Journal de Barbier, année
Toutes ces choses sont loin de nous, Messieurs : nous avons aujourd'hui de tout autres soucis! Mais cette résistance d'une corporation sans autorité légale, sans caractère public, à des puissances séculaires, remuait en 1730 l'opinion tout entière. On dévorait ces épaisses consultations, #omme, au temps de nos pères, un pamphlet de Paul-Louis ; on payait en popularité et en honneur ce bon vouloir et cette énergie !
Non moins actif dans les luttes du Parlement et de la Cour, le rôle du barreau était celui d'un fidèle auxiliaire, d'une milice toujours prête. Quand la magistrature avait. épuisé son droit de remontrances, aux lits de justice, a. l'enregistrement forcé, que pouvait-elle opposer ? Une seule arme, mais une arme ])ien puissante, l'interruption du cours de la justice. Elle alti^ndait, toutes chambres assemblées, que la couronne revînt ;i lésipiscence ou fit un coup d'Étal. Outre qu'une pareille alternative est en général, pour le Pouvoir, un assez grand embarras, les avocats devenaient en cette occurrence une difficulté fort sérieuse. On n'en eût pas trouvé un seul — tant l'esprit de corps était vivace ! — qui consentît à plaider devant une magistrature improvisée : des essais partiels, tentés à diverses reprises, et la retraite de tout le barreau, lors du coup d'État Maupeou,en sont la preuve. Bien plus, les plaidoiries n'étaient pas seulement suspendues, tous les cabinets se fermaient, et les plaideurs perdaient jusqu'à cette juridiction volontaire des avocats en si grande faveur au dix-huitième siècle. Alors, c'était un concert de réclamations et de plaintes, — les intéi'èts grands et petits s'agitaient bruyamment, — la basoche grondait dans les Pas- Perdus, — et toute cette population de clercs de procureurs, de scribes, d'apprentis tabellions, qui remplissait les galeries du Palais, refluant sur la place publique, allait mettre en émoi la petite bourgeoisie et intéresser le peuple à la cause des Parlements.
Il est triste pourtant, Messieurs, de voir tant d'esprits élevés se perdre dans ces bruyantes, mais bien mesquines querelles. A peine le dix-septième siècle s'est-il éteint avec son maître, que le précieux héritage de ses traditions est délaissé pour deux seules questions : le jansénisme, non plus celui d'Arnaud et des grands solitaires de Port-Royal, espèce de stoïcisme chrétien qui impose le respect, mais le jansénisme des formules inoffen-