A M. l' Inspecteur des postes
Angers, ao mai 1863.
Monsieur l'inspecteur.
J'estime devoir porter à votre connaissance un l'ait qui vous paraîtra sans doute mériter une information officielle.
Il m'était revenu de divers points de l'arrondissement de Baugé, notamment de Mazé et de Beaufort, que des bulletins portant le nom de E. Ikicltev de Chaiivi[/7ié s'étaient trouvés sous la bcuvle de l'envoi fait par M. Freslon et à ses frais, par la poste, de sa profession de foi et de deux bulletins de vote.
Le scrupule avec lequel je tiens à bien vérifier l'exactitude de tous les faits qui me sont dénoncés, comme portant atteinte à la sincérité du suffrage électoral, ma déterminé, avant de vous adresser cette lettre, à me rendre, avec deux de mes amis, chez l'honorable M. Dubreuil, qui, lui aussi, disaiton, avait été témoin de ce même fait eii la comtnune de Vieil-Baugé.
Voici comment M. Dubreuil nous a raconté et précisé les circonstances :
11 avait deux fois déjà vu ce fait se produire dans l'envoi de M. Freslon, reçu par la poste, chez deux de ses fermiers, quand, se trouvant chez un troisième fermier à l'arrivée du facteur rural, il a lui-même prit le paquet et enlevé la bande en disant : « voyons si c'est comme dans les autres ».
Or, sous la bande se trouvait bien la profession de foi de M. Freslon et les deux bulletins de vote portant son nom ; mais un troisième bulletin imprimé et portant le nom de M. Bûcher de Chauvigné était r/lissé dans la profession de foi de M. Freslon.
Il est permis de croire que ce n'est pas à M. Freslon qu'il faut attribuer ce singulier moyen de propagande en faveur du candidat du Gouvernement.
Veuillez agréer, monsieur, mes salutations.
G. BORDILLON.
80 DISCOUliS ET OPINIONS.
(|iio (lo paiivros liôres, des èti-os inolîensifs, places si bas qu'ils sciiililt'nt n'avoir rien à craindre, ce qui ne les sauve pas. A Bénévent (Creuse', le candidat fait choix d'un jeune soldai, revenu au village en congé renouvelable. Tout à coup, l'ordre arrive au distributeur de rejoindre son corps. Il passe cinq jours à Guérct, et, les L'ieclions linios. il se trouve libre. A Lannion, un pauvre porcher, chargé de distribuer pour M. Thiers, est enlevé par les gendarmes, avec beaucoup d'appareil, sous une prévention chimérique de fausses nouvelles. On voulait le relaxer le 2 juin : ses patrons poussèrent les ciioses jusipi'à la [lolice correctionnelle: il fallut bien qu'on l'acquittàt '.
L'affichage : — Pourquoi, sitôt qu'une afiiche indépendante vient s'étaler sur un mur, le premier mouvement du garde champêtre est-il de la déchirer ? Est-ce parce qu'il est l'aflicheur ordinaire du candidat de la préfecture ? Est-ce plutùl, comme dans la circonscription de Meaux, parce qu'il agit sons l'impulsion du commissaire cantonal? « Voilà le procédé: un jour on déchire un aflicbe, le lendemain on en appose une autre à la place, celle du candidat de l.i préfecture » ; c'est un procureur impôr'ial qui parle-.
Des maires atrabilaires ont foulé aux pieds des afliches du candidat d'opposition devant tout un village. Des commissaires de police ont choisi, pour cette exécution d'un nouveau genre, les jours de marché dans les cantons''.
Quand les affiches sont si peu respectées, les afficheurs sont introuvables. On voit des candidats l'éduits à s'armer euxmêmes du pot à colle et du pinceau.
A Montpellier, M. Cbaramaule dépose au parquet sa circulaire. Il y apprend que l'ordre est donné d'en arrêter, même par la force, la distribution et raffichage. Il veul aller jusqu'au bout de son droit, il met l'autorité en demeure de le poursuivre. A l'heure dite, la police est là, arrache son affiche, à peine collée au mur, maison ne le poursuit pas.
A Béziers, à Limoges, à Paris même, on arrête, par la menace