KISCOIKS KT OI'IMO.NS
fahi-iqiifs lie IKlal. ri voici coninieiit M. le mpporteiir, qui est hoiiiiiir «lu iiK'-ticr. explique ce daniier.
Il (lit : connue il n'y a pas en France de fabriques d'armes de )auMTe autres que relies de l'Élal, le nombre des ouvriers armuriers se trouve limité jtar cette situation même, de sorte (pic la lilterté de création de urandes fabriques d'armes de ■jiiei're, faisant concui'rence aux fabriques de l'État, n'aboutirait qu'il une conséquence: enlever à ces fabriques leurs ouvriers, et, i)ai' conséquent, élev{>r le prix de produit, sans augmenter la ([uanlité produite.
Voilà roiijecfion dans toute sa force; je n'ai pas cbercbé à l'affaiblii-.
J'y réponds par un fait sur letjuel j'appelle le témoignage des hommes compétents qui sont ici, et particulièrement de mon iionorable collègue et ami M. Dorian, qui l'attestera à la Chambre. Les ouvriers des manufactures de l'État sont des engagés militaires; ce sont des soldats qui donnent à l'Étal, sous forme de service industriel, ce que le reste de la nation donne sous forme de service militaire... [Interruptions.)
M. i.K HAiiON i)K SoiBEVRAN. — Ce ii'est pas exact : tous ne sont pas soldais.
M. LK r.OMTK ('.ii.\RPiN-l''KrGEROLLES. — Non, pas tous!
M. Jules Ferry. — Pas tous, mais en immense majorité. [Dénégations à droite.)
M. LE BARON DE SouBEYRAN. — C'est une erreur de fait.
M. Jules Feriiy. — Je maintiens le fait, sur lequel pourront s'expliquer tout à l'heure des personnes tout à fait compétentes ; je dis que l'immense majorité de ces ouvriers appartient à l'armée, et qiu' ce n'est pas en temps de guerre que ces ouvriers s'exposeraient à briser les liens qui les rattachent à l'armée, par l'appât d'un haut salaire. L'objection tombe devant cette seule réflexion. Au point de vue économique, messieurs, l'argument n'est pas plus solide. Que vous dit le rapporteur? Que l'industrie privée s'appliquerait, de préférence, à fabriquer des armes de luxe, c'est-à-dire des armes plus chères que celles que foin-nil rindiistrie de l'État à l'armée nationale, et que, par consé(pient fabriquant des armes plus chères, elle pourrait donner de plus hauts salaires.
LOIS M1FJTAII5ES. 3S3
Messieurs, économiquement parlant, ce n'est pas exact, par cette simple raison que la fabrication des armes de guerre destinées aux troupes régulières, et la fabrication des armes de luxe, que les gens riclies pourraient seuls acquérir, ne peuvent se comparer quant à la proportion de leurs produits. La production des armes de luxe sera toujours un infime élément de la production générale, et en ce moment surtout elle serait tout à fait sans action sur le cours des salaires sur le marché. [Très bien ! à gauche.)
A ce double point de vue, économique etmilitaire, l'objection qui m'est opposée est mauvaise, et je n'hésite pas à déclarer qu'elle est futile, monsieur le rapporteur, jusqu'à ce que vous m'ayez réfuté.
J'arrive à l'importation : le commerce des armes de guerre est également interdit, il est interdit de la manière la plus formelle, sauf pour l'exportation.
La loi de 1860, qui s'était llattée de rendre à l'industrie armurière quelque vie, ne lui avait donné la liberté qu'à la condition d'une autorisation pi'éalable, et seulement pour l'exportation.
Aujourd'hui la situation est singidièrement renversée. C'est j'imagine l'exportation îles armes qu'il faut interdire et l'importation qu'il faut encourager.
Pourquoi M. le rapporteur et la Commission ne veulent-ils pas que l'importation soit libre?
Il n'y a, dans le rapport, messieurs, qu'un seul argument : il est exposé avec beaucoup d'art, je le reconnais : il est tiré de l'unité d'armement.
On déclare que la libre importation des armes de guerre en France y introduirait des armes d'une vai'iété extrême ; que la variété des armes entraîne la variété des cartouches, et qu'il peut y avoir, en certains cas, dans celte variété d'approvisionnements, un véritable péril ; on peut, en cas d'erreurs, se trouver avoii* dans les mains des fusils et des cartouches qui ne soient pas pour ces fusils.
Aussi, dit M. le rapporteur, faut-il conserver dans l'armement un certain ordre, et c'est ce qu'il api)elle l'unité d'armement.
Messieurs, il y a beaucoup de choses à répondre à cette objection. Une première réponse, c'est que l'armement français
381 hlSCOlUS 1:T iil'lMONS.
osl tivs loin. ;'i riinirt' {|u'il csU de celle unité (jue vous rêvez l»oiir lui : il rxislc à llicure qu'il est sept ou huit types dilïérenls dans raimée française.
J"aioute (jue le péril, si! existe, s'il i)eut se présenter dans certains cas, si l'erreur dont vous parlez est possible, ce péril ne doit pas enli'cr en balance avec la nécessité où nous sommes d'armer les Ijras de tous les citoyens, et je dis que cette prétendue unité d'armement, en l'état actuel des choses, c'est en réalité l'unité de désarmement; c'est le contraire du patriotisme et du Iton sens. {Très bien ! à gauche.)
Messieurs, le droit individuel de s'armer, au temps où nous sommes, c'est un droit naturel, un droit primordial. Il est inconcevable et incompréhensible que les habitants des provinces envahies, à l'heure qu'il est, s'ils ont une arme de jiuerre chez eux, s'ils ont plus de deux kilos de poudre pour leur défense, commettent un délit, sont en état de rupture de ban avec la société, puissent être amenés en police correctionnelle : cela est pourtant, messieurs ; une telle situation est une sorte de barbarie indigne du temps où nous vivons; c'est un excès de réiilementation qui nous abaisse, qui nous alTaiblit, ipii nous met en péril...
A i/auchr. — Très bien !
M. Ernest J'icard. — Et qui nous livre !
M. ,lri,i:s Feruv. — Voilà pour l'armement industriel. Et au point de vue de l'armement ofticiel de la nation, au point de vue des ressources de l'armée, est-ce que l'état actuel est sulfisant? est-ce que la liberté d'importation ne vous rendrait jias d'immenses services? Vous avez entendu M. le ministre de la Guerre dire hier : Je ne demande pas mieux que d'acheter tous les fusils qu'on me présentera, à condition qu'on y ajoute un certain nombre de cartouches.
Or, pour (pie l'on i)résente à M. le ministre de la Guerre des fusils de l'étranger destinés à compléter l'armement français insuffisant, ne faut-il pas que l'entrée de ces fusils puisse se faire, ne faut-il pas qu'elle soit libre, ne faut-il pas que la barrière soit levée ? Nous arrivons donc à la nécessité de lever la baii'ière ; mais ici la Commission nous arrête et dit : Pour cela, il faut s't'u rapporter au Gouvernement, le Gouvernement
lèvera la barrière, il permettra l'importation, il entrera en négociation avec la fabrication étrangère, il fera le nécessaire par la voie administrative et bureaucratique ; il armera la France dans le temps voulu, c'est-à-dire tout de suite.
Est-ce que c'est admissible, messieurs? Il y a à cela toutes sortes de difiicultés et (['inconvénients ; je vous les signale, parce qu'ici je raisonne froidement, sur le terrain des faits, de l'industrie et du commerce, et je me flatte ([ue mes paroles pourront faire une certaine impression sur vos esprits.
Voyons ! Vous voulez que l'État organise, quoi? Comment cela s'appelle-t-il dans le langage diplomatique ? Ce n'est pas autre cliose qu'une immense contrebande de guerre organisée |)ar l'État et par ses agents.
Je dis que c'est périlleux, au point de vue diplomatique; et c'est pour cela même que l'industrie doit être mise à la tête d'un commerce qui se concilii' difficilement avec les devoirs de la neutralité. Je dis que vous ne pouvez pas poser en principe que l'État se fera contrebandier d'armes de guerre ; et non seulement cela ne vaut rien, au point de vue international, mais j'ajoute que, au point (h' vue commercial, l'État est le plus mauvais des acbeteurs et le plus incapable des commerçants.
Tous ceux qui approcbent de l'administration militaire, qui connaissent les affaires du ministère de la Guerre, vous diront que les achats faits par le ministère à l'étranger n'ont pas été heureux en général ; l'État est facilement trompé dans ces sortes d'alïaires, et on lui vend trop souvent de cette nature de marchandises qu'on appelle vulgairement de la camelotte. L'État est donc un mauvais actjuéreur. Je ne veux pas en donner toutes les raisons, il faudrait pour cela entrer dans le détail de beaucoup de vices qui sont malheureusement inhérents à notre administration militaire.
Messieurs, l'industrie libre seule est propre au commerce des armes de guerre ; c'est l'industrie privée qui peut seule faire affluer sur le marché français les armes dont nous avons besoin. Vous ne sauriez imaginer combien de difficultés rencontrent au ministère de la Guerre les négociants français, qui offrent au Gouvernement des armes achetées à l'étranger, j'en pourrais citer plusieurs exemples; je pourrais vous dire, parce que je le sais, et que je suis autorisé à i'afflrmer à la
38r. DISCOURS ET OPINIONS.
Ii-ihiinr. i|ir;i riiPiiro qu'il csl, il va un armurier de Paris qui onV(! au Gouvenienieul 20 000 chassepols. On n'en veut pas! Jf pourrais vous citer un autre fabricant, bien connu de phi.^ii'urs membres de celle Cbambre, qui a oHert des armes au minislère de la Gueri-e, et qui n'en a reçu que des réponses im|terlinentes.
Et je n'ai besoin, en vérité, que de vous rappeb'r la règle qui a été posée bier par M. le ministre de la Guerre. M. le ministre de la Guerre a déclaré que la règle était de n'acheter d'armes étrangères, qu'à une condition, c'est qu'on fournit en mèuie temps autant de fois 400 cartouches qu'on offre d'armes. Eb bien, les fabricants déclar(>nt (jue cette exigence équivaut, pour eux, à une véritable prohibition. Et je voudrais faire remarquer à la Chambre et aussi à l'administration militaire, (|nune pai'eille exigence, outre (pi'elle est un obstacle insurmontable au commerce, est en contradiction formelle avec ce qu'a dit le ministre lui-même, à savoir que la fabrication des cartouches en France est à peu près illimitée. Si la fabrication des cartouches en France est à peu prés illimitée, laissez donc entrer les armes sans cartouclies et ne dites pas aux négocianls qu'ils auront à livrer 400 fois autant de carloucbes (pi'iis livrent de fusils.
.M.DoniAN. — Ou ne doit pas s'approvisionner de cartouches fabriquées à l'étranger. C'est une imprudence.
A fjmtchc. C'est vrai ! — Très bien !
M. Garmer-Pagks. — Il y a à Paris des fabricants ([ui oliVenL de l'aile aillant do cartouches qu'on voudra.
M. Jl'les FEuitv. — L'argument de M. Dorian est décisif. Exiger des impoi'taleurs ([u'ils livrent autant de cartouches (ju'ils vendront de fusils c'est manquer au devoir de vigilance qui incoudic à l'autorité militaire. On ne peut ])as se lier aux cai-loiu'lies venant de l'étranger.
l'Jdin, messieurs, il me semble que la leçon des événenu'nts est assez dure, et quand on nous dit : il faut vous en rapporter à la vigilance du minislère de la Guerre, quebjue confiance que nous ayons dans le généial (|ui le délient entre ses mains, nous ne pouvons pas oublier que c'est i)ar la même lin de non-recevoir que l'administraliou précédenle avait coutume
de repousser toutes les plaintes qui venaient de notre côté. Ici même, messieurs, il y a six semaines à peine, nous adjurions le ministre de la Guerre d'armer les gardes nationales, et il nous répondait, comme on fait aujourd'hui: C'est inutile, nous armerons celles qu'il nous conviendra d'armer.
M. Ernest Picard. — On a dit que les départements de l'Est étaient armés, et ils ne le sont pas !
M. Jules Feery. — Qu'est-ce qu'a donc fait l'administration de ce droit d'armement dont elle veut retenir le monopole? Est-ce qu'elle a armé la France? Non seulement les départements de l'Est ne sont pas armés, mais il y a des agents du Gouvernement qui refusent les armes qu'on leur envoie. Je puis citer le préfet d'un département qui m'est cher; on lui avait oITert d'armer des volontaires, il a répondu : « Nous ne voulons pas de fusils, car nous ne voulons pas de volontaires. J'ai renvoyé tous les hommes valides hors du département. »
Voilà ce que fait l'administration. Voilà ce que l'oflîciel fait pour la France. L'officiel ne sauvera pas la France; messieurs, la France ne se sauvera que par elle-même! [Vif assentiment à gauche.)
En 1867, une institution s'est essayée, qui vous rendrait aujourd'hui d'immenses services; c'étaient les francs-tireurs. Les francs-tireurs sortaient de ce département dont je parlais tout à l'heure. 11 arriva ici, à Paris, un très heau corps de francs-tireurs, qui fut fort applaudi, qui fut fêté au château ; on décora même l'officier qui le, commandait. Les francstireurs repartirent pour la montagne, disant : nous allons maintenant nous organiser et constituer une force devant laquelle l'étranger s'arrêtera, si jamais il touche le sol de la France. Quelque temps après, un règlement contresigné par le ministre de la Guerre obligeait tous les fi'ancs-tireurs à prendre un engagement dans la garde mobile. De ce jour-là, on n'a plus vu un seul franc-tireur, et aujourd'hui quel est l'état des départements de l'Est!... Je vous demande pardon, mon sentiment est profond, car j'appartiens à cette province où les sentiments patriotiques sont restés peut-être plus vivaces qu'ailleurs; aujourd'hui, messieurs, ces départements tendent les bras, ils vous demandent des armes, et vous ne pouvez pas
3S8 IIISCOLHS ET OPINIONS.
Iciii' CM (IdiiiitT. {\'ice nrl/iésion n f/auclie. — /liimeura su7' divers Ou II es.)
Ainsi, messieurs, si vous iin-iicz le iMppoil de la Commission dans ses termes, si vous n'y voyez (|ue ce qu'elle y a mis, je crois qu'après la discussion à laquelle je ^iens de me livrer et que j'ai voulu faire très minutieuse et très méticuleuse, afin qu'elle fût décisive, je crois que vous ne pouvez pas adopter les conclusions de la Commission, parce que, mettant les choses au pis, la liberté pro\ isoiri' (|ue je demande, ne })()urrait être qu'inolfeiisive. Vous ne pouvez pas, d'autre part, affirmer, dans votre âme et conscience, (pi'elle ne rendra pas de .urands services, car vous n'avez pas la mesure de ce que peut faire à un moment donné, et dans un temps très court, l'initiative individuelle.
11 faut donc qu'il y ait d'autres raisons, des raisons politiques! Qu'on ose donc les déduire ces raisons, qu'on les produise ici, qu'on nous dise la vérité, à savoir que, si on n'arme pas les gardes nationales, si on hésite à rendre libre la fabrication des armes de guerre, c'est que l'on craint que ces armes ne tombent entre les mains des ennemis du Gouvernement; que l'on dise cela, et que l'on sache enfin, que, s'il y a quelque chose" en c(; moment qui paralyse la défense nationale, c'est l'intérêt dynastique. {Déncgalion au cenl7-e et à droite.)
A (jauche. — C'est cela ! — Très bien !
Malgré les instances de l'opposition, malgré les déclarations d'hommes comme M. Dorian,qiii affirmait qu'à eux seuls les armuriers de Saint-Ktienne prenaient l'engagement de fournir 10 000 fusils dans un délai do quinze jours, le ministre répondit que l'administration (le la guerre voulait rester seule maîtresse du choix des armes et de leur distribution; le Corps législatif rejota la proposition de M. Jules Ferry par 180 voix contre 60.
Sedan. — La fin de l'Empire.
En dépit des assurances officielles, personne n'avait plus confiance dans le personnel de l'Eniiiire |)our arrêter l'invasion étrangère. La Chandire qui, sur les instances du ministre do la (luerre et de la Commission, avait d'abord repoussé la proposition, faite par M. de Kératry, d'adjoindi-e neuf nuMubres élus \vdv le Corps législalii' au Comité de défense des fortifications dont le général Trocliu était ^ président depuis le 21 août, accueillait, le 26, avec enthousiasme, | la nomination de M. Thiers, en qualité de membre du Comité ; le »
FIN DE I.EMPIHE. ^89
président Schneider, le ministère, par l'organe de M. Chevreau, remerciaient vivement l'illustre homme d'État d'accepter ce périlleux honneur. Mais le Gouvernement continuait h refuser des armes à la garde nationale de Paris, et, le 31 août, M. de Paiikao restait encore imperturbable dans son optimisme, en affirmant à la ti'ibune que, depuis que les Prussiens avaient pénétré en France, ils avaient perdu au moins 200000 hommes, et dépensaient 10300000 fr. par jour ! Mais, dans la soirée du 3 septembre, Paris apprenait la catastrophe de Sedan ^. Il fallait remonter à la bataille de Poitiers pour trouver l'exemple d'un pareil désastre. L'Empereur et 40 000 hommes étaient prisonniers de l'ennemi! Une immense émotion s'empara de la capitale. Des bandes tumultueuses se répandirent sur les boulevards, pendant la soirée du 3, et d'innombrables voix criaient Déchéance/ A l'Hùtel de Ville! Vive la France! La police fit des charges à l'épée et au casse-tête, et plusieurs personnes furent grièvement blessées. Paris, en s'éveillaut le 4 septembre, put lire dans tous les journaux la confii'mation de la catastrophe de Sedan, et la proclamation du ministère, qui se terminait par ces mots vagues: « Le Gouvernement, d'accord avec les pouvoirs publics, prend toutes les mesures que comporte la gravité des événements ».
JNous ne referons pas ici un nouveau récit de la journée du 4 Septembre. 11 nous suffira de caractériser le rôle de M. Jules Ferry qui s'est chargé lui-même, par ses dépositions devant la Commission d'enquête élue par l'Assemblée nationale, de revendiquer la responsabilité qui lui appartient dans la défense de Paris contre les Allemands, et dans la lutte contre la Commune^. Voici ces dépositions qui appartiennent à l'Histoire, et dans lesquelles M. Jules Ferry n'a oublié qu'une chose : mettre en relief le rare courage dont il a fait preuve, à maintes reprises, au milieu des péripéties tragiques de cette grande crise nationale. Témoin et acteur obscur delà journée du 4 Septembre ^, qui ne fut pas une révolution, mais le simple
1. Il résulte de la déposition du général Paiikao devant la Commission d'enquête nommée par l'Assemhlée nationale, p. ITS, que c'est seulement vers cinq heures que le ministère fut convoqué officiellement par l'impératrice pour recevoir communication des événements de Sedan.
2. Le Journal officiel de la République française, en date du 5 septembre, contient la composition du Gouvernement de lu Défense nationale << ratifié par l'acclamation populaire ». Il était remisa onze membres, tous députés de Paris : MM. Arago (Emmanuel), Crémieux, Jules Favre, Ferry, Gambetta, Garnier-Pagès, Glais-Bizoin, Pelletan, Picard, Rochefort, Jules Simon. Le généralTrochu était appelé à la Présidence du Gouvernement; M. Etienne Arago était nommé maire de Paris, avec MM. P'ioquet et Brisson pour adjoints.
Par décret du 6 septembre 1870 (./. offi. du 7), M. Jules Ferry, membre du Gouvernement fut « délégué par le Gouvernement et le ministre de l'Intérieur prés l'administration du département de la. Seine ».
3. Voir notre article de la Revue lAeue. Souvenirs dli 4 septembre, n" du 7 septembre 1889,
390 niSrOLRS ET OPINIONS.
olloiiilii'ini'iil (le IKnipiiT, nous avons pu constater alors avec quel s;tM^'-IV(ii(l M. Jules Feirv a su prévenir, au moment de l'arrivée de Itmlit'l'nrl à rii(Mei de Ville, la proclamation d'un gouvernement anarcliiiiue. Au 31 octobre, c'est encore lui, qui après avoir réuni plusieurs lialaillons de la garde nationale, délivra de vive force, et ;i travers mille dangers, le gt)uvernement de la Défense nationale, que Floiirens et ses hommes tenaient prisonnier à l'Hôtel de Ville, el, lui donnant poui' réconfort oOOOÙO suffrages de Parisiens patriotes, pei'mit à la capitale de résister ti'ois mois de plus, c'est-àdire bien au delà des prévisions les plus optimistes.
Ouanl à l'ensendile des actes de M. Jules Ferry, pendant le siège de l'aris, nous nous bornerons à mettre en face des calomnies grossières qu'à dirigées contre cet éminent homme d'État la haine coalisée de la réaction et de l'intransigeance, le jugement exprimé dans sa déposition devant la Commission d'enquête par le Président du (Gouvernement, M. le général Trochu, dont les convictions ne sont pas assurément d'accord avec celles de M. Jules Feny '.
« Pendant le siège de Paris, beaucoup de personnes ont éléenga- « gées dans des crises redoutables, mais très peu l'ont été à l'état « de permanence, dans des crises non interrompues. Il y eu a « deux selon moi, qui ont été dans celte difficile situation et qui « ont fait preuve d'un très remarquable courage, d'une très grande « suite dans les vues, d'un équilibre singulier, et je leur en garde « un souvenir tout spécial. L'une d'elles, quant aux services rendus <( pendant le siège, est restée parfaitement inconnue et personne « n'en parle. L'autre est livrée aux colères publiques. C'est ainsi « (pie les choses se passent ordinairement dans l'un ou l'aulre sens.
« La première est le généi'al de division Caillier. Le général Cail- « lier a été, pendant tout le temps du siège, sans avoir un soldat à « sa disposition, au milieu de Belleville, rue de Puebla, dans un « petit qiiaitier général qu'il n'a pas quitté un seul instant. Il « n'avait pour tout auxiliaire, contre les événements et les agila- « fions (pii le pressaient, que la garde nationale même de Relle- « ville, et sachant bien que les vrais périls et les grands efforts « étaient au dehors, il n'avait pas demandé d'autres troupes. Dans « les deux derniers mois du siège, je lui avais donné, comme réserve « d'en cas, 400 (loii.iiiicrs, qui élaicnt à sa portée, à la porte de « Uomainville.
« Le général Caillier, pénétré comme moi de la conviction « qu'une bataille dans Paris, petite ou grande, amènerait la reddi- « lion de Paris, avait déployé là beaucoup de prudence, beaucoup « d'habileté, mêlée à beaucoup de fermeté, et enfin ce fait incroyable « s'est produit, qu'il ne s'est jamais rien passé de grave à Belleville « pendant toute la durée du siège. Je suis heureux de rendre ici « cet hommage à un officier général dont on n'a jamais prononcé