‹ Discours et opinions de Jules FerryChapitre 101 sur 130 · Journal officiel du >'I juin · texte numérisé non relu

Journal officiel du >'I juin

LE CHEMIN DE FER J»U SAINT-GOTHARD. 33i»

convention fat ensuite soumise, ne manqua jias de l'encourager, et le puissant homme d'État qui dirigeait sa politique vit là roccasion d'élablir une communication ferrée entre les forteresses des bords du Rhin et les sources du Tessin, pour permettre aux troupes prussiennes d'être transportées en une nuit jusqu'à Venise. Dans la séance (lu Reichstag, en date du 24 mai 1870, M. de Bismarck, à l'appui d'une demande de subvention pour le chemin du Saint-Gothard, présentait les considérations qui suivent :

((....Des nécessités politiques exigent la création d'une route reliant l'Allemagne à l'Italie.

(( Il a fallu de graves circonstances, des circonstances mûrement pesées pour amener le Gouvernement au désir inaccoutumé, je pourrais même dire sans précédent, de proposer à la Confédération et à des gouvernements voisins une demande de fonds vraiment énorme en faveur d'une ligne de chemin de fer, située non seulement en dehors de la Confédération du Nord, mais en dehors même de l'Allemagne. Les considérations qui ont décidé le Gouvernement à cette démarche inusitée sont, je le crois du moins, tellement évidentes, elles ont été si bien exajninées, elles sont en partie de nature tellement délicate que je vous prie de me dispenser de vous les énuinérer encore une fois publiquement. {Très bien! très bien!)

((.... On ne peut penser à mettre en comparaison les avantages que le Saint-Gothard présente sur le Spliigen ou le Splûgen sur le Saint-Gothard, quand on songe aux intérêts que l'Allemagne, et surtout l'Allemagne du Nord, a dans l'alïaire du Saint-Gothard.

«....Pour nous, le principal est d'avoir une communication directe avec l'Italie, qui est notre amie, et qui, je l'espère, l'est pour longtemps. >>

Il ne s'agissait donc pas seulement d'une question commerciale, mais d'une question politique, qui pouvait aboutir, selon la remarque de M. de Kératry, à une violation du traité de Prague. Comme remède, M. Estancelin engageait vivement la Chambre à donner la subvention nécessaire pour terminer les travaux du Simplon, et M. Mony, l'auteur de l'interpellation, demandait au Gouvernement de perfectionner les voies navigables du midi de la France. Quant à M. de Gramont, le ministre des Ati'aires étrangères, il était plein de confiance dans la neutralité de la Suisse, et trouvait très inotfensif le projet do M. de Bismarck. Ce n'était pas tout à fait l'avis du ministre de la Guerre, le maréchal Lebœuf, qui voulait bien admettre (ju'au point de vue stratégique, la ligne du Saint-Gothard, quand elle serait ouverte, changerait un peu les conditions militaires enti-e la France et les pays voisins ; que même l'équilibre militaire en serait légèrement modifié; mais ((avec 400 hommes il se chargeait de détruire la nouvelle ligne ». C'est alors que M. Jules Ferry prit la parole et prononça ces paroles prophétiques :

M. Jules Ferry se lève pour parler.

340 DISCOURS ET (H'IMONS.

Voix 7iombyeiisc>i. La cîlùturc ! la clôture !

M. 1.E PRÉSIDENT Sc.HNKiDKU. — Je dois consulter la Chambre sur la clôture.

M. Jules Ferry. — Messieurs, j'ai le droit de parler après un minisire, et je prends la parole non pas contre la clôture, mais pour répondre à M. le ministre des Afîaires étrangères.

Je précise la question de mon honorable ami, M. de Kératry, et je demande à M. le ministre des AtTaires étrangères de nous piouver qu'avant l'interpellation de l'honorable M. Mony. le Gouvernement français avait entamé avec le gouvernement fédéral les négociations que lui commandait le juste souci des intérêts du pays. Qu'on nous apporte une dépêche, qu'on nous produise une pièce qui montre que la France est intervenue comme partie au contrat : c'était son droit...

M. LE COMTE d'Aygiesvivks. — Il fallait payer alors !

M. Jules Ferry. — Le droit de la France est partout où elle a un intérêt. [Réclamations.) Et si vous ne votilez voir dans le traité du 15 octobre 1869 qu'une question de chemin de fer, si h's discours du Reichstag de la Confédération du Nord, dont on vous a lu les extraits tout à l'heure, ne vous ont pas ouvert les yeux, c'est que vous êtes toujours la même majorité qui a laissé l'aire Sadowa. [Vives réclamations et cris : A l' ordre I)

Vous voulez qu'on me rappelle à l'ordre, et moi je vous rappelle au patriotisme. (Nouveaux cris : A l'ordre ! à l'ordre !)

M. LE PRÉsniENT SCHNEIDER. — Monsieur Ferry...

M. RoLLE. — Votre langage n'est pas patriotique !

M. LE BARON ZoRN DE BuLACH, avcG Vivacité. — l'our(iuoi ces insultes continuelles à la majorité? Nous ne pouvons pas les tolérer.

M. LE PRÉSIDENT SciiNEiDER. — Monsieur de Bulacli, n'interrompez pas et permettez au président de faire son devoir.

M. Jules Ferry. — En vérité, je suis surpris de trouver M. de Bulach parmi mes adversaires !

M. LE BARON ZoRN DE BiLACH. — Je ne suis pas votre adversaire pour ce que vous avez dit tout à l'heure : vous avez raison, mais n'attaquez pas sans cesse la majorité !

M. I^ELMONTET. — Les paroles de M. l'erry sont un outrage à la Chambre!

Nouveaux cris. — A l'ordre ! à l'ordre !

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