LE DEI5MER MINISTÈRE DE L'EMPIRE
Et entre l'état de guerre et Tétat de siège, la différence principale est celle-ci...
Un membre à droite. — Mais nous la connaissons! [Réclamation à gauche.)
M. DE JorvE.NCEL. — Pour moi, je ne la connais pas et je désirerais la connaître.
M. LE COMTE DE IvÉRATUY. — L'état de siège est contre les citoyens.
M. DuGiÉ DE LA Fai'con.xerie. — Contre les ennemis de l'intérieur!
M. Eugène Pelletax. — Les ennemis de l'intérieur sont ceux qui livrent la France à l'étranger et ({ui refusent d'armer la cité.
M. Jules Ferry. — L'état de guerre, tel qu'il est défini par la loi de 1791 elle décret de 1863, a pour caractère principal de donner à l'autorité militaire tous les droits et tous les pouvoirs que nécessite la défense militaire.
Je n'ai pas besoin de vous faire passer sous les yeux les articles qui constituent à cet égard une loi de prévoyance complète, faisant face à tous les dangers de l'état de guerre.
Mais qu'est-ce que l'état de siège, messieurs?
M. le comte DE La Tocr. — On ne peut pas discuter cela!
M. Jules Ferry. — Est-ce une variété de l'état de guerre ? ne le croyez pas, messieurs. L'état de siège, c'est la suspension des libertés les plus essentielles, c'est le droit de livrer les citoyens aux tribunaux militaires, en les enlevant à leurs juges naturels; c'est le droit de perquisition et d'arrestation illimité... {Réclamations à droite), le droit de suppression des journaux ; en un mot, c'est la dictature contre l'insurrection : eli bien, je sais que nous sommes en état de guerre et dans une grande guerre; mais je défie qui que ce soit d'oser dire, après ce qui s'est passé depuis deux jours, que nous soyons en état d'insurrection. {Vive approbation à gauche.) Si on le disait, je ferais appel à ceux qui ont pu voir hier l'aspect de Paris et des abords du Corps législatif. [Oh ! oh !)
M. le comte de La Tour. — • Est-ce qu'une partie de la Prusse n'est pas en état de siège ?
M. Jules Ferry. — Que celui-là donc se lève, qui osera dire qu'il a entendu sortir de cette grande foule qu'anime, à celte heure, une seule pensée, un seul délire, le délire du patriotisme... (Très bien ! très bien ! autour de r orateur. — Réclama-
364 DISCOUHS ET OPINIONS.
linns adroite), un seul ci'i de sédition, un seul appel insurrectionnel.
M. LK PRKSiDKM ScHNEiDER. — Je rappelle à M. Ferry qu'il a demandé la parole pour jioseï- une question, et (pi'il n'y a jias lieu à de longs développements.
Plusieurs membres à gauche. — C'est la question même !
.M. Ga.mbktta. — F.a Chambre écoute, monsieur le président.
M. Jules Ferry. — Je dis, messieurs, et j'afiirme que de ces immenses foules parisiennes que vous ne connaissez pas, il n'est pas sorti d'autre cri que ce cri patriotique et généreux : Des armes ! des armes!
J'ai vu, messieurs, messieurs les questeurs ont vu comme moi, à un certain moment le maréchal Baraguey d'Hilliers traversant à pied la foule, et tous ces braves gens lui pressaient les mains, touchaient ses vêtements en lui demandant des armes ! des armes ! {Murmures à. drolle.) J'en suis témoin, messieurs.
M. LE BARON EscHAssERiAi x. — Ils Ont iusullé la Chambre à l'issue de la séance.
-M. Gambetta. — C'est la population de Paris qui saura le mieux vous défendre.
M. Jules Ferry. — Messieurs, le moment est trop grave, pour se payer d'artilices oratoires et de vaines formules.
Je vous l'atteste sur mon honneur et sur ma conscience, cette population de Paris que je connais mieux que vous, n'a (pi'nn cri, n'a (luun vœu : des armes ! des armes pour repousser l'étranger. {Assez ! assez !) Si donc Paris n'est pas en insurrection, je demande à quoi sert l'état de siège ? à quoi servent ces régiments qui seraient beaucoup mieux à la frontière ? {Très bien ! — Applaudissements ù gauche).
Eh quoi ! Messieurs, l'ennemi a repoussé une de nos armées, et vous gardez ici 2oÛUU hommes, pour servir vos fausses et folles terreurs ! Eh bien! laissez-moi vous le dire, en terminant; ce sont là des terreurs qui ressemblent à une trahison vis-à-vis de la patrie ! {I\'ouvelle approbation à gauche).
VoLr à limite. — L'ordre du jour! l'ordre du jour!
M. le MiMSTHK PRÉsn)ENT LK CONSEIL d'État se lève pour parler. {Ne répondez pas! ne répondez pan! — L'ordre du jour! C ordre du jour !)