‹ Discours et opinions de Jules FerryChapitre 4 sur 130 · Édit de 1724. — Édit de · texte numérisé non relu

Édit de 1724. — Édit de

3. Correspondance officielle du chancelier d'Aguesseau, t. I.

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(luiilcr (ju"il existe à côté de lui des lois qui l'onl honte à l'humanitô ; et l'excellent PolJiiei-, qui s'y arrête et les commente, n'en <st pas un seul instant troublé dans la sérénité de ses méditations. Il y a bien quelques protestations isolées, mais elles sont sans écho. On prêche la tolérance comme dogme dans la petite académie de l'Entresol, que dirigeaient en 1730 l'abbé de Saint- Pierre et d'Argenson ; mais ces deux esprits, souvent chimériques, devancent trop leur temps pour s'en faire écouter. Rippert de Montclar, poussé à bout parles passions intolérantes du haut clergé languedocien, lui adresse un virulent mémoire^ — Mais qu'était, pour les salons de Paris, un procureur général au parlement de Provence? Il fallait, pour remuer cette société lilasée. une voix plus puissante, plus connue, et l'un de ces événements terribles qui éclatent, à certains moments, comme un avertissement providentiel.

A Toulouse, ville de haines religieuses, une accusation monstrueuse, née du délire des imaginations populaires, servie par une procédure dont l'iniquité échappa à l'aveuglement des juges, venait de mener sous la barre du bourreau un vieillard inoffensif, que les tourments avaient trouvé héro'ique et simple comme un martyr. La femme et le iils, errant à la recherclie" d'une contrée plus hospitalière, vinrent, conduits par un heureux hasard, tomber à la porte de Voltaire. — Dans cette àme, où l'oppression et l'injustice avaient toujours soulevé des révoltes si ardentes, l'émotion fut vive et profonde. Mais prendre à partie du même coup les institutions fondamentales du despotisme i-eligieux et civil, les lois d'intolérance et la loi criminelle, c'était se mettre à la fois sur les bras les parlements et le clergé ; c'était risquer, dans une périlleuse entreprise, son repos, sa sécurité et cette faveur des grands et des rois si laborieusement conquise, si adroitement conservée. Voltaire. Messieurs, n'avait jamais eu l'étoile d'un héros ni d'un martyr: il avait de l'humanité les passions et les misères, et sa correspondance intime témoigne, au début de cette affaire, de ses hésitations et de ses craintes. Sa conviction reste d'abord indécise entre l'odieux d'un meurtre judiciaire et l'atrocité d'un parricide invraisem-

1. Mémoire théologique et politique au sujet des mariages clandestins des [irotestanls de France, 1755.

blable ; — elle s'effraye de la frivolité d'iin public que l'opéracomicjue console, en ce moment même, de toutes les humiliations du drapeau nalional ^ ; mais, une fois formée, elle le jette dans cette lutte avec toute la fougue de son génie. A sa voix, ses lidèles de V Encyclopédie, favoris de ce qu'on appelait alors la bonne compagnie, soulèvent l'opinion des salons. Le barreau même s'éveille : tour à tourÉlie de Beaumont, Mariette, Loyseau de Mauléon racontent les péripéties du procès de Toulouse. Élie de Beaumont délaye dans ses périodes sonores les récits rapides, saisissants, jetés dans le public par le grand agitateur de Ferney ; Mariette, esprit juridique, s'en prend à la procédure ; Mauléon, disciple mélancolique de Jean-Jacques, donne à cette tragique histoire les couleurs romanesques de son esprit. La loi criminelle, enlevant à l'avocat son plus noble office, avait dans les causes capitales interdit la défense comme une révolte: ces hommes la reprennent comme un droit, comme un devoir; mais désormais, passant au-dessus de la justice ordinaire, qui lui ferme l'oreille, la parole du défenseur va s'adresser à dautres juges, chercher un tribunal nouveau, l'opinion pul)lique. Arrière donc le formalisme des habitudes et l'aridité technique des discussions : l'auditoire, à celte heure, c'est, tout ce qui pense, c'est tout ce qui est capable de sentir, et, pour s'en faire entendre, il faut prendre un autre ton, s'essayer à un nouveau langage. Ce n'est pas, vous le sentez bien, à de graves magistrats, à l'épreuve des émotions d'audience, que s'adresse ce pathétique larmoyant qui s'épanche dans leurs mémoires avec une prodigalité si juvénile ; — c'est à des juges plus mobiles, plus passionnés, épris des raffinements de la pensée et des faciles attendrissements du cœur, à ce monde qui a laissé un instant, pour Calas et Sirven, Crébillon le fils et la Nouvelle Hélohe.

Ainsi le barreau, descendu, à la suite des philosophes, sur le terrain même où ils ont placé leur drapeau, l'opinion, y lutte à côté d'eux, pour la môme cause et avec les mêmes armes ; il croit ne mettre qu'un pied dans le camp philosophique, et il se trouve un jour qu'il y a passé tout entier.

1. Correspondance de Voltaire — à d'Argental, n°' 35G3 et 3596 — à Damilaville, n" 3567 et 3'j71 (édition Beuchot).

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