. — Nous saurons montrer aux fonctionnaires de tout ordre et de tout rang, et si haut placés qu'ils soient, qu'il y a des juges en France. {ApplaudissemenU répété» à gauche et au centre. — Exclamation» à droite.)

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«e DISCOURS DE JCLES FERRY.

H. Gâvini. — II y a des gendannea aossi I

M. Jdlbb Ferry. — Le gouvernement du 4 Septembre a supprimé, permetlez-moi de lui rendre ici cet hommage, qui sera ma seule réponse à tous les outrages dont vous l'abreuvez, il a supprimé l'article 7Î) de la Constitution de l'an VIII, Vous l'avez oublié, vous, monsieur de Fourlou ! [Bravot et applaudistements.] Que ce soit ma dernière parole, si vous voulez.

A droite. — Tant mieux ! avec plaisir I

M. JuLBs Feert. — Nous TOUS disons à tous, artisans de candidatures officielles...

M. Paul de Cassagnac. — Vous n'avez jamais fait que cela, vous

M. JuLKS FsHav. — ... Nous vous donnons à tous, préfets, juges de paix, agents de tous ordre.s, cet avertissement solennel : c'est qu'il y a non seulement pour le pouvoir législatif le droit naturel de se purger lui-même en annulant les élections vicieuses, mais qu'il y a aussi des responsabilités civiles et même correctionnelles écrites dans nos lois, et que ces responsabilités, nous saurons les appliquer sans faiblesse. [Trit bien ! trh bien ! et applaudissements prolongés à gauche et au centre.)

(L'orateur descend de la tribune. Il est accueilli en retournant à sa place par de nouvelles salves d'applaudissements et par les acclamations d'un grand nombre de ses collègues.)

Le 19 juin 1877, on entendit les discours de MH. Louis Blanc et Léon Henault, orateurs de l'exlréme-ganche et du cenlre-^auche; puis, la Chambre adopta, par 363 voix, le Tameux ordre du jour doDt le dispositif déclarait « que le ministère n'avait pas la confiance des représentants de la nation ». (J. off. du 20 juin).

Le lendemain 20 juin, M. Depeyre, au nom de la Commission sénatoriale chargée d'examiner le projet de dissolution', déposait sur le bureau du Sénat un rapport qui invitait la haute Assemblée à répondre par un avis conforme aux propositions do Président de la République. L'urgence fut déclarée et la discussion s'ouvrit le 21 juin.

Victor Hugo lut une déclaration où le grand poète menaçait le Gouvernement du sort de CharlesX ; Jules Simon prit ensuite la parole pour faire l'histoire de ses rapports avec le Président de la République et avec la Chambre. II indiqua nettement que le principal grief qu'on

is sénateurs de gauche contre

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avait eu contre lui, c'était l'acceptation de l'ordre du jour du 4 mai qui visait l'empiétement d'une relifiion surle domaine civil de l'État. Il ra}ipela toutes les concessions qu'il avait obtenues de la Chambre, les résistances qiie lui avait opposées le Maréchal, au point de vue des changements du personnel administratif, dénia au ministère le droit de se réclamer de 89, car il n'avait ni doctrine, ni principes, et déclara en terminant « que la République était plus forte que ces critiques d'antichambre qui venaient de donner à la France pour quelques mois un Gouvernement ". H. de Broglie répondit, au nom de ce Gouvernement. Il justifia, d'une manière assez habile, la demande du Maréchal, en essayant d'établir que le Sénat, depuis vingt mois qu'il existait, s'était trouvé en dissentiment avec la Chambre sur presque toutes les questions importantes, et qu'à la Chambre mSme, M. Jules Simon n'était pas le véritable chef de la majorité, ce chef n'étant autre que Gambetta. Or, le Maréchal ne Toulait pas devenir » l'allié politique •> de Gambetta. Il avait averti le pays et dégagé sa conscience d'une lourde responsabilité. S'il eût fait un pas de plus, il l'eût fait contre le Sénat. « Eh bien ! quand le Maréchal a fait ce qu'il a fait, concluait H. de Broglie, vous le laisseriez seul 1 » Et il moutrail, d'un côté, le Maréchal « groupant autour de lui foutes les forces sociales, et, de l'autre, le dictateur de Bordeaux, l'orateur de Belleville ». Le pays 'i suivant le ministre du 16 Mai, ne pouvait hésiter ». Le pays, en effet, ne devait pas hésiter.

Le centre-gauche sénatorial, dans cette circonstance, ne se sépara pos du grand parti républicain, et M. Bérenger démontra l'injustice des accusations portées contre la Chambre, qui n'avait voté aucun projet de loi subversif. C'est ainsi que la séparation des Églises et de l'Étut n'avait été appuyée que par 6(J députés sur 500, et que le choix des maires de chefs-lieux de canton n'avait même pas été laissé aux électeurs ! L'orateur insista ensuite, comme M. Léon Renault l'avait fait dans l'autre Assemblée, sur l'imprudence qu'on avait commise en découvrant le chef du pouvoir exécutif, en le solidarisant avec les ennemis de la République, les partisans des coups d'État. Et. qu'arriverait- il, si la Chambre dissoute obtenait la grande majorité des suffrages? Le Maréchal serait forcé ou de gouverner sans elle ou de donner sa démission. On pouvait aboutir à. la nécessité d'un congrès et d'une revision de la Constitution qui serait faite contre le Sénat. Le lendemain, 22 juin, M. Berthauld plaida la même thèse que H. Bérenger et montra le péril d'une lutte entre la société civile et l'Église.

Ce fut H. Brunet qui se chargea de répliquer, au nom du cabinet, & ces orateurs aussi graves que modérés. Il parla dans les termes les plus violeuls, les plus déplacés, et se fit deux fois rappeler b l'ordre par le président du Sénat, M. d'Audiffret-Pasquier, pour avoir insulté M, Martel et avoir prétendu que le précédent cabiuet » avait mis en péril la dignité même du Président de la République ». Il prédit, d'ailleurs, avec une rare audace, que les électeurs ne renom-

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tlO DISUtUKS DE JULES FERRV.

meraieat pas la même Chambre. <• Lorsque nous vous eulendoiu dire que nous couroas à un échec, à vos avis nous répondons par des sourires parce que nous avons la certitude du contraire ».

H. Jules Ferry dans sa lellre parlementaire, publiée par l'ËcAo vniversel du 26 juin, apprécia avec une verfe indiquée t'atUtude du Uinislre de l'Instruction publique qu'il qualifia de « Delesvaus parlementaire <>. Voici ce curieux article :

Od ne (lira plus que le 16 Mai n'a ni hommes, ni idées, et que cette chose néfaste n'a rien produit , rien fait surgir qu'une vieille pièce déjà stfflée, reprise par de Tieux acteurs tont récemment tombés à plat. Le 16 Mai est fécond, le 16 Mai rajeunit et donne des fleurs nouvelles : on y a greffé M. Brunet.

f..e duc de Broglie se fatiguait ; sa voix était plus rauque, son geste plus bizarre, et sa muse essoufflée alignait avec plus d'effort les fleurs de rhétorique en papier peint dont elle habille sa nudité. Toutes les flcelles étaient usées, tous les vieux tours montraient la corde. Ce qui, du Eempsdu 24 Mai, pouvait passer pour un sourire, n'est plus qu'une grimace attristée, ou im symptôme d'épilepsie. Si content que l'on soil de soi-même, on recule parfois devant son miroir. Le noble duc a senti le besoin de se renforcer, en renforçant son personnel. Il avait déjà M. Paris, coname repoussoir, M. de Meaux, comme satellite.

Le farouche Alcantor, suivi du triste Arbale, mais n'égayaient pas le paysage : il s'est adjoint M. BnjneL

Tant que M. Brunet se taisait, on pouvait ne voir en lui qu'une ironie du sort, un accident, un de ces caprices de la destinée qui donnent aux Cumont de ce bas monde, en échange d'une heure de pouvoir, une éternité de ridicule. Mais M. Bronet a parlé, et, je vous le dis en vérité, M. Brunet n'est point un hasard, M. Brunet n'est point un comparse : M. Brunet est quelqu'un, ou plutôt quelque chose. Il est un pilier, il est un fondement. Le 16 Mai a toujours eu deux faces, mais l'une d'elles restait encore dans la pénombre. A présent, la médaille est complète, le Janus a ses deux visages : M. de Broglie, c'est le 24 Mai, et M. Brunet c'est l'Empire.

L'empire peut revendiquer tout entier ce magistrat de province, avisé et violent, provoquant et msé, qui fut nommé juge à Paris, puis conseiller, après avoir eu l'honneur de passer la

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niaÎD, dans les élections corréziennes, à M. Mathieu, dticureuse mémoire. L'empire, qui n'a touché à rien sans le fansser et te corrompre, est le père naturel de cette race — heureusement disparue — de Jeffries au petit pied, que nous avons vus, pendant vingt ans, jouer les matamores à la tête de U sixième ctiambre, insultant les prévenus, outrageant les témoins, apos- Irophant les avocats; hautains d'attitude, grossiers de propos, colériques et railleurs, sceptiques et malfaisants, — le contrepied , la perte et la désolation de la vraie magistrature. H. Brunet a le malheur de rappeler cette école à la tribune. C'est un Delesvaux parlementaire. C'est la même façon altière et injurieuse, c'est surtout le même tact, la même hauteur d'idées, !e même bon goût, le même art de style et de nuances. Il traite M. Jules Simon comme un habitué du Dépdt; 11 rabroue l'bonnéte et courageux M. Martel, comme un témoin à décharge ; il insinue gracieusement que M. Bércnger a un faible pour les cabarets. Le premier mot que prononce ce ministre a de la République vraiment conservatrice » est pour réhabihler le» commissions mixtes, et cela devant M. le duc Pasquier, devant M. Dufaure, devant 200 sénateurs, pour le moins, qui, de leur Totc ou de leur parole, les ont flétries t Cet orateur ministériel se fait, pour ses débuts, rappeler deux fois à la décence parlementaire. L'attitude est à la fois serrile et hautaine, le ton doucereux et provocant : dans cette tête énorme, bizarre et chauve, qui ressemble à un œuf d'autruche posé sur deux grosses épaules, dans ce teint biéme, dans cet œil impassible, il y a beaucoup d'audace, de bile et de faconde ; mais la faconde est de Brives-la- Gaillarde, et l'audace est de celles qui trébuchent et se font cingler au premier pas. Tel est l'iiomme à qui M. de Broglie réservera les sceaux de France, le jour où il aura pu mettre la main sur le seul portefeuille qu'il convoite el qu'il croie à sa hauteur : celui des affaires étrangères.

Il est sorti bafoué de la séance de vendredi. Mais ne croyez pas qu'il en soil amoindri. Ce qui a pu, au Sénat, choquer des gens de goût, & droite comme à gauche, n'est point fait pour déplaire en d'autres lieux. Le coup du 16 mai a été commencé militairement; c'est militairement que les Fourlou et les Bininet ont résolu de le poursuivre. Et, puisque les militaires se tiennent à l'écart, et que l'armée n'est plus que l'armée de la loi.

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c'est un ancien magistrat qui va jouer les Saiol-Amaud- Jevous le (lis, en vérité, M. Brunet a de l'avenir. Sans doute, il s'est montré sans talent, mais il s'est surtout montré sans scpupnles. Homme de loi, tout lui parait simple dans la violation des lois. Ni la circulaire sur le colportage, ni la fermeture en masse de tous les débits, ni les élections sous l'état de siège ne sauraient inquiéter sa conscience, ni troubler sa sérénité ; il parle des responsabilités, en homme décidé à les braver toutes, II est là pour couvrir les audacieux de sa loge, et pour prouver, une fois de plus, qu'il y a quelque chose de pire en politique qu'un soldat sans remords : c'est un magistrat sans préjugés.

Après un dernier elfort de H. Laboula.ve, qui mît en relief, une fois de plus, l'incroyable aveaglement des politiques de salon, grice auxquels le chef du pouvoir exécutif allait se trouver placé • entre une humiliation et une abdication », la dissolution fut votée par 149 vois contre (30. (Séance du Sénat du 22 juin.)

Le 33 juin, le décret de dissolution fut signé et communiqué à la Chambre, qui avait, avant de se séparer, voté 20;i millions du compte de liquidation, tout en refusant de voter la loi des conlribulions directes, afln de ne pas fournir au ministère les moyens de retarder les élections. Le président Grévy, en donnant connaissance aux députés du décret de dissolution, les remercia du grand honneur qu'ils lui avaient fait, et ajouta ces paroles : « Le pays, devant lequel la Chambre va retourner, lui dira bientôt que, dans sa trop courte carrière, elle n'a pas cessé un seul jour de bien mériter de la France et de la République. »

PériodB électorale. — Les élections du 14 octobre 1B77.

Il est permis de passer rapidement sur la période qui sépare la dissolution de la Chambre des élections des 14-28 octobre 1677. Elle fut signalée par des hécatombes de fonctionnaires. — M. de Fourtoo. en deuï mois, avait destitué 217 préfets ou sous-préfels; tous les juges de paix républicains avaient été balayés. Il n'est pas jusqu'aux inspecteurs d'académie et aux instituteurs primaires qui soient restés à l'abri desfoudres ministérielles. Par-dessus tout cela, des dissolutions de conseils municipaux, des destitutions de maires, même aussi modérés que MM. Feray d'Essonne et Rampon. Le Bulletin des Communet faisait prévoir une série de dissolutions, si la nouvelle Chambre déclarait la guerre au Maréchal ; l'autorisation de vendre les journaux était refusée aux colporteurs qui distribuaient les journaux républicains ; les condamnations pleuvaient sur la presse et tous les ressorts de la candidature officielle se tendaient comme aux beaux temps de l'Empire. Nais le parti républicain ne se laissa pas troubler. Il conserva une admirable discipline, observant le mot

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LK RÉGIME DU 10 MAf. dl3

d'ordre de n'opposer aucune candidature à celles des 363 députés qui avnienl voté l'ordre du Jour de déflance.

Les factions monarchiques, au contraire, uvaient refusé d'adopter un programme identique qui eût englobé tous les candidats réactionnaires sous la rubrique équiïoqne de i< candidats conservateurs ». Royalistes et bonapartistes s'invectivèrent h l'envj, en étalant au grand jour leurs prétentions et leurs préférences dynastiques. Les impérialistes donnèrent même l'êdiliant spcclacle d'une polémique violente entre M. Houher et M. de Cassagnac, tandis que le Figaro attaquait H. de Broglie, en lui reprochant d'avoir fait le 16 Mai Il s'il ne voulait pas employer la force >>; cet organe bien pensant ae respectait mSme pus le général Berthaut, ministre de la guerre, que H. de Saint-Cenest qualifla de u chef de bureau allenjund », noyé dans ses paperasses an moment du danger. On essaya vainement de couvrir ces dissidences en faisant voyager le Maréchal à travers la France, mais il s'en fallut de beaucoup qu'il rencontrât partout un accueil enthousiaste. Plusieurs villes comme Tours, Bourges, An^ouléme refusèrent les crédits deslioés à recevoir le chef de l'État. D'autres, par l'organe de leurs magistrats municipaux, exprimèrent tout leur dévouement pour les institutions républicaines. Déconcerté sans doute par les etfets de ce contact Vjirect avec le peuple, le Maréchal dut plusieurs fois se défendre, comme dons le discours prononcé à Bourges le 2S juillet, de subir » l'inlluence occulte qu'on a appelée le Gouvernement des prêtres* ». Cette connivence du 16 Mui avec le parti clérical n'en était pas moins afllrmée par les discours de bienvenue des évéques et par le pape Pie IX lui-mémo qui, dans une allocution aux pèlerins français, engagea vivement les électeurs français à faire choix de députés exempts de l'esprit de parti et •< unis avec le Gouvernement ».

Mais une autre voix s'éleva bientôt pour parler à la France et lui dicter son devoir ; ce tut une voix d'outre-tombe. La 3 septembre, il. Thiers s'était éteint subitement à Sainl-Germain-en-I.aye. Paris lui fit, le 8 septembre, des funérailles magnillques et M. Mignet publia, quelque temps après, la circulaire que le grand homme d'État se proposait d'adresser aux électeurs du IX" arrondissement de Paris. Ce testament politique résumait l'histoire du pays pendant les six dernières années, justifiait les actes du premier Président de la République, dévoilait les intrigues des partis monarchiques, l'impuissance des coalitions criminelles et la nécessité de la République. Il Qélrissail Coules les illégalités commises par le régime du 16 Mai, montrait « la libre circulation de la pensée arrêtée sur tous les points, la librairie, le colportage, les chemins de fer forcés de se rendre ix discrétion... et tous les fonctionnaires, les plus étrangers h la politique, frappés à la fois pour intimider les citoyens qu'on révolte et qu'on n'intimide pas », M, Thiers rappelait ensuite où avaient conduit la France les prétendus sauveurs de la société, et

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