Le Temps, du 7 février 18G
•2. V. Diirimon, Histoire de Douze ans. p. 223.
L'auteur cite une assez curieuse conversation avec Gambetta, auquel il rapporte la paternité du mot d'opportunisme qui était appliqué par lui à la politique d'Ollivier et de ses amis :
« Eh bien ! mon cher Gambetta, lui dis-je, il parait que vous êtes en train de dépasser la Gauche?
— Que voulez-vous? me dit-il, nous sommes en présence d'un malade. Je vois bien qu'Ollivier et vous, vous lui préparez un enterrement de première classe. J'aurais consenti volontiers à aller jusqu'à l'église; mais je ne veux pas aller jusqu'au cimetière. — Nous nous quittâmes sur ce mot, et depuis je ne l'ai i)lus revu. »
122 Disr.ouns et opinions.
irrité l'opinion piililiiiuc l't mis à nu tons les vicf>s du réj.niTie personnel.
Pour faire diversion aux échecs de sa politique extérieure, rKmpercur qui, dans son discours du trône de 186fi, avait paru peu enclin aux concessions libérales et venait d'interdire à tout autre pouvoir pu!)Iic que le Sénat, de discuter la Constitution (sénatusconsulte du 18 Juillet 1S(J01, revint bientôt, par une de ces contradictions qui étaient au fond de sa nature indécise, à la chimère de rKmpire constitutionnel : la fameuse lettre du 19 janvier 1867, suivie des décrets du même jour, ouvrit une première brèche dans le régime autoritaire, en restituant aux députés le droit d'interpellation et en autorisant les ministres à représenter par délégation le Gouvernement devant les Chambres. Napoléon promettait, en outre, une loi sur la presse, qui substituerait au pouvoir discrélionnaire de l'administration les douceurs de la juridiction correctionnelle, et une loi sur le droit de réunion ; par contre, la note impériale rrfusait nettement aux députés la faculté de devenir ministres. De la, un remaniement du ministère, la fureur des Mamelncks de l'Empire autoritaire, les édifiantes querelles de Rouher et d'Ollivier, le premier soutenu par les fanatiques de la droite impérialiste, comme Granier de Cassagnac, le second protégé par Walewski et le tiers-parti. Mais M. Walewski quitte la Présidence du Corps législatif le 29 mars 1867. L'incohérence préside plus que jamais à la marche du gouvernement. Dès le 14 mars, en terminant son interpellation siii- la politi((ue étrangère de l'Empire, M. Thiers avait dit à la tribune : « Prenez garde, il ne vous reste plus une seule faute ;i commettre! » Et voil.à que les humiliations s'accumulent. Tandis que Maximilicn est fusillé à Quei'etaro (16 juin la Prusse nous brave ouvertement en publiant ses traités d'alliance avec l'Allemagne du Sud ; les négociations avec la Hollande pour la cession du Luxembourg (avril-mai) nous mettent sans profit à deux doigts de la guerre, l'attentat de Bérezovski (6 juin) épouvante le czar, et les splendeurs de l'Exposition universelle ne dissimulent pas la profonde désorganisation de notre pays aux souverains étrangers, hôtes des Tuileries. Le fameux « jamais » de M. Rouher (décembre) et l'intervention française à Rome nous brouillent avec la nation italienne, et le vote des lois sur la presse et sur le droit de réunion, arraché au Corps législatif, ne satisfait pas le parti libéral, qui ne voit dans cette prétendue réforme qu'une nouvelle métamorphose de l'arbitraire'.
C'est à ce moment que M. .Iules Ferry entre en scène et ouvre contre l'un des plus puissants fonctionnaires de l'Empire, contre M. Ilaussmann, l'autocrate de l'Hôtel-de-Ville, une campagne qui est restée célèbre. Avec le livre de Ténot, Paris en dcccmbre ^8'6i laoût 1868), c'est à coup sûr le plus terrible réquisitoire qui ait été dirigé contre l'Empire à son déclin. F-es Complet fantaxtiqucx (lllaus-
1. .■] juillet ISGS, saisie du Râieil, condamnation de Dele.scluze à trois mois de prison et ô 000 fr. d'amende.
smaim, publiés d"uboid par le Temps, doivent être reproduits ici ; car ils permettent d'apprécier à quel dei;ré M. Jules Ferry réunissait les aptitudes spéciales, les qualités de style, la souplesse d'espiit, le courage et Tà-propos qui caractérisent les grands journalistes ' :
.4 Messieurs les Membres de la Commission du Corps législatif chargés d'examiner le nouvel Emprunt de la Ville de Paris.
Messieurs,
Pour un citoyen de Paris, c'est une liberté grande de s'adresser à vous. Il est entendu qn'en tout ce qui touche leurs propres affaires, les Parisiens sont incapables, et que les gens du Cantal ou de la Lozère savent seuls ce qui nous convient. C'est pour cela que la majorilé, dont vous êtes la fleur, n'a pas daigné ouvrir à un seul des élus de la ville de Paris l'accès d'une Commission qui lient entre ses mains noire présent et notre avenir. Je ne le dis pas. Messieurs, pour vous surfaire, mais c'est bien de cela qu'il s'agit. Vous pouvez, si vous le vouiez, nous sauver de la catastrophe, à laquelle on nous conduit lèlc baissée ; mais si vous ne voulez ou n"osez, nous irons droit jusqu'au fossé. L'instant est critique, et M. le préfet de la Seine ne saurait, celte fois, se passer de vous. C'est un puissant seigneur, sans doute; c'est plus qu'un grand personnage, c'est comme une des institutions fondamentales de ce temps. Il est enlendu (|ue les folies de la Ville font partie de la raison d'État. Mais comme vous tenez, comme on dit, le bon bout, j'ai toujours cru que le pouvoir avait, dans le fond, autant peur de vous que vous avez peur de lui. Soyez hommes, et vous le verrez bien.
Vous ne pourrez, dans tous les cas, prétexter d'ignorance. Tout vous avertit, et la vérité crie vers vous par-dessus les loits. Les humbles réflexions qui suivent, et qu'un journal-, peu lu de vous sans doute, — malheureusement, — a bien voulu accueillir, .sont à la portée de tout le monde. C'est des écrits de M. le préfet de la Seine que j'ai tiré tout mon savoir. Je ne suis point sorcier, comme vous le voyez. Mais vous, devant
1. Les Comptes fantastiques d'IIaii'^fimann, lettre adressée à MM. les niemljres de la Commission du Corps législatif chargés d'examiner le nouveau projet d'emprunt de la Ville de Paris, par Jules Ferry. Broch. in-8° de 95 p.. dont 17 p. d'appendices. Piiris, Le Clievailier, 1868.
•2. l.e Temps, du mois de décembre 1867 au mois de mai 1868.
124 lUSCOLHS ET OIM.MONS
(Iiii tonl voile doit toiultcr, loul arcaiic s'ouvrir, que do choses vous allez apprendre, qu'un pauvre journaliste ne peut voir. Il n'est vraiment pas de mission plus enviable que la vôtre, et c'est se faire honneur ((ue de vous aidei". si peu (|ue ce soit, à la remplir.