LES SÉMINARISTES
M. LE PRÉSIDENT Schneider. — Je vais consulter successivement la Clianibre sur les demandes d'urgence qui viennent d'être présentées; d'aboid sur celle qui s'applique à la proposition de M. Girault, laquelle ne porte que sur un point spécial, et ensuite sur celle qui est relative au projet de M. Ferry, qui est complexe et s'adresse à deux catégories de personnes.
Je consulte la Chambre sur la demande de M. Girault, (L'urgence n'est pas déclarée sur la proposition de M. (iiiaiilt.) M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER. — Maintenant je consulte la Chambre sur la proposition de M. Ferry.
(L'urgence est déclarée sur la proposition de M. Ferry.) On n'était plus au temps où les propositions des députés de la gauche étaient rejetées avec le plus injurieux dédain*, La majorité comprenait instinctivement quelle part de responsabilité elle avait dans tous les malheurs du pays; mais, dès que des nouvelles de la frontière paraissaient un peu plus rassurantes, les hommes de l'Empire revenaient à leurs anciennes habitudes d'intolérance et
1. La Ghauii)re n'hésitait pas à nommer M. Jules Ferry rapporteur de projets de loi importants, par exemple de cekii qui autorisait la Ville de Paris à prélever 5 millions sur les ressources du budget extraordinaire de 1810, pour venir en aide aux lamilles dont les soutiens étaient appelés sous les drapeaux. Dans la séance du 11 août {Journal officiel du 15), M. Jules Ferry présenta le rapport suivant:
M. Jules Ferry, rappoitcur. — Messieurs, le Gouvernement vous demande d'autoriser la Ville de Paris à prélever une somme de 5 millions sur les ressources du budget extraordinaire de 1870, pour venir en aide aux familles dont les soutiens sont appelés sous les drapeaux.
La Commission, à laquelle ce projet de loi a été renvoyé d'urgence, vous propose de l'adopter.
La dépense est de celles qui ne se discutent pas: elle constitue une dette sacrée de la patrie.
Quant aux voies et moyens, les bons que la Ville de Paris a été autorisée à émettre, parla loi du 23 juillet 1870, jusqu'à concurrence de 63 millions, pourront largement y pourvoir.
Ces 63 millions étaient destinés à des travaux d'édilité indispensables, mais que la crise nationale a nécessairement suspendus. Une seule œuvre réclame, à cette heure, tous les l)ras comme toutes les âmes : le salut de la France.
Paris est le cœur de la nation; connue il est le gardien delà liberté; il saura être, à la face du monde, le rempart de l'indépendance. (A/oîit'e?He?îZ sur plusieurs bancs à droite.)
La Conmiission v^us propose l'adoption de la proposition suivante :
« Article unique.— La Ville de Paris est autorisée à prélever une somme de 5 millions sur celle de 63 millions que l'article 30 de la loi du 23 juillet 1870 l'a autorisée à se procurer, au moyen de l'émission des bons de la caisse municipale, pour l'exécution de travaux neufs, et à employer ladite somme de 5 millions à venir en aide aux familles de Paris dont les soutiens sont appelés sous les drapeaux. »
Le Corps légistatif adopta, séance tenante, le projet de loi, à l'unanimité de 259 votants.
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rtM'inaient lu bouche à leurs adversaires. C'est ainsi fjur, dans la séance du 16 août, le ministre de la Guerre ayant annoncé que les Prussiens avaient dû échouer dans leurs tentatives pour couper la li^ne lie retraite de l'armée de Metz et qu'une armée considérable allait avant jïeu donner la main à l'armée de Metz « et se trouverait fout naturellement sous les ordres du maréchal Bazaine, le véritable, le seul général en chef de l'armée du Rhin », la majorité let'usa d'entendre M. Jules Ferry qui voulait parler de la singulière proclamation de l'Empereur, par laquelle il annonçait, sous la date du 14 août, aux habitants de Metz son départ dans la direction de Verdun. Voici comment le Journal Officiel^ rapporte cet incident :
M. Kkller. — Messieurs, voici le troisième jour que notre armée livre bataille à l'ennemi; nous attendons tous de ses nouvelles avec ime espérance mêlée d'anxiété.
M. CocHERV. — Avec espérance, mais sans anxiété.
M. Keller. — Sous l'empire de ce sentiment, je ne comprendrais pas que nous puissions nous livrer à des délibérations ordinaires. Je propose à la Chambre de se déclarer en permanence et de suspendre tout débat jusqu'à ce que M. le ministre de la Guerre ait pu nous apporter des nouvelles décisives sur le sort de la bataille. A mes yeux, nous serions des Byzantins si nous avions le courage de discuter en de pareils moments.
M. Glais-Bizoin. — Non ! C'est exagérer la situation. Nous jtouvons délibérer avec calme.
M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER. — M. le ministre de la Guerre a la parole.
S. Exe. M. LE COMTE DE P.VLiKAo, ministre de la Guerre. — Je n'ai qu'un mot à répondre.
11 n'y a pas eu ce qu'on peut appeler une bataille ; il y a eu des engagements partiels dans lesquels, pour tout homme qui a le sens militaire, il est incontestable que les Prussiens ont non pas subi un grand échec, — ce n'est pas une victoire pour nous, — mais à la suite desquels ils ont été obligés d'abandonner la ligne de retraite (il' la rmée française. [Moj'que s unanime >< de satis faction.)
Il y a des détails dans lesquels, vous le comprendrez tous, messieurs, je ne puis entrer ici. [Oui! oui! Passez!)
J'ai fait connaître à quelques-uns de MM. les membres de la Chambre, en les leur mettant sous les yeux, des dépèches télégraphiques que j'ai reçues ce matin. Ces dépêches ne sont pas officielles, mais elles me viennent d'une source qui, ordinairement, les rend pour moi très bonnes et très sûres ; elles me viennent de la gendarmerie. {Très bien! trèfi bien!)
Ces dépêches, je les ai fait voir, je le répète, à plusieurs membres de la Chambre. Elles disent que dans l'alfaire qui a eu lieu, et sur laquelle on ne pouvait encore donner de détails, les Prussiens se sont rabattus sui- Commercy. Les ennemis ont dû, évidemment,