‹ Discours et opinions de Jules FerryChapitre 34 sur 130 · Dossier des élections du Gers · texte numérisé non relu

Dossier des élections du Gers

90 niSCOUHS KT OF-IMONS.

pa.tiiienl. mais un von tfop palrrnolle {loni- un jour do scrutin î Tel est lo fonds comiuuu {\t'^ êlorlions ciiampèlres. Quelquesunes y tranclienl à leur manière. On s'y ê.aaic, on y chante, on y lioit. à Taniilaise. L'enlhousiasme déijorde, les auberges sont pleines. C'est un financier ()ui célèbre ses premières noces avec la politique. Les vins du Roussillon coulent à la gloire de M. Pereire. Dans l'Aveyron, les gens font ripaille en l'honneur de M. Calvet-Rogniat. Dans le village de Liaucous, on parle d'un veau égorgé la veille du vote et débité aux électeurs, sous celle devise : « Veau de M. Calvet. » Péché véniel, sans doule, de festoyer son monde. J'aime moins ces aumônes qui se font le Jour du vote. Ainsi, an village de Ségur, des électeui's ont reçu, sous le pli qui appoi-tail leur carte- et les bulletins (ïalvel, ^/es fj(ms d'un franc payables le jour du vote. Les bons sont là...

Kn Alsace, comme en Flandre, la politique a de tout temps roulé des flots de bière. A Mulhouse et dans sa banlieue, M. Gros représente le gouvernement, M. Tachard l'indépendance. Tous deux sont riches, et les sceptiques diront qu'on a dii boire dans les deux camps. En tout cas, un trait curieux séjiai'o essentiellement la liesse gouvernementale de la liesse de l'opposition. Le bruit s'est répandu, dans deux communes du canton de Guebwiller, que ceux qui voteraient pour M. Gi'os aui'aient à boire le jour du vole. Il suffirait de porter du scrutin au cabaret sa carte d'électeur. L'aidiergiste reconnaîtrait les siens. En effet, voici la scène ; tandis (|ue le mai-re met un bidlelin dans l'urne, l'adjoint prend la carte de l'électeur, regarde le maire, et sur un signe, y fait une corne, tantôt à droite, tantôt à gauche. La coi'ne droite est la mariiue des élus, la gauche indique ceux qui ne boiront pas. Le second jour, dans un des bureaux, les assesseurs s'impatientèrent de ce manège. On en prit note au procès-verbal, et c'est ainsi qu'est venu jusqu'à nous ce tableau de mœurs, digne des crayons d'Hogarlh. A côté de ce laisser-aller, toute autre chose paraît bien pâle. Ainsi la loi a entouré d'un soin minutieux toutes les phases de racle souverain, depuis le momeni où l'urne s'ouvre jusqu'à l'instant où l'arrêt populaire en sort. Les heures, les lieux, les assistants légaux, les clefs (|ui fciinent l'urne, les bandes qui doivent la recouvrir, le dépoiiillfiui'ul, les scrutateurs, tout est

prévu, réglé, distribué : l'ordre est parfait et la sécurité léualc incomparalile. Les préfets ont touché les preniiei's ;i cet édilicr (le gai'anlie. La loi prescrit pour Touverfure une heure unifoinir dans toute la France ; les préfets ont défait la loi ^ Une à une. toutes les formalités protectrices se sont émieltées sous la main (les maires. Les sous-préfets gémissent du petit nombre de procès -verbaux en bonne forme qui leur arrive des communes rurales. Il y a eu des conseillers municipaux expulsés du bureau par les maires pour avoir fait, sur la façon dont l'urne était placée, une observation indiscrète^ AHerrin(Nord),le dimanche soii', un électeur veut assister à la fermeture de la boîte : le maire le chasse; il sort sans mot dire : une heure après, les gendarmes l'arrêtent et le conduisent à Valenciennes, où le procureur impérial le relâche.

Le premier inconvénient de ces vivacités municipales, c'est de violer la loi au delà de toute mesure; le second, qui doit faire réfléchir l'administration la plus haute, c'est de soulever dans les communes des émeutes de déliances. Partout où les maires en ont fait à leur tête, le paysan se trouble, et l'on voit déliter les électeurs qui déclarent qu'ils étaient 30 à voter poui* 3L X. et qu'il ne s'est trouvé que 'lo X. au dépouillement. On cherchera peut-être dans ce recueil quelques-uns de ces témoignages. On ne les y trouvera pas. Pourquoi ? Lecteur bienveillant, écoutez cette histoire :

Dans un petit village de l'arrondissement de Mirecourt. l'urne électorale, manquant de serrures, avait été fermée, le dimanche soir, par une bande de papier collée. Quand on reprit, le lundi malin, la suite des opérations légales, le garde champêtre de la commune s'avisa d'observer que la bande de papier n'était pas la même qu'il avait vue la veille au soir. A tort ou à raison, il en jugeait ainsi, tant et si bien que ce garde — unique dans son génie — s'en alla porter plainte au parquet de 3Iirecourt. Que croyez-vous qu'il en arriva? Le lendemain, la justice se transportait à Savigny, mais c'est contre le garde qu'elle informait.

1. Lf; ministre les y a autorisés par une circulaire qu'on ne retrouve pas nu Hul/etin officiel. En certains lieux, le changement aux heures léirales a (■■ti: annoncé un peu à l'avance; dans d'autres communes, l'heure indiquée sur les cartes dillére de celle de l'ouverture réelle des opérations électorales.

■2. \ Muulon (Gironde).

Traduit pniir fausse nouvelle devant la iiolice correctionnelle, il n'en réciiajipa qu'à la Cour.

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