‹ Discours et opinions de Jules FerryChapitre 125 sur 130 · POLÉMIQUE AVEC LE CONSTITUTIONNEL · texte numérisé non relu

POLÉMIQUE AVEC LE CONSTITUTIONNEL

teurs qui s'abstiennent. Les abstenants sont avec lui; avec lui, ces 12000 électeurs du Gard qui n'ont pas voté parce que « cœurs loyaux, esprits indomptés, refusant de transiger avec le droit, ils estiment que le succès de l'union électorale ou libérale ne serait qu'un badigeonnaf^'e insignillant ! »

Cela est écrit! Le Réveil croit qu'on les compte par millions ces Labienus campagnards ou citadins qui se croisent les bras depuis seize ans, et qui n'ont d'autre raison pour laisser passer le torrent électorale leurs pieds dédaigneux, que l'insuffisance du programme de l'opposition et l'extrême modération de ses vœux.

Quand on écrit et qu'on pense ainsi, on est sans doute un lion patriote, un vigoureux lutteur, une volonté droite et forte, mais on est un patriote, un lutteur, un penseur dans le bleu. On a perdu le sentiment de la réalité, on marcbe dans « son rêve étoile » et l'on risquerait fort d'y rester jusqu'à la fin des temps, s'il n'y avait quelque part un camp de gens pratiques, de libéraux terre à terre, plus jaloux de poursuivre leur ingrate besogne, que de dénigrer celle qui se fait à côté d'eux, plus occupés des misères du présent et des nécessités de l'avenir que des rancunes du passé, plus convaincus que, dans l'état actuel des choses et dans presque toutes les circonscriptions départementales, la démocratie ne peut rien sans alliances, et que lui prêcher l'isolement, c'est la condamner aune impuissance éternelle et à une abdication sans foi.

Nous ne voulons pas revenir sur la question électorale, la citation du Phare que nous donnons plus haut sera notre dernier mot •. Nous prendrons seulement la liberté de signaler à nos confrères de V Avenir national et du Réveil un petit article du Constitutionnel de ce matin, qui peut leur faire apprécier de quel côté, d'eux ou de nous, se trouve, en toute cette ailaire, l'habileté politique. L'Avenir nous reprochait hier d'avoir félicité les conservateurs libéraux du Jura du concours apporté par eux à la candidature de M. Grévy. M, Peyrat trouvait cela malhabile. « La lettre de M. Berryer, disait-il, loin de servir la candidature de M. Grévy, n'a pu que la compromettre. »

Le Réveil professe, naturellement, la même opinion. Là-dessus, le Constitutio7mel, prenant la balle au bond, dit aux conservateurs: « Voyez, monarchistes imprudents mon seulement vous contribuez à faire entrer à la Chambre un radical des plus prononcés, mais, le lendemain de la victoire, vos alliés de la veille vous mettent à la porte, en vous disant: Allez-vous-en : vous nous gênez ! »

Nous ne croyons pas au Constitutionnel le pouvoir de faire remonter, par des malices de ce genre, le grand courant libérai qui emporte, à cette hem-e, tous les esprits indépendants. Mais, si la feuille gouvernementale avait une intluflice quelconque sur les conservateurs libéraux, V Avenir trouverait-il si habile ce qu'il a fait

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