V. le Journal officiel du Î8 juillet
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^U DISCOURS DE JULES FERRï.
iiolatnment Nopoléon III qai, apv^s avoir conllsqué à la fois tontes les liberléa, avait cherché dans la guerre un refuge contre cet libertin renaissantes. Il concluait en faisant du respect de la souxeraineté nationale et de la forme républicaine, son expression nécessaire, « la seule fin sa^^e et utile que la nation dût imposer à la crise ».
Ce beau morceau d'histoire eut un légitime retentissement, mais il s'adressait plutdt aux penseurs qu'aux couches profondes do peuple. 11 n'en était pas de même du discours qu'avait prononcé Gambetta & Lille, le IS août. Il contenait la formule deTenue cêl^b^e : « Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, uroyez-Ie bien. Messieurs, il faudra se soumettre ou se démettre. ■ En faisunt condamner l'orateur à trois mois de prison et deuK mille francs d'amende par le tribunal correctiounel pour complicité d'offense envers le Maréchal et ses ministres, le Gouvernement ne réussit qu'à grandir la personnalité de GambeLta.
Le Président de la République commit une faute suprême en lançant, le {V septembre, un manifeste aux électeurs, dans lequel, sortant de son rfilc constitutionnel, il réclamait des « élections favorables à sa politique « et afllrmait l'intention « de désigner parmi les candidats ceux qui pounUient s'autoriser de son nom h. Dans l'éventualité d'élections hostiles, le Maréchal promettait de " rester an poste où la Constitution l'avait placé, pour défendre avec l'appui dn Sénat, les intérêts conservateurs et pour protéger énergiquemenl les fonctionnaires fldèlcs qui, dans un moment difllcile, ne se sont pas laissé intimider par de vaines menaces ». Comme si ce premier manifeste ne suTUsait pas, le Maréchal en fit afficher un second le 12 octobre, deux jours avant l'ouverture du scrutin, et l'appel dn Président devenait presque un ordre : « Vous voterez pour les candidats que je recommande à vos libres suffrages. »
La France répondit, !e it octobre 18*7, en nommant .lITrépoblicains contre i 99 candidats oflkiels. Par rapport à la composition de la Chambre dissoute, les gauches ne perdaient que 36 sièges. Sur les 59 réactionnaires élus qui ne faisaient pas partie de l'ancienne législature, 21 étaient bonapartistes, là légitimistes, 2i monarchistes sans couleur déterminée et i orléanistes. Au ballottage du 28 octobre, les candidats ofllciels obtinrent huit sièges et les républicains quaLn. En résumé, les républicains revenaient au nombre de 318, sans compter les colonies, et les réactionnaires au nombre de 208,
M. Jules Ferry s'était présenté dans l'arronilissement de Saint-Dié (Vosges). Voici sa profession de foi, qui doit être miseàcété deceUe de M. Thiers et des discours de Gambetta :
Mes chbbs Cohoitotbhs,
La paix la plus profonde régnait dans le pays ; la Conslitulioo républicaine fonctionnait régulièrement; le sol nouveau s'affer-
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- LE ftËCIHE DU m MAI. 415
laissait de jour en jour. Un ministëif;, à la fois républicain et conservateur, en possession d'une imposante majorité parlementaire, poursuivait lentement, mais sûrement, l'œuvi-e de régénération politique et administrative que la République est tenue d'accomplir. Le Gouvernement et la Chambre venaient de s'unir dans un vote solennel, pour opposer aux manifestations cléricales, qui pouvaient mettre en pMl notre sécnrité extérieure, la barrière et le frein des lois. L'Europe libérale nous entourait de ses sympathies. C'est ce moment que M. le Président de la République a choisi pour congédier ses conseillers, rappeler an pouvoir les auteurs du 24 Mai, remplacer un ministère parlementaire par un ministère de minorité, composé d'orléanistes militants, de cléricaux incorrigibles, de bonapartistes résolos, et présidé par un homme dont le nom, profondément impopulaire, résume à lui seul toutes les intrigues, toutes les rancunes, toutes les entreprises réactionnaires et monarchiques contre lesquelles la République a lutté pendant cinq ans. Quel est le motifde ce coup de théâtre qui a jeté la France dans la stupeur, porté aux intérêts industriels et commerciaux un préjudice irréparable, arrêté brusquement toutes les affaires, et soulevé, dans l'opinion européenne, un concert de réprobation, de railleries et de défiances ?
Les nouveaux conseillers de M. le Président de la République ont essayé de l'expliquer dans un Message qu'ils ont lu à la tribune, qu'ils ont fait afQcher dans toutes les communes de France, mais qu'ils se sont empressés de soustraire à la discussion publique, en suspendant les séances des deux Chambres pendant un mois. *
Nous vous avons fait parvenir les protestations dressées par les républicains des deux Assemblées contre une mesure qui méconnaît l'esprit, sinon la lettre, de la Constitution républicaine et qui tend manifestement à en fausser l'application.
Mais le Message ,contresignépar M. le duc de Broglie, renferme une série d'allégations qa'il est impossible de laisser sans réponse. Notre conduite est déligurée. nos intentions sont calomniées et méconnues, les faits les plus éclatants sont mis en oubli. Ne pouvant reprocher aucun acte précis à la majorité républicaine, oo lui fait un procès de tendances.
On dit que cette majorité n'a voulu donner son concours ni
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416 DIRCOUBS DE JULES FEHIIV.
au ministère présidé par M. Dufaurc, ni â celui de M. Jules Simon. Et, comme si l'on avait conscience de la vanité de c« plumier grief, on igoute que la Chambre des députés est animée de passions subversives, et qu'elle ne vise à rien moins qu'à bouleverser de fond en comble toules nos institutions militaires, judiciaires, administratives el fmanciéres.
Ce sont lit, chers concitoyens, des prétextes frivoles, auxquels vous ne sauriez vous laisser prendre.
La majorité du 20 février 1876 a su faire à l'accord des pouvoirs de l'État tous les sacrifices que le patriotisme lui commandait. Ses actes importants ont tous été marqués de cet esprit de conciliation et de sagesse pratique que nous vous avions promis d'apporter dans la conduite des affaires publiques. Pour éviter à notre pays, affamé d'ordre et de paix, les troubles et les périls d'une crise ministérielle et gouvernementale, nous avons, en mainte occasion, fait taire nos plus justes griefs, sacrifié nos opinions personnelles, contenu, au risque de compromettre notre popularité électorale, les impatiences les plus légitimes de nos commettants. Au ministère Dufaure. qu'on nous accuse de n'avoir pas soutenu, n'avons-nous pas accordé une loi sur la nomination des maires, qui demeurait assurément fort en deçà de nos vues propres et de celles du pays? Et, quand te ministère de M. Jules Simon vint traiter devant nous la grave et délicate question des droits du Sénat en matière budgétaire, n'avons-nous pas, cette fois encore, préféré le possible à l'absolu, la conciliation à la rupture?
Quant au pouvoir exécutif, qui se découvre imprudemment, nous avons le droit de dire bien haut que nous ne lui avons marchandé ni les respects, ni les concessions. M. le Président de la République n'était ni notre élu, ni celui de la nation. Mais nous l'avions accepté sans arriére-pensée, comme la Constitution elle-même, et nous lui avons fait, dans la déférence universelle, la place la plus haute que pût souhaiter le premier magistrat d'un pays libre. Rigoureux observateurs de la loi constitutionnelle, jaloux d'écarter des débats parlementaires la personne et le nom du Chef de l'Étal, nous n'avons pas seulement respecté ses droits, nous avons ménagé ses scrupules, tenu compte de ses attachements, et cette majorité républicaine, que l'on dénonce comme ingouvernable, a poussé l'esprit de
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concorde jusqu'à supporter en silence l'ingérence, irrégulière mais quotidienne, d'un véritable cabinet occulte, qui tenait en échec le cabinet légal et parlementaire, surveillait tons ses actes, épluchait tous ses choix, défendait enfin pied à pied, avec une obstination dont les ministres successifs ont éprouvé la puissance, un personnel administratif et judiciaire condamné par la logique du nouveau régime et par l'opinion du pays.
Mais, dit-on aussi, cette majorité est radicale; ce n'est pas l'esprit de gouvernement, c'est l'esprit de révolution qui l'anime : elle a résolu de détruire a toutes nos'grandes institutions •>.
Où sont les preuves? Dans quel ordre de faits la majorité républicaine s'est-elle montrée révolutionnaire?
Est-ce dans l'ordre militaire? Mais, quand on lui a proposé de réduire à trois ans la durée du service, la Chambre des députés a nommé dans ses bureaux, après de longs et sérieux débats, une commission qui conclut, comme chacun sait, au maintien du statu quo. Est-ce dans l'ordre financier ? Mais l'accord n'a cessé de régner entre la Commission du budget et le ministre des finances ; cette Commission n'a proposé aucune nouveauté fiscale, et elle se montre beaucoup plus soucieuse d'alléger progressivement le poids des plus mauvais impOts que d'en refondre tout le système. Est-ce dans l'ordre judiciaire? La majorité n'y a touché que pour se plaindre des procureurs de la République qui ne sont pas républicains, et des magistrats qui réservent pour l'Empire déchu leui's regrets et leurs espérances. Quant à cette loi sur la presse que le Message de M. le duc de Broglie reproche à la Chambre d'avoir votée, et qui est le prétexte de la crise actuelle, savez-vous, mes chers concitoyens, que c'est la même loi dont, il y a six ans, le même duc de Broglie se faisait le rapporteur éloquent et convaincu?
Est-ce enrin dans l'ordre religieux, que la majorité s'est montrée révolutionnaire? La m^orité est, en ce point, plus encore qu'en tout antre, vraiment l'image du pays. Résolument anticléricale, elle n'a pas dépassé dans ses exigences les limites du Concordat ; justement elTrayée des menées ultramontaines, elle entend que l'Ëglise reste dans l'Ëglise et défend énergiquement l'Ëtat laïque contre tout empiétement, mais la majorité répûblicsûne n'a ni refusé, ni menacé le budget des cultes ; non