Le Temjis, du I'' ik'C(>ml)io ISC
SUR BEKRYEK. 573
France parlementaire : on dirait d'un grand arbre dont la sève aliaihhe verdit encore le tronc, sans pouvoir monter iuscru'aux branches. '■
M. Berryer était peut-être le plus illustre de ces survivants d'un autre âge. Il les surpassait tous par le prestige de l'éloquence le seul qui puisse balancer le prestige militaire dans la faveur d'un public français. La destinée, qui avait répandu sur celte belle vie toutes ses complaisances, lui avait, au lendemain même de ses premiers débuts, fermé pour toujours l'accès du pouvoir: voué dès ors a une cause sans espérance, il ne connut jamais les épreuves de la victoire. Sa fidélité, qui lui fit une auréole, en ce temps de publiques palinodies, fut aussi la plus sure sauvegarde de sa gloire Mais le côté jacobite de cette noble existence n'en sera pour l'histoire que la moindre partie. La postérité dégagera sa mémoire de nos classifications fugitives. Elle n'en fera l'honneur ni d'un parti m d un drapeau : elle le mettra à son vrai rang, dans ce grand parti de la parole libre, qui se recrute, à travers l'histoire, parmi les âmes les plus fières de tous les pays et de tous les temps. Sa place est au milieu de celte élite humaine qui se range autour de deux noms : Démosthène et Mirabeau.
Il y avait, en etfel, deux hommes bien distincts dans Berryer • l'homme de parti et l'orateur. Ce dernier planait fort au-dessus de
I autre. Il avait pu donner sa vie aux choses du passé, mais il était de son siècle et de son temps par la chaleur naturelle de son âme par 1 entraînement irrésistible de son génie. Toute sa grandeur est dans ce contraste. Il était né de cette forte bourgeoisie qui mit à bas 1 ancien régime; et, comme il aimait à le raconter, c'est dans les proces-verbaux de l'Assemblée constituante qu'il avait appris à lire. Il garda toute sa vie cette première et généreuse empreinte
II était royaliste, dès 1814, mais pour disputer aux royalistes les vaincus de Waterloo. Il resta royaliste après 1830, mais pour abriter sous la bannière du droit divin, tout le tempérament de la Révolution française. De la grande époque qui l'avait vu naître (1790) il avait conservé le trait dominant : la politique subordonnée à là morale, Fhumanité soumise au droit, à la justice, à la tolérance Il incarnait en lui tous les grands instincts de 1789. Sou éloquence même avait gardé l'accent de ces grands jours. Nul n'a parlé plus haut et plus ferme que lui, le paladin des royautés déchues, cette langue des révoltés dont Mirabeau fut parmi nous le souverain maître et l'inimitable modèle. Par la vigueur, la résolution, la hauteur et, l'on peut ajouter, l'entrain révolutionnaire de sa lutte de dix-huit années contre la monarchie de Juillet, Berryer, comme chacun sait, en remontrait à la gauche elle-même. C'est par ce côté que jusqu'au dernier jour, tout vieux qu'il fût et dans un vieux parti, il a eu prise sur les générations contemporaines. Lorsqu'arriva, il y a dix-sept ans, le grand écroulement de la liberté française, le service que rendit Berryer fut considérable : il n'émi^ra pas à l'intérieur; il resta dans la bataille. La tribune était renversée •
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il (laiisiMula ;i la bnirc des triliuiiaiix les combats de la lii)erLé. l'eiulaiit seize ans, on le trouva sur toutes les brèches el derrière tous les droits : la liberté de la presse, la liberté d'association, la liberté de coalition, la liberté des élections, la liberté des correspondances l'eurent, tour à tour, pour défenseur. Les années avaient l>assé sur ce grand cœur sans l'attiédir; sa carrière s'achève, comme elle avait commencé, au service des persécutés, et il semble rajeunir à plaider pour les vaincus. Usé, à la fin, et frappé à mort, il laisse, pour tout testament politique, cette fière parole, écrite du bord même de la tombe et que l'histoire conservera: on peut dire de lui (ju'il est mort debout.
Tel est, dans la plus haute unité de sa vie, le f^rand orateur qui vient de quitter la scène du monde. Sa place y restei'a longtemps vide. Personne surtout ne pourra reprendre, après lui, le rôle spécial qui a fait la noblesse et l'originalité de sa carrière. Il était la grande influence libérale du parti auquel il avait voué sa vie. On ne saurait dire qu'il en fut le chef; il en était l'honneur, non la tête. Mais, s'il ne le menait pas, il le fascinait. Le parti légitimiste est, essentiellement, la masse la plus rétrograde et la plus aveugle du parti conservateur. A ce point de vue, la campagne révolutionnaire conduite par Berrjer contre la royaulé de 1830 pouvait passer pour une aventure. Il y entraîna pourtant à peu près tous les siens; et il dut, en vérité, leur en rester quelque chose. De nos jours, Berryer couvrait sous l'éclat de sa gloire et de la grandeur de ses services, la jeune et vaillante phalange qui poursuit, à travers toutes sortes de déboires, la tâche louable, mais chimérique de réconcilier, en ce pays, la cause de la tradition avec la cause de la liberté. Il était, d'ailleurs, prêt à toutes les alliances; il était de toutes les batailles dont l'affranchissement pouvait être le prix. Lui mort, n'est-il pas à craindre que le parti légitimiste et clérical ne revienne à sapenle naturi^lle, qui n'est assurément ni celle de la révolution, ni celle de la liberté. La joi(^ insolente que M. Veuillot fait éclater sur cette tombe est tristement significative. La logique des choses va-t-elle reprendre ses droits? Nous voulons espérer le contraire; mais ce sera, dans tous les cas, l'éternel honneur de M. Berryer et de ses jeunes amis, d'avoir manqué de cette logique-là.
M. Jules Ferry et l'Empire constitutionnel.
M. Jules Kerry, qui fut en cela seulement un irréconcilnible, n'a jamais partagé les illusions de plusieurs de ses amis qui accueillirent, sinon avec enthousiasme, du moins avec satisfaction, le retoui- apparent de l'Empire au régime parlementaire. Ce qu'il appelle Varte additionnel de 18()9 n'excitait que sa défiance. 11 n'hésita pas à se séparer, en cette circonstance, du rédacteur en chef
du Temps,\ M. Nefftzer, plus optimiste que lui, et signala avec une précision clairvoyante, dans deux lettres que nous croyons devoir
I. Dans l'impossibilité de reproduire in extenso les nombreux articles que M. Jules Ferry écrivit dans le Temps, au cours des années 1808 et lS6y, sur les mille incidents de la politique intérieure et les délibérations du Corps législatif, nous eu rappellerons du moins les dates et l'objet :
Année lAtiH. — Numéros du 10 juillet 1868, sur la condamnation de 'SIM. Mazure et Vrignault par le tribunal correctionnid de Lille; — du 11 juillet, sur le débat législatif relatif aux élections du Tribunal de commerce; — du 13 juillet, sur le discours d'Ernest Picard relatif à la candidature officielle; — du 17 juillet, sur le débat relatif à la zone militaire de Paris ; — du 18 juillet, sur l'art. 7 de la loi du 11 mai 18(i8, concernant la presse; — du 19 juillet, article contre M. l)uruy, ministre de l'Instruction publique, à propos des conférences libres dans les Facultés; — du 2t juillet, sur
l'amendement présenté par l'opposition relativement au secret des lettres; du
i'o juillet, sur l'ajournement à la session prochaine des affaires de la Ville de Paris-
— du 26 juillet, sur les affaires du Mexique et les indemnités des porteurs d'obligations; — du 27 juillet, même sujet, appréciation du discours de M. Rouher; — du 1" août, examen des résultats de la session; — du 6 août, sur la métamorphose du Constitutionnel converti au régime libéral et parlementaire; — du 10 août, sur la saisie d'un numéro de la Lanterne ; ~ Avi 13 aoiit, sur l'incident Cavaignac au Concours général; — du 13 août, même sujet; polémique avec le Constitutionnel; — du 18 aoi'it, sur le succès du dernier emprunt, polémique avec la Patrie; — du 19 août, sur l'élection de M. Grévy dans le Jura ; — du 21 août, même sujet, réponse au Constitutionnel ;
— du 31 août, sur l'état d'esprit des ouvriers; — du 1" septembre, sur l'interdiction de vendre le Figaro sur la voie publique; — du 16 novembre, sur le procès du Réveil, de C Avenir, de la Revue politique, de la Tribune, à l'occasion de la souscription Baudin; — du 18 novembre, sur l'élection de M.Mathieu; — du 21 novembre, sur les mesures prises contre la presse à l'occasion de la souscription Baudin. C'est dans cet article que se trouve le passage suivant : « On parle beaucoup trop, depuis quelque temps, de coups d'État et de complots. La situation actuelle ne comporte ni les uns ni les autres... L'on a vu des gouvernements faire des coups d'Etat : on n'en connaît pas qui aient réussi à en faire deux. ■> — Numéro du 2i- novembre, sur l'arrêt de la cour de Nîmes dans l'alfaire de la réunion Lacy-Guillon ; délinition de la réunion privée ; — du 28 novembre, sur l'élection de la Manche (Lenoél contre de Kergorlay'i ; — du 5 décembre, sur la condamnation du Temps et du Journal de Paris, à l'occasion de la manifestation du cimetière Montmartre ; — du 6 décembre, sur la fabrication par l'industrie anglaise du second cable transatlantique de Brest à New-York; — du l.j décembre, sur l'élection de la Manche; —du 20 décembre, sur la condamnation de Delescluze par la Cour de Paris; — du 31 décembre, sur le second tour de scrutin dans la Manche.
Année 1869. — Numéros du 4 janvier 1869, sur les tableaux du Louvre transférés chez M"" Troplong; — du 9 janvier, sur la démission du baron Séguier; — du 12 janvier, sur l'inauguration par Jules Favre et Laboulaye des réunions de la salle Valentino; — du 15 janvier, sur la liquidation des affaires de la Ville de Paris; — du 17 janvier, réponse à un communiqué du préfet de la Seine; — du 18 janvier, sur le déficit du budget de la Ville de Paris ; — du 23 janvier, sur les émeutes de la Réunion ;
— du 25 janvier, réponse à un communiqué du préfet de la Seine; — du 27 janvier, sur les condamnations prononcées contre Peyrouton, Raoul Rigault et Napoléon Gaillard, pour délits de parole dans les réunions de la Redoute et du Pré-aux-Cleros ; — du 3! janvier, sur le projet de soumettre au Corps législatif le budget extraordinaire de Paris et de Lyon ; — du l" février, critiques sur un article de Delattre dans le Progrès fie Lyon, relatif à la tactique électorale ; — 3 février, sur l'interpellation du baron de Benoist, relative à l'application de la loi sur les réunions publiques ; — du 7 février, sur les désordres de Nîmes (élection Dumas contre Cazot et de Larcy, invasion d'une réunion publique par la troupe) ; — du 10 février, sur l'interpellation de M. de Maupas. au Sénat, concernant les projets de réforme de la Constitution ; — du 1 1 février, sur le contrôle par le Corps législatif du budget de la Ville de Paris ; — du 13 février, titre : Paris aux Parisiens. Examen critique du projet de loi sur l'organisation municipale de Paris ; — du 15 février, sur les brochures ou les articles relatifs au même projet de loi (travaux de M. Cochin et de M. Horn} ; — du 17 février, sur la suspension de trois mois infligée à M. Duboy, avocat à la Cour de cassation, pour la publicité donnée à un de
citer, tout ce que les prétendues i-éfornies de la Constitution impériale avaient de décevant, de contradictoire et de mensonger :
A M. Nt'fftzer, rédacteur en chef du Temps •.
Mon ciiEit Ami.
Vous accueillez avec confiance les nouveautés constitutionnelles que le (lOuvernement nous octroie. Vous en apercevez sans doute
ses mémoires (demande en autorisation de poursuites contre M. Crépy, commissaire de police) ; — du il lévrier, sur la lettre du Ministre do l'Intérieur au préfet de police à l'occasion des réunions publiques ; — du 21 février, sur les finances do la Ville et I9 discours de Garnier-Pagès; — du 23 février, même sujet; appréciation du discours de M. Genteur, conseiller d'Etat; — du 2G février, même sujet; appréciation du discours de M. do Forcade la Roquette, ministre de l'Intérieur; — du 27 février, même sujet; appréciation du discours de M. Calley Saint-Paul; — du 2îS février, même sujet; appréciation du discours de M. Rouher, qui sacrifie M. Haussmann ; — des 3, 4, o. G, 7 mars, même sujet; appréciation du traité entre la Ville et le Crédit foncier; rev'cndication des libertés municipales et protostations contre la centralisation; — du 9 mars, sur les conférences de la salle Valentino et la conférence de Pelletan à la salie de la rue do Malte. Sujet : la Femme au xix« siècle ; — du 14 mars, sur la ilésaffectation d'une partie du jardin du Luxembourg; — du l.ï mars, même sujet; éloge du discours de M. Grévy à la Chambre ; — àn'lH mars, sur la saisie administrative de l'Histoire des pi-ineea de Condé et l'arrêt du Conseil d'État qui ordonne la restitution des exemplaires saisis en août 18G7; — du 21 mars, sur la discussion du projet do loi portant règlement définitif do l'exercice 186.5; appréciation de la Cour dos comptes concernant la gestion financière de la Ville de Paris; — du 23 mars, sur la révocation de M. Georges Pouchet, aide-naturalisto au Muséum; — du 24 mars, sur l'arrêt de la Cour de Paris et la condamnation de M. Louis Ulbach, rédacteur de la Cloche, à six mois de prison ; — du iii mars, sur la délimitation des circonscriptions électorales de Bordeaux et la démission de IG membres du conseil municipal de cette ville; — du 2" mars, sur la dissolution d'une reunion privée organisée à Montmorency par M. Lefebvre-Pontalis ; ^ du 28 mars, réponse à un comnmniquê du Ministre de l'Intérieur relatif à la révocation do M. G. Pouchet; — des M. 31 mars, 1" avril, articles sur le rapport de la commission des Finances concernant le budget de 1870;
— du 2 avril, sur une interpellation de M. Jérôme David; — du 3 avril, sur les doctrines du Gouvernement en matière électorale, et le discours de M. de Forcade la Roquette, ministre de l'Intérieur, dénonçant le prétendu gouvernement occulte de l'opposition; — du 6 avril, sur le discours do M. Baroche, garde des sceaux, relatif à la démission de M. Séguier, procureur impérial à Toulouse ; — du 7 avril, sur un discours de M. Jules Simon, à la Société pour i' Enseifiiiement professionnel des femmes;
— du 11 avril, sur la dernière séance de la Chambre (amendement de la gauche concernant le cumul, incident Séguier, concile œcuménique, etc.) ; — du 12 avril, compte rendu do la séance du Corps législatif (déclaration pacifique) de M. de la Valette, ministre des Affaires étrangères, déclarations belliqueuses du Ministre de riiitérieur contre les réunions publiques ou privées; — du 13 avril, sur un discours de M. Michel Chevalier au Sénat, relatif à la plaie des armées permanentes et des dépenses de guerre; du 14 avril, sur les déclarations du maréchal Niel. relatives aux grands commandements militaires, et son affirmation sur la possibilité de mettre sur pied, du soir au matin, 600 000 hommes sous les armes; — du I.ï avril, sur le discours lu au Sénat par M. Haussmann ; — du 22 avril, sur lo décret qui supprime la Caisse des travaux do Paris; — du 23 avril, sur l'amendement de la gauche relatif à la juridiction chargée de juger les délits de presse et la loi de siireté générale ; — du 2't avril, sur l'actif et le passif de la Caisse des travaux de Paris; — du 27 avril, sur le programme de M. Guéroult, qui réclame de nouveaux travaux à Paris; — du 26 juin, sur la pétition des gardes nationaux du 19" bataillon de la Seine, qui réclament l'élection de leurs chefs; — du 29 août, réponse à une note du Journal officiel sur le cas de Ledru-RoUin, condamné à la déportation le 7 août 1857.