‹ Discours et opinions de Jules FerryChapitre 111 sur 130 · LES SÉMINARISTES. 37I · texte numérisé non relu

LES SÉMINARISTES. 37I

essuyer un échec, puisque, voulant couper notre ligne de retraite de Metz, ils ont été obligés, après trois ou quatre affaires successives, de descendre vers Gommercy en se retirant.

Voilà les seuls renseignements qu'il m'est permis de donner à la Chambre. {Très bien ! très bien !)

J'ajoute que nous désirons que la Chambre ail la plus grande confiance en ce qui se fait à l'armée. [Oui! oui!)

Je l'ai déjà dit, je ne peux pas entrer dans certains détails. [C'est évident! c'est évident!)

Nous constituons, en ce moment-ci, une armée considérable qui pourra donner avant peu, je l'espère, la main à l'armée du Rhin, et qui se trouvera tout naturellement sous les ordres du maréchal Bazaine,, le véritable, le seul général en chef de l'armée du Rhin. {Très bien! très bien!)

M. Glais-Bizouin. — Il ne faut plus dire, s'il en est ainsi, que la patrie est en danger.

M. LE iiiMSTRE DE LA GUERRE. — Je demande à la Chambre si elle a besoin de me retenir plus longtemps dans cette enceinte.

De tontes parts. — Non ! non !

M. Creizet. — Pas plus que M. le ministre de l'Intérieur!

M. Jules Ferry, de sa place. — Je demande à faire une simple observation.

Sur 2)hisiews bancs. — Non ! non! C'est inutile!

M. Jules Ferry. — La déclaration de M. le ministre est accueillie par nous tous et sera accueillie par le pays tout entier avec satisfaction : car on avait vu avec stupéfaction, et j'ose dire avec indignation qu'une proclamation...

Sur un grand nombre de bancs. — Assez ! assez ! L'ordre du jour! Quelques membres à gauche. — Montez à la tribune, monsieur Ferry !

M. Jules Ferry, à la tribune. — Je répète que l'opinion tout entière avait vu avec étonnement et indignation deux actes : l'un consistant en une proclamation aux habitants de Metz, proclamatiort.que je m'abstiens de qualifier... [Assez! — L'ordre du jour ! — A rord7'eI à l'ordre.)

M. LE PRÉsiDEiS'T SCHNEIDER. — Monsieur Ferry, je vous avais donné la parole pour présenter une observation; mais, dans ce moment-ci, vous avez à faire des déclarations qui n'ont rien de commun avec ce que nous avons actuellement à discuter. [Marques nombreuses d'assentiment.)

M. Jules Ferry. — Je vous demande pardon...

372 DISCOUHS ET OPINIONS.

A droite cl au centre. — A l'ordre ! à l'ordre ! M. LK PRKSioENT ScHNEiDEU. — Je ne puis vous maintenir la i)arole sur ce terrain.

M. Jrr.HS Fhrhv. — On a toujours la parole pour répondre à un miiiisUe.

M. LE pRÉsn)ENT Scii.NKiDER. — Il n'y a pas ici à répondre ;i un niinistie.

Sur un grand nombre de bernes. — Vous avez raison ! L'ordre du jour! l'ordre du jour!

M. Jules Feury. — Mais, monsieur le président...

M. LE PRÉSIDENT ScH>'EU)ER. — Devant la manifestation de la Chambre je vous engage à ne pas insister. On demande l'ordre du jour.

(L'ordre du jour est mis aux voix et prononcé.)

M. Jules Ferry, toujours à la ù'ihune. — Messieurs!,..

Voix nombreuses. — Vous n'avez pas la parole! A l'ordre! à l'ordre!

M. LK COMTE DE LA ToiR et d'autres membres à droite et au centre. — Soyez Français! [Agitation.)

M. LE PRÉSIDENT ScuNEiDER. — Monsieur Ferry, en présence de la manifestation persistante de la Chambre et du vote qui vient d'être rendu, je ne puis pas vous maintenir la parole. [Très bien! très bien!)

M. Jules Ferry. — J'en conclus...

Cris répétés. — A l'ordre ! à l'ordre !

(M. Ferry descend de la tribune. — Une certaine agitation règue dans l'assemblée.)

La parole fut donnée ensuite à M. de Forcade pour lire le rapport de la Commission qui avait été chargée d'examiner d'urgence les propositions : 1° de M. Jules Ferry relative aux jeunes gens des classes 1865 et 1866, et aux dispensés en vertu de la loi du 31 mars 1832; 2» de M. le baron Reiile et de plusieurs de ses collègues, relative aux anciens militaires, mariés ou veufs avec enfants.

Le rapporteur reconnut que la loi du l'^'" février 1868 sur la garde mobile n'avait été déclarée applicable qu'aux célibataires ou veufs sans enfants (des classes 1865 et 186(i) et qu'elle ne concernait pas les jeunes gens de ces classes qui, jtar l'exonération, avaient fourni un soldat à l'armée. Il ajoutait qu'il n'était pas juste de maintenir cette exception, lorsque tous les hommes de 2o à 35 ans, célibataires ou veufs sans enfants, étaient appelés sous les drapeaux,

I,E$ SEMINARISTES. 373

alors même qu'ils avaient fourni des remplaçants dans l'armée active.

Mais, tandis que M. Jules Ferry voulait incorporer dans Farniée active les jeunes gens exonérés des classes 1863 et 1866, la Commission proposait seulement de les incorporer dans la garde mobile. Sur le second point (dispense du service militaire, par application des paragraphes 3, 4, JJ et 6 de l'art. 14 de la loi du 22 mars 1832), la commission était d'avis de maintenir les causes d'exemption établies par les lois de 1832-1868, et de ne pas appliquer la loi du 10 août 1870 aux citoyens âgés de 23 à 33 ans qui se seraient déjà consacrés à l'exercice des différents cultes reconnus par l'État, soit pour l'éducation des entants, soit pour le service religieux. En conséquence, la Commission proposait le projet de loi suivant :

« Article premier. — Les jeunes gens des classes de 1863 et 1866, célibataires et veufs sans enfants, qui ne font pas encore partie de la garde nationale mobile, y seront immédiatement incorporés.

« Art. 2. — Les anciens militaires âgés de moins de 43 ans, même mariés avec enfants, ou veufs avec enfants, peuvent être admis, comme remplaçants pour tous les citoyens appelés sous les drapeaux par la loi du 10 août 1870.

« Art. 3. — La présente loi sera exécutoire à dater du jour de sa promulgation. »

Après le vote des deux premiers articles, M. J. Ferry demanda la parole et s'exprima ainsi :

M. Jules Feeey. — Ma proposition se composait de deux articles ; le second a été rejeté par la Commission; je voudrais expliquer à la Chambre, en le reproduisant sous forme d'amendement, quelles ont été les raisons qui m'avaient déterminé à le présenter.

M. LE PRÉSIDENT Schneider. — M. le rapporteur a fait connaître les motifs pour lesquels la Commission n'a pas adopté votre amendement.

M. Jules Ferry. — Je voudrais donner à la Chambre quelques explication^ sur ce point.

Plusieurs voix. — C'est voté !

M. Jules Ferry. — Cela ne peut pas être voté, puisque la Commission ne l'a pas proposé.

M. LE RAPPORTEUR. — C'était à l'occasion de la discussion générale que vous pouviez présenter des observations à ce sujet.

M. Jules Ferry. — C'est un amendement que je propose.

371 DISCOUHS KT OPINIONS.

M. I.K PRKSiDKNT Sr.HNKiDKH. — C'est iiii amendement qui formerail, alors, un article 3?

.M. .lihKS Ferry.— Parfaitement.

l'iitsifiirs voix. — Parlez ! parlez !

M. Jules Ferry. — Un seul mot, messieurs... {Aux voix f aux voix I)

M. LE PRÉsu)KNT Sr.ii.\EU)ER. — M. Ferrv demande la parole pour soutenir le pai-agraplie qu'il avait présenté et qui n'a pas été adopté parla Commission. {Par l.^z! parlez.')

31. JuLHS Ferry. — La Chambre peut être assurée que je n'abuserai pas de son attention. Je ne veux pas me livrer ici à une discussion, puisque votre résolution paraît formée, mais la Chambre comprendra que je ne puis pas abandonner, sans mot dire, une disposition qui, dans ma pensée, avait son importance puisque j'en avais fait l'objet de l'ai'ticle 2 de ma proposition de loi.

Je tiens seulement à dire qu'en présentant cette disposition, je n'ai nullement été poussé par le désir de faire à des sentiments et à des institutions respectables une sotte querelle. Je respecte infiniment tout ce qui doit être respecté et avant tout la conscience de mes concitoyens et de mes collègues. 11 ne sortira pas de ma bouche une parole qui puisse blesser la conscience de qui que ce soit. {Parlez !)

Mon intention a été celle-ci : je n'aurais pas proposé mon projet de loi si la loi était restée dans les termes mômes de l'article qui a été voté. L'art. 2 de la loi du 10 août 1870 ne comporte en etïet aucune exception. C'est la levée en masse, dans l'acception la plus large des- termes. Ce qui m'a déterminé à présenter à la Chambre la proposition qui est aujourd'hui t'ii discussion, c'est une déclaration de Thonorable M. de Forcade, le rapporteur de la première Commission. Il vous a dit à l'une des dernières séances que la Commission n'avait entendu présenter l'article 2 que sous les réserves et les exceptions édictées par l'article 14 de la loi de 1832.

-Ma proposition a pour but de faire disparaître toutes ces réserves, toutes ces exceptions, toutes ces distinctions. Je proposais de faire rentrer dans le droit commun aussi bien les membres de l'instruction publi(|ue que les séminaristes, de

mettre les séminaristes et les instituteurs au-dessous de vingtcinq ans dans la garde mobile, de faire, en un mot, que cette levée en masse qui doit mettre debout tous les citoyens, ne s'arrêtât à aucune catégorie de personnes.

La Chambre paraît bien résolue à ne pas entrer dans cette voie ; je n'insiste pas ; seulement, je la prie de considérer qu'au moment où une nation armée, que dis-je, une nation? une race ennemie, se jette tout entière sur nous, il n'est peut-être pas fort opportun d'établir des catégories et des privilèges parmi les citoyens.

Je n'en dis pas davantage. [Très bien ! à gauche.)

M. LE PRÉsmE.NT SCHNEIDER. — M. Ferry n'insistant pas, il n'y a pas lieu à discussion.

M. Jules Ferry. — Je ne retire pas mon amendement ; je demande à le lire et que la Chambre soit consultée. [Aux voix ! aux voix !).

M. Keller. — Je ne veux pas répondre à M. Ferry, qui parait avoir lui-même renoncé à sa proposition. Je demande seulement à émettre un vœu : c'est que la porte soit ouverte plus largement qu'elle ne l'est aujourd'hui à tous ceux qui s'offrent comme infirmiers et comme aumôniers. {Assetitiment.)

Des centaines d'hommes sont tout prêts à exposer leur vie sur le chani]) de bataille pour le soin des blessés. Ils ne réclament ni litre ni indemnité. Les bureaux de la guerre ont opposé Jusqu'à présenta ces dévouements une résistance fâcheuse : qu'à l'avenir, la porte leur soit ouverte à deux battants : ce sera répondre au désir ardent du clergé, dont personne ici ne conteste le zèle patriotique. (T/'ès bien! très bien!)

M. LE PRKsrDEXT SCHNEIDER. — M. Ferry a demandé à donner leclure de son amendement ; la Chambre sera ensuite consultée.

M. Jules Ferry. — Voici les termes de l'amendement :

« Sont également soumis aux dispositions de l'article 2 de la loi du 10 août 1870, tous les citoyens qui ont profité des dispositions des 3°, 4°, 5° et 6" de l'article 14 de la loi du 21 mars 1832. »

M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER. — Je cousulte la Chambre sur l'amendement de M. Jules Ferry.

(Le Corps législatif, consulté, n'adopte pas l'amendement.) M. LE RAPPORTEiR donne lecture de l'article 3 :

Page 1