POLÉMIQUE AVEC LE CONSTITUTIONNEL
prévoyance politique du Journal des Débats du mois de janvier 1848. 0 Constitutionnel! vous qui prétendez donner aux jeunes gens de ce temps-ci des leçons d'iiistoire, est-ce là le fruit que vous avez tiré de la leçon de février 1848? Morigéner les opposants, développer en quatre colonnes le mot historique et fatal « de passions aveugles ou ennemies », brandir d'une main tremblante un vieux spectre rou.ïe, c'est tout ce que votre zèle de fraîche date vous inspire, ô libéraux d'hier! c'est là toute votre science, toute votre mémoire, toute votre prévoyance. Vous vous trompez d'adresse, en vérité. Ce n'est pas à l'opposition, c'est au pouvoir que devraient aller vos sermons. C'est au Gouvernement que vous pi'oposeriez la leçon du passé, si vous étiez les conseillers lulèles, éclairés, indépendants, que vous pi'étendez être.
Assurément, l'histoire de la Révolution de 1848 est jileine d'enseignements. Mais, si elle a des leçons pour les jjeuples, elle en a surtout pour les rois.
Rendre, à l'heui^e qu'il est, l'opposition parlementaire de 1847 et de 1848, responsable de la chute de la monarchie ; ne trouver à s'en prendre, dans cette histoire, qu'à une fausse manœuvre du parti libéral dynastique et de la bourgeoisie opposante, et tirer de là cette conclusion merveilleuse : qu'il n'y a de vrais conservateurs que ceux qui votent aveuglément, docilement, béatement pour le pouvoir, quelques fautes qu'il ait coumiises, quelque juste colère, quelque mépris mérité qu'il inspire, c'est renverser les rôles, défigurer les faits, professer l'histoire à rebours et le «conservatisme » à contre-sens.
Le vrai révolutionnaire du mois de février 1848 ne s'appelait ni Ledru-Rollin, ni Odilon Barrot, ni Lamartine, mais Louis-Philippe; et si vous n'êtes pas encore consolés de la chute de l'établissement de juillet, c'est à lui seul, ô Constitutionnel! que vous devez vous en prendre. C'est à son obstination, à son aveuglement, à l'obstination et à l'aveuglement de son premier ministre, à l'infatuation du pouvoir personnel, à la fausse sécurité imposée par une majorité parlementaire frauduleuse, par un système électoral aussi étroit que falsifié, au refus insensé et coupable d'ajouterau corps des électeurs à 200 francs un élément d'intelligence et de moralité capable de le relever et de l'assainir; c'est, en un mot, à un degré peu commun d'entêtement et d'imprévoyance que la révolution de février doit être attribuée.
Quant à la coalition qui fut l'instrument plus ou moins conscient des justices de l'histoire, elle était non seulement dans le vrai, mais dans le devoir. Aux gouvernements entêtés, vous vous étonnez qu'on oppose les coalitions inexorables ! A la corruption électorale et parlementaire, à la falsification systématique, obstinée, incorrigible des institutions représentatives, vous vous indignezque le pays ait répondu, en d'autres temps, par la coalition de tous les partisans de l'honnêteté électorale et de la sincérité constitutionnelle. Au système des candidatures nnicielles. (ini place les élcriions dniis les
jiKiiiis de préfols, et (iiii allèie dans son essence même, l'inslituliou parlementaire, vous ne voulez pas que nous opposions l'entente naturelle de tous ceux qui professent cette opinion osée, cette doctrine impertinente: que les mandataires doivent être choisis honnêtement, librement par les mandants! Mais dites alors à ces braves gens que vous sermonnez, à ces esprits modérés, mais droits, que vous "herchez vainement à troubler par des fantômes, quel autre moyen leur reste de faire pénétrer dans le fonctionnement de riustilution représentative, cet esprit de libre contrôle et de sage résistance, qui seul peut donner au pays l'ordre légal, l'équilibre financier, la sécurité du lendemain. Entre la coalition électorale ou parlementaire et la soumission aveugle, qui donc les force de choisir? Et à quel autre résultat tendent vos conseils, ô Constitutionnel! quk une misérable et éternelle abdication?
Tel est l'enseignement que nous tirons, pour notre compte, des coalitions du passé. Quant k celle qui se fait aujourd'hui et que la presse gouvernementale n'arrêtera pas, elle a, sur les coalitions d'autrefois, cet avantage de ne renfermer aucune aventure, de ne cacher aucune surprise, puisqu'elle n'a qu'un but et ne peut avoir qu'un résultat : rendre au suffrage universel sa propre direction, et h la nation la possession d'elle-même. Les plus furieux conservateurs ne peuvent, ce semble, désirer rien autre chose.
M. Berryer.
Lorsque succomba le grand orateur qui, lidèlo à une cause sans espoir, avait du moins combattu la dictature, avec une éloquence incomparable, et puissamment contribué aux succès de l'L'n/o» Ubérule, M. Jules Ferry s'honora et honora son parti en rendant un dernier hommage à l'illustre avocat qui avait plaidé pour lui dans le P/vjct's (tes Tmse et dont Veuillot saluait la disparation avec une joie scandaleuse :
Bien que M. Berryer succombe plein d'années et de gloire', sa mort est faite pour nous inspirer un sentiment particulier de mélancolie. En voyant ce qu'il perd, le siècle où nous vivons peut se rendre compte de ce qui^lui reste. Tous les hommes, dont le nom a rempli la première moitié de ce siècle troublé, s'en vont l'un après 1 autre. Les grandes individualités disparaissent, et je ne sais quel niveau de médiocrité s'étend sur le monde. Quand nous cherchons où sont nos grands hommes, nous ne nommons presque que des vieillaids. 11 y a comme une lacune dans la fécondité de notre race. La France impériale vit, depuis seize ans, sur les restes de la