‹ Discours et opinions de Jules FerryChapitre 123 sur 130 · Lo Temps, du I? août ISGS · texte numérisé non relu

Lo Temps, du I? août ISGS

candidature officielle, que le parti démocratique doive renoncer à la lutte sous son propre drapeau; qu'il doive accepter aveug-lément tout candidat non officiel, qu'il soit catholique, à la façon de M. Veuillot, ou opposant, à la façon de tel ou tel candidat indépendant malgré lui, pour cause de refus d'estampille officielle, nous cesserions alors d'être d'accord avec le Temps. »

Ce que nous voulons dire, nous l'avons dit très clairement. Ce que veut dire le Siècle se comprend beaucoup moins. Oui ou non, le Sircle est-il d'avis qu'après s'être manifesté tant qu'on voudra, et tant qu'on pourra, au premier tour de scrutin, il soit nécessaire, et de règle générale absolue, de n'avoir plus, au second tour de scrutin, qu'une chose en vue : assurer l'échec de la candidature officielle? Si oui, pourquoi nous cherche-t-il querelle? Si oui, pourquoi laisse-t-il l'incertitude dans les esprits, à l'abri de ces réserves et de ces réticences sur les « indépendants timides »?

« La France est malade, bien malade; il faut la sauvera tout prix^ » Qui écrit cela? C'est le Réveil d'hier, à la fin d'un long article contre le Temps et VUnîon libérale. Étrange devise pour les partisans de l'isolement démocratique ; mais devise toute platonique, et qu'ils ne pratiquent guère. Ce n'est pas, en etfet, le salut qu'il leur faut, mais un certain salut. Le navire va couler bas, mais ils ont fait choix de la planche qui doit les sauver du naufrage : c'est celle-lcà qu'il leur faut et non une autre, et si le Hot ne la leur amène pas, ils préfèrent aller au fond.

Il y a de la fierté assurément et du stoïcisme dans cette attitude : On peut, de cette hauteur, prendre en pitié les pauvres libéraux (le mot libéral est, dans la bouche de notre confrère, l'expression du suprême dédain), ces libéraux qui s'évertuent à présenter aux masses « les formules usées du radotage parlementaire » et les libertés nécessaires, viande creuse pour le paysan. On peut contempler, du haut de cet ascétisme démocratique, avec une ironie voisine de la satisfaction, la défaite du « libéral Cazot », et du légitimiste Larcy, braves gens assez naïfs pour offrir aux campagnes les recettes de la « métaphysique constitutionnelle », la « pharmacopée du juste milieu » et les « généralités banales » de la liberté. Le Réveil agira sur le corps électoral de tout autre façon : « Un programme sérieux, des hommes énergiques » feront sortir le paysan de son apathie; des armes nouvelles remplaceront les « armes, émoussées de la tradition parlementaire », et l'on fera sentir aux campagnards, par des procédés nouveaux et autrement efficaces que les nôtres, que le suffrage universel est, pour eux, l'instrument et le gage de l'affranchissement.

S'ous ne demandons pas mieux, en vérité, et si le Réveil a des paroles magiques, capables d'opérer, de la sorte, la conversion politique des campagnes, qu'il se dépêche de les prononcer. S'il y a

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