‹ Discours et opinions de Jules FerryChapitre 26 sur 130 · Attestation · texte numérisé non relu

Attestation

campagnes les gardes champêtres et les cantonniers. Ce sont eux qui les dressent à ce métier de racoleurs électoraux qui se môle d'une manière si fâcheuse à leurs bienfaisantes fondions. On a vu, dans le procès de M. de Chei'gé, quel foudre de guerre était devenu , sous l'impulsion d'un commissaire cantonal, l'inotfensif garde champêtre de la commune de Saint-Hilaire. Dans la Loire, on donnait pour consigne le succès à tout prix, on promettait des récompenses K Dans l'Aude, on annonçait aux cantonniers une élévation de traitement, en leur rappelant que cela oblige-. Dans TllIe-et-Vilaine, pendant les derniers huit jours, l'entretien des routes fut déserté : les cantonniers s'occupaient des élections; le conseil d'arrondissement l'a constaté en le blâmant. Dans la Seine-et-Marne, tout ce monde colpoi'te. avec les bulletins de M. de Jaucourt, d'affreux propos contre son concurrent, l'honorable M. Gareau, en qui ils ont découvert un des auteurs du pacte de famine, un ennemi du peuple, un accapareur ! Plus loin, ce sont d'incroyables dialogues : « Il faut que tu votes pour Jaucourt, dit un de ces nouvellistes de village à un pauvre homme de son ressort, parce que tu ne pourrais plus aller au bois faire tes balais, si jamais tu votais pour l'autre. — Eh bien ! je voterai pour Jaucourt, puisque je ne pourrais plus faire mes balais. » Et quand l'électeur lui demande ce que lui a fait M. Gareau pour en dire de telles horreurs, le garde répond innocemment : «Moi? Je ne les connais pas plus l'un que l'autre ; mais le commissaire de police me reproche d'être un fainéant, de ne pas faire assez contre Gareau ; le brigadier de gendarmerie est venu chez nous se plaindre que je ne disais pas assez de bien de Jaucourt et pas assez de mal de l'autre. Gareau n'a pas besoin de sa place pour vivre, et moi je veux garder la mienne. »

Comment être sévère pour ces candides diffamateurs? La peine importe peu ; mais ces paroles, tombées de haut, demeurent au front des vrais coupables : « I.e tribunal est inilulgent, car il sait que vous n'étiez pas libre d'agir autrement iiue vous n'avez fait \ »

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