‹ Discours et opinions de Jules FerryChapitre 30 sur 130 · Il y a eu depuis ordonnance de non-lieu · texte numérisé non relu

Il y a eu depuis ordonnance de non-lieu

Par malheur, ce récit emphatique, extrait d'une feuille du 4 décembre I80I, commençait par ces mots : « Hier à une heure de l'après-midi... » Les paysans crurent ouïr l'histoire de la veille, et le scrutin fut un sauve-qui-peut. ^ La logique du campagnard est brutale comme la nature qui l'entoure. Poursuite, arrestation, emprisonnement, sont tout un pour sa sociabilité naïve. Il a si longtemps plové sous des tvi-anneaux du village, qu'il a gardé dans sa longue mémoire je ne sais quelle image de justice, simple comme le bon plaisir, expéditive comme l'oubliette. Dans ce précieux procès du garde de Saif)t-Hilaire déjà cité), il y a un trait curieux et vrai": c'est le trouble de l'homme indépendant, civilisé, spirituel, devant ce suballerne dont la sotte ardeur le menace de l'emmener de force au commissaire. « Vous connaissez, messieurs, dépose M. de Chergé, le préjugé qui existe dans les campagnes, préjugé salutaire jusqu'il un certain point: toute intervention d'un agent de Tautorité entraîne, pour celui qui en est l'objet, non précisément une tache, mais... il en reste toujours quelque chose. Je voulais donc faire mon possible pour éviter ce quelque chose. »

Le grand art est de réserver jusqu'à la fin ce /Jeus ex machina C'est ainsi que les choses se passent dans l'Hérault, dans l'Isère, dans la Haute-Saône, dans la Gironde. A Béziers,le candidat de' l'oppositionéchange des lettres vivesavec le sous-préfet. Unjournal de Paris. — faute de mieux,— publie cette polémique. Mais M. le sous-préfet, qui ne lit pas les journaux de l'opposition, se figure qu'on n'a pas pubhé sa réponse. Aussitôt un placard administratif dénonce aux quatre coins de la circonscription et la déloyauté imaginaire du candidat, et les poursuites qui commencent... M. Floquet les attend encore.

Il y avait de vraies poursuites dans la fameuse affaire de M. Casimir Périer; il y en avait contre M. d'Andelarre. Des deux procès, la justice du pays a dit plus tard ce qu'il faut croire Mais quel est ce droit nouveau, que les préfets s'arrouent, d'aflichej- des poursuites comme on affiche des arrêts et d'accoler dans leurs actes publics le titre d'un délit au nom d'un citoyen ? Verrons-nous entrer dans nos mœurs ce pilori nréventif?

Le parquet de Grenoble trouve dans une lettre de M. Périer

84 DlSCOritS KT OIMMONS.

U' (IrliL (rexciliUioii à l;i haine cl an iiirpris (hi Goiivornoment. Avec la (li'pr'che du prociirt'iir .aénri'al, M. lo pnMVt compose une iiîiTiieRso afiiclie : imprimée dans la nuit, elle part pour les communes de grand nuilin, le jour du vole. Sur !e placard, il V a Tordre à tous les maires d'afiicher immédiatement à son de trompe et de tambour. Là-dessus, comme de juste, les commentaires vont leur chemin : M. Périer est en prison, disent les plus crédules ; il sera sûrement arrêté, selon les moins timides; et les sages estiment qu'un homme ainsi traité pourra dans tous les cas bien peu pour la commune...

Non content d'afficher pendant quatre jours « que le marquis « d'Andelarre est poursuivi par l'ordre du Gouvernement de « l'empereur, pour outrages public au préfet », le premier magistrat de la Haute-Saône s'empare d'un jugement prononcé le 30 au soir.

M. d'Andelarre était déboulé sur une exception dilatoii'e et condamné aux dépens. Condamné... le mot y est; c'est assez ; dans la nuit on pose une afliche, c'est le jugement du 30, et l'on n'a pas manqué d'imprimer le grand mot en énorme.»^ caractères.

Si tel est, même à distance, l'effet de la police correctionnelle sur des imaginations villageoises, que sera-ce d'une arrestation notoire, au moment où le scrutin s'ouvre?

M. Delmas est un membre du conseil municipal de Sainte- Foy-la-Grande (Gironde), c'est de plus un chaud partisan de M. le duc Decazes ; il ne le cachait pas et agissait, depuis vingt jours, en conséquence. Survient le conflit de dépêches télégraphiques que nous avons conté plus haut, au sujet du chemin des rives de la Dordogne. M. Delmas osa le commenter. Deux heures après, on l'arrêtait. Et le lendemain matin, jour du vote, au milieu de la foule tout émue, les gendarmes l'emmenaient à Libourne. Il y a du moins un délit, un réquisitoire, un commencement d'insli-uction? Rien de tout cela, car M. Decazes accouru put obtenir, le jour même, du procureur impérial de Libourne l'ordre d'élargissement, sous cette condition, dont le magistrat lui-même a pris acte devant deux témoins, que M. Delmas ne

REPARAÎTRAIT PLUS A SaINTE-FoY JUSQU'a LA CLOTURE DU SCRUTIN !

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