‹ Discours et opinions de Jules FerryChapitre 42 sur 130 · I.e Temps, du 2 février · texte numérisé non relu

I.e Temps, du 2 février

118 DISCOURS KT (ll'I.MONS.

l'alliôs au 18 brumaire. Nous lui en avons nommé dans loules les nuances et clans tous les rangs du pai'ti, des modérés et des fuiieux, des légistes et des proconsuls, des proscrits du l'"' prairial et des patriotes du 2 septembre, des noms purs et des noms bonnis, des chefs de file et de simples soldats. C'est moins aux hommes, avons-nous dit, qu'à la doctrine commune qu'il faut s'en prendre. Le jacobinisme accuse surtout la force de la tradition, la fatalité de l'histoire, l'empire des habitudes absolutistes, formées par le travail des siècles, et reparaissant sous d'autres noms, dans le culte des pouvoirs forts, le despotisme du Centre, la secrète tendresse pour la dictature. V Avenir n'entend point de cette oreille, il ne voit dans ce débat qu'un prétexte à biographies, et s'obstine à le rapetisser au niveau d'une querelle rétrospective sur les meneurs du 9 thermidor. Grand bien lui fasse! Nous le laisserons s'ncharner sur Tallien. Fréron et Barras, confondre l'acte de Thermidor, qui l'ut justice, avec la faction dite de Thermidor, qui ne fut que corruption ; justiher la Terreur par la réaction thei-midoriemie, comme si les vengeances réactionnaires eussent été possibles sans les violences jacobines, la terreur blanche sans la terreur l'ouge. Divaguer n'est pas répondre.

Au moins faudrait-il. puis(iu'on discute sur des noms, citer notre liste tout entière et n'en pas retrancher les plus mar- (juants. 3Iais VAve7in' est essenticlb'ment épuraleiir; il a la bonne tradiliou, il épluche le jacobinisme de telle façon qu'il n'y reste plus, à la hn, que Robespierre, Couthon et Saint-Just et les mcmijresde la Commune. Je conviens qu'à ce compte, il est (lil'licile de citer des Jacobins compromis dans le 18 brumaire, et VAvenù' ti-iomphe commodément. Omettant ceux-ci, leniant ceux-là, et quand le Jacobin manque, prenant un Ciroiidiu, on a réponse à tout; et pour le lecteur naïf, on a toujours l'aison.

S'il existait pourtant quelque part un Jacobin notoire, incontestable, non un Jacobin de hasard, issu de la tourmente 3t du péi'il, mais un Jacobin de choix et de réflexion, un Jacobin avoué et lidèle, n'ayant jamais varié sur Robespierre, l'idole de sa jeunesse, le culte raisonné de son âge mûr, et si l'on vous montrait ce Jacobin doctrinaire, le seul peut-être que VAcemr ne puisse renier, mêlant à l'éloge de Hobespierre, l'apologie

POLEMIQUE AVEC PEYItAT. 119

•lu 18 hnimaire, tliriez-vous encore que les deux théorieïi ne sont pas sœurs, et que notre thèse est une calomnie?

Nous vous renvoyons donc simplement à un petit livi'e, plein (le verve et de talent, publié à Paris, en 1840. Vous y trouverez de Robespierre, le portrait le plus grandiose, du gouvernement l)ai'lementaire, la critique la plus acerbe, de l'opposition de gauche tout entière, la plus violente caricature qu'on puisse lire; et, à la fin du volume, en matière de conclusion, celte apostrophe à M. Thiers, alors président du conseil, qui a toute la valeur d'une profession de foi :

Secouez donc cette léthargie de la vie politique, ne vous

laissez point aller aux mortelles oscillations de ces luItcB parlementaires, où vous compromettez votre gloire dans l'avenir, pour quelques triomphes d'un moment. Laissez là cette agitation où vous dépensez, sans profit, pour votre pays et sans dédommagement pour vous, les plus brillantes facultés que Dieu ait données à un

homme , et, quand vous pouvez vous placer à côté de Machiavel

et vous rapprocher de M. Guizot, prenez garde de tomber au niveau de M. Odilon Barrot et de M. Passy... Vous avez mieux à faire, monsieur, qu'à défendre ou à ridiculiser des lieux communs, en compagnie d'hommes médiocres. Vous avez, en écrivant Phistoirc de votre pays, à enseigner à la génération qui naît à la vie politique, et qu'on égare par d'absurdes théories, comment une des plus grandes, des plus justes et des plus magnifiques révolutions dont l'histoire ait gardé le souvenir, a été poussée au crime et a Talisurde par l'intluence des avocats et des idéologues, ces deux lléaux de notre siècle : comment, depuis oO ans, nous sommes engagés dans une voie qui nous conduit à la misère, à l'anarchie et au ridicule; comment tout est à refaire dans ce pays pour sauver paile travail un peuple qui languit dans le bavardage ; comment il vaut mieux que l'ouvrier lise Barème que la Constitution des droits de l'homme, et qu'il sera plus heureux et plus moral en mettant chaque dimanche une poule au pot, qu'en jettant chaque cinq ans une boule dans l'urne électorale. SI vous aviez, monsieur, le 'prestige rt la puissance de lliomme dont vous allez éerire l'histoire, je vous dirais qu'il y a quelque chose à faire de plus qrand, de plus moral, .de plus exemplaire, un acte de justice divine à exécuter, et je i-nns rappellerais ce qui se passait à Saint-Cloiul le 19 brumaire 1799, ce grand jour de notre histoire, qui sera un jour de fête, si jamais nous avons le sens commun. Mais vous n'avez ni le cheval blanc de Gampo-Formio, ni Murât pour crier à ses grenadiers : En avant, marche! contre les représentants non plus du poignard, mais du harardarje.

F.pjac()l)in qui appelait, en 1840, \a justice divine sur le gou-

vcrnomont des assemblées, peut, en 1865, faire l'éloge du 31 mai. C'est de la logique el de la franchise.

Un dernier mot, pour clore cette discussion, que VArmir ne reprendra pas. On avait parlé à plusieurs reprises, non sans solennité, de certains hauts patronages démocratiques, qui auraient prononcé entre M. Quinetet ses détracteurs, et couvert de leur autorité incontestable la polémique de ÏAvenà-. Nous avons demandé les noms. V Avenir les refuse. Il n'a pas, dit-il, l'habitude de livrer à la publicité les communications de ses amis. — Pourquoi s'en fait-il donc un argument anonyme? — Nous les lui demandons, ajoute- t-ii, sachant bien qu'il ne peut pas les dire. — Nous savions l»ien, en effet, que l'Avenir ne nommerait personne; mais pour une excellente raison, c'est qu'il n'a personne à nommer '.

Nous n'avons aucun goût pour les personnalités. Si nous avons fait entrer dans un débat, sur l'esprit et les tendances du jacobinisme, l'opinion de M. Peyrat au sujet du 18 brumaire, c'était pour faire honneur à sa logique, non pour mettre en cause son caractère. Aujourd'hui. M. Peyral relire de la façon la plus catégorique, et avec la plus parfaite a'nnégation, ce qu'il a écrit en 1840. Nous lui en donnons acte. Nous reproduirions, si cela était possible, l'article tout entier; il semble qu'il diminue un peu la distance qui nous sépare :

L'étude de la Révolution m'a appris, que l'état de la France, en 1799, quoique très grave, ne l'était point assez pour justifier le coup d'état et la dictature qui en fut la conséquence. Le maintien de la Constitution républicaine correspondait aux vœux et aux intérêts de l'immense majorité de la France.

La République était assez forte pour contenir ses adversaires

l'Aie avait pour elle les armées, composées encore en grande

partie de ces volontaires partis en 92, quand la patrie était en daniier. et qui avaient vaincu l'Europe pour vaincre la monarchie. Elle avait pour elle cent journalistes, tous les écrivains de quehjue autorité, les poètes, les artistes, les acquéreurs nationaux, tous les propriétaires las de leurs incertitudes, tous ceux qui, en 89 et 99, ayant pris les armes pour elle et endossé l'uniforme national, avaient mérité par là le ressentiment des royalistes. Les premiers amis de le R>'voliifinn lui »'-tnient reslé% fidèles et ih étaient innom^ braille a...

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