‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 5)Chapitre 58 sur 66 · V. XOfficitt du 26 mars · texte numérisé non relu

V. XOfficitt du 26 mars

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M. JcLBs Fkert. — Messieurs, j'ai l'honneur lie déposer snr le bureau de la Chambre ane proposition de loi tendant à la suppression des sous-préfectures de Sceaux et de Saint-Denis, pour laquelle je demande l'urgence.

Je viens, Messieurs, vous exposer en deux mots l'élat de cette affaire que le 16 Mai a malheureusemenl interrompue eo cours d'instruction et de réalisation. {Rumeurs à droite.)

Vous vous rappelez, Messieurs, que la dernière Chambre avait voté noe proposition de loi tendant à la suppression des . deux sous-prëfeclures de Sceaux et de Saint-Denis, à la réunion de ces deux arrondissements et à la création d'un administrateur unique, résidant à Paris. La proposition fut transmise an Sénat, et la commission sénatoriale y fil un accueil favorable. C'est le texte de la commission sénatoriale, que j'ai l'honneur de vous soumettre. La question allait aboutir, lorsque, dans la séance du 1" mars 1877, plusieurs sénateurs rëciamèreat une enquête administrative. I^e ministre accepta cette demande d'enquête, et l'enquête fut faite dans le courant du mois de mars. C'est ce qui m'a permis de dire que le 16 Mai avait reculé de quelques mois, au détriment des intéressés, la solution de cette question.

Vous comprenez que t'ni^ence d'une solution est manifeste, car aujourd'hui les sous-préfeclures et l'administration des deux arrondissements ne figurent plus au budget ; financièrement, elles ont cessé d'exister, et pourtant, légalement, elles existent encore. La proposition de loi a pour but de mettre un terme à cet élat de choses ; elle est, je le répète, la reproduction textuelle des dispositions que la commission sénatoriale avait

Je demande l'urgence. (Approbation à gaxtche et au centi-e.)

M. LE pBÉsuEnT. — Je consulte la Chambre sur la déclaration d'urgence.

(L'urgence est mise aux voix et déclarée.)

Nous passerons sous silence les incidents de la politique intérieure qui signalèrent l'année 1878, en rappelant seulement d'un mot l'ouvei'tui'e de l'Exposition universelle (1" mai) que Paris célébra avec un enthousiasme extraordinaire, comme. un triomphe de la paix et de la civilisation.

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LE SECOND HIMSTËRE DDFAUtlE. 475

Programme ■ ràpnblicaini.

Vers le mois d'août 1878, on commença à s'occuper de la préparation des élections qui devaient avoir lieu pour le renouvellement du tiers des sénateurs au début de l'année suivante. Déjà le parti républicain avait gafiné beaucoup de terrain, au point de vue de la composition des conseils généraux, puisque la majorité s'était déplacée à son profit dan» un grand nombre d'assemblées départementales. En août 1S7R, il pouvait revendiquer 54 présidents contre 36 de nuance réactionnaire. Il importait aux chefs du parti démocratique de faire du Sénat la citadelle de la République. GambeltA et J. Ferry étaient naturellement désignés pour parler aa pays, et ils apportèrent dans cette campagne leurs tempéraments si différents et leur égale activité.

Au mois de septembre, Gambetta prononça, ù. Romans, dans la Drôme, un disours qui eut un grand retentissement. Après s'être proclamé « un ministériel résolu et décidé «, l'orateur esquissait à grands traits un programmé politique, passant en revue presque tontes les questions à l'ordre du Jour : il demandait notamment la réforme du personnel administratif, la suppression des jurys mixtes, la restitution à l'État du monopole de la collation des grades; il soutenait, en outre, qu'il fallait appliquer, dans les rapports de l'État avec l'Église n tes lois, toutes les lois et supprimer les faveurs ». Sans réclamer la suppression de l'inamovibilité de la magistrature, Gambetta désirait que le corps judiciaire •' légué par un gouvernement criminel et corrompu » fût soumis & une nouvelle ïuvesiitnre.

Dliconrt de Saint-Rémy.

H. Jules Perry, peu de temps avant la convocation des conseils municipaux pour ta nomination des délégués sénatoriaui', prononça, lui aussi, nn discours, dont le caractère était essentiellement patriotique et que traverse le grand souffle de nos aïeux de la première République. Ce discours fut adressé, le 6 octobre 1878, aux Vosgiens venus à Saint-Rémy pour inaugurer le monument élevé, au moyen de souscriptions privées, en l'honneur des braves, morts, le 0 octobre 1S70, en essayant de repousser l'armée allemande qui arrivait par les vallées de Senones et de Celles. Après H. Sadoal, conseiller général, représentant la municipalité de Saint- Denis, et le préfet des Vosges, H. Jules Ferry prit la parole en ces termes :

L'acte civique que noDs accomplissons en ce moment n'est pas seulement une «Jette sacrée qae nous payons à la mémoire

u 37 octobre 187B, les élections déflnilives

lit DISCOURS DE JULES FERRÏ.

des morts ; il est, par-dessus tout, chose utile et salutaire aux vivants. Il est bon de nous ramener en ces lieux, d'oii se sent, d'où se louche, en quelque sorte, la plaie toujours saignante au flanc de la pairie... Et parmi nos prospérités renaissantes, an milieu de nos joies pacillques et si bien gagnées, il ne messied pas de réveiller des souvenirs qui doivent & jamais nous tenir en garde contre nous-mêmes et nous préserver de ce double écueil : l'oubli du passé et la présomption.

Notre histoire, qui compte tant de dates tragiques, n'en a pas de plus lugubre que ces temps d'octobre 187(1 : après la honte de Sedan, à la veille de la trahison de Metz, quand toute organisation militaire avait péri, quand tout ordre semblait effondré, quand cet échalaudage de charlatanisme et de mensonge qu'on appelait le second Empire [Braooif] venait de s'écrouler d'un seul coup, ne laissant après lui que le néant, quand ta France, à qui l'on avait juré qu'elle avait des généraux et des armées, des soldats et des canons, beaucoup de canons, beaucoup de soldats, — 7SO,000 hommes disponibles, disait-on orriciellement, — ne trouvait à mettre en Ugne sur cette barrière des Vosges, que les maréchaux de l'Empire n'avaient pas un instant songé à défendre, qu'une poignée de jeunes gens, mal armés, poinL instruits, mal commandés, luttant en héros sur ce plateau funèbre et dans des liourgades ouvertes, comme Raon el Rambervillers, des gardes nationaux, n'écoutant que leur vaillance et mourant bravement sur des barricades improvisées. [Applaudissements.)

Heure sombre, heure fatale, mais dont la France vaincue a le droit-de parler avec fierté. Car ce tronçon d'épée brisée, la seule chose qui lui restât de l'héritage de deux Empires, la France le ressaisissait dans les débris et le brandissait de ses mains sanglantes, — et ces conscrits, ces enfants sans organisation, sans armes de précision, sans artillerie sérieuse, tenaient pendant sept heures en échec les cohortes disciplinées et victorieuses de Werder. Il y avait là des Lorrains de la plaine et des Lorrains de la montagne. Il y avait là les mobiles des Deux- Sèvres, dignes flis de ces Vendéens de 1792 qui furent les premiers, l'histoire l'a noté, à courir sus aux baïonnettes prussiennes sur la butte glorieuse de Valmy. Pendant sept heures ils tinrent bon, accrochés k ces bois que voilà; le rapport, dg

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